Kendo @55

Photo de dos, mon prof et moi.J’ai des journées plus difficiles que d’autres, comme tout un chacun. L’autre mardi, j’étais à la peine, triste, apeurée. Il faisait froid. J’étais fatiguée et enrhumée, aussi. Après être passée chez une amie qui m’a proposé de verser ma larme au chaud d’un café et d’une brioche maison, je n’avais qu’une envie : rentrer chez moi, me caler sous un plaid, tablette sur les genoux, musique, et bouquiner. Des enfants m’attendaient sur un tatami ; mon professeur que j’aide serait en retard ; il me fallait y aller, être à l’heure, passer mon kimono dans la fraîcheur des vestiaires (16° environ), salut, échauffement…
J’ai pressé le pas entre la porte de Pantin et la place des Fêtes, senti dans la rue d’Hautpoul les larmes guetter l’instant où le souffle serait le plus court, monté le son dans le casque laissant Dana Kerstein me fendre le cœur (une vieille histoire qui fait encore mal) et me suis présentée à la porte de mon dojo en me demandant comment j’allais ne pas m’effondrer. J’étais (presque) en retard. Un seul enfant pourtant était arrivé : il était en kimono et chaussettes, avec sa maman et la dame qui accueille nos jeunes judokas.
On se dit bonjour. Fier, il me dit « Je suis arrivé avant toi ! » (la ponctualité fait partie des apprentissages du judo) ; je me suis sitôt excusée, fonçant me changer dans le vestiaire des filles. En cinq minutes, quatre autres enfants sont arrivés et je leur mettais du gel sur les pieds et les mains à l’entrée du tapis. Encore deux minutes, et nous étions prêts pour le salut. Ma tristesse était encore bien là, avec une boule dans la gorge. Je les regarde.
« Re.
« Rtisu.
« Re.
« Aujourd’hui, on travaille debout. Vous courrez dans tous les sens… »
Cinq judokas de quatre et cinq ans auront-ils suffi à me faire oublier ma peur et ma tristesse ? Je cours avec eux, enchaîne les exercices, leur montre un déplacement qu’ils ne connaissent pas et où ils s’emmêlent joyeusement les pieds. Mon professeur arrive et prend la relève. Nos rôles sont désormais bien répartis. On se concentre sur nos élèves et notre enseignement en se faisant des blagues. Les cours s’enchaînent. À la fin du troisième, ma tristesse et ma peur ont repris le chemin du tréfonds, là, présentes sans m’empêcher d’agir, de rire, de savourer l’amitié de Isabelle avec qui on partage en soirée un sandwich les mardis.
Une journée difficile ? Oui. Mais une journée heureuse. Je comprends ce matin que j’ai senti comme une obligation de ne pas faillir avec les enfants et que je me suis prise à mon propre jeu. Décidément, les enfants… des lutins malins !

2 réflexions sur « Kendo @55 »

  1. vincent

    Des petits lutins, oui.
    Il faut que j’écoute cette chanson.
    Serais-je triste aussi ? Je l’ai bien été un peu en vous lisant.
    J’espère que vous allez mieux. <3

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