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Noël @49

Le formulaire de Logue de Soldarité transport, illisible n basse visionIl y a quelques années, je disposais d’un « ticket guide RATP SNCF » qui me permettait d’être accompagnée gratuitement dans les transports franciliens. Je l’utilisais peu, les personnes m’accompagnant disposant pour la plupart de leur propre titre de transport. Avec la généralisation du Navigo, je n’ai plus entendu parler de ce ticket. Je ne me suis pas renseignée. Récemment, j’aurais eu besoin d’un accompagnateur gratuit, la personne m’accompagnant fonctionnant aux tickets ; j’ai donc cherché de l’info sans en trouver ; parce que le ticket de métro disparaît en 2022 ? L’explication ne me satisfaisait pas car ce guide est de droit.
J’en discute avec Isabelle qui, la veille même de Noël, ouvre la boîte de pandore. Non ? Si si. Je vous raconte (installez-vous confortablement, boisson chaude et carré de chocolat obligatoire).
24 décembre. Isabelle m’envoie un mail avec un lien sur « Solidarité transport » qui gère désormais l’octroi d’un guide gratuit (ci-contre le site très accessible basse vision de cet organisme).
25 décembre. Je vais sur le site. Je remplis les critères. Je lance une demande en ligne. 1/ Je renseigne ma situation. 2/ Je télécharge ma CMI et un justificatif de domicile. 3/ Je remplis un formulaire qui se termine par ce message : « Informations concernant l’accompagnant. Votre situation vous permet d’être accompagné par une personne circulant gratuitement. Votre accompagnant, qui peut changer à chaque voyage, devra se munir du passe Navigo « accompagnant » à votre nom et devra impérativement voyager en votre compagnie. Vous ne pouvez associer qu’un seul passe Navigo « accompagnant » à votre dossier. (…) »
Et comment je fais pour disposer d’un Navigo « accompagnant » ? Le site n’en dit rien ; celui de la RATP non plus. Je fouille le Net et tombe sur un article de Handirect.fr qui m’explique tout (merci !) et m’en vais sur le site de Navigo pour faire une demande en ligne. Je commence par me créer un compte… qui ne se crée pas car « aucune coordonnée n’est associée » à mon passe. Il s’est passé plus d’une heure, je lâche l’affaire.
27 décembre. Je vais dans ma station de métro demander ce qu’il se passe avec mon Navigo. La dame ajoute mon téléphone et mon mail. Elle ne peut rien faire pour le Navigo accompagnant (dont elle ignore tout) et m’invite à faire la demande en ligne ou à revenir la voir.
28 décembre. Je crée mon compte Navigo. Je cherche comment demander un Navigo accompagnant. Je ne trouve pas. Je sollicite Isabelle qui ne trouve pas. Je me résous à appeler Solidarité transports qui commence à me proposer une demande en ligne… la conversation coupe. Je rappelle. Mon nouvel interlocuteur me parle comme à une demeurée et me renvoie sur Navigo. J’appelle. Ce n’est pas le bon numéro. Je cherche et rappelle. Je suis bien chez Navigo, cette fois. Un monsieur ne sait pas de quoi je parle. Il me renvoie à un « guichet club RATP » en m’indiquant que je les trouve en ligne. Je cherche. Je ne trouve pas. Je rappelle Navigo. Une dame m’écoute, me fait patienter et me donne la liste des guichets club RATP près de chez moi. Ma station en fait partie. Il s’est encore passé plus d’une heure.
29 décembre. Je retourne à ma station de métro. L’agent au guichet ignore tout du Navigo accompagnant. Il appelle une collège qui sort un carnet car elle a « déjà vu ça » ; elle trouve la page où elle a noté que je dois me rendre à Châtelet ou Gare de Lyon. Je commence à saturer. Je dois déjeuner avec Isabelle le 31. Je lui propose une brasserie à Châtelet ; à ce stade, je crains le pire.
30 décembre. Isabelle me suggère de vérifier les heures d’ouverture de l’agence commerciale RATP de Châtelet. J’appelle la RATP : service téléphonique hors service. Je pose la question sur Twitter à Clients RATP. Réponse (rapide) : l’agence est fermée le 31…
3 janvier. Je décide d’aller à Châtelet. Cela me fera ma balade. J’appelle la RATP : « — Je suis déficiente visuelle, je dois aller à l’agence commerciale de Châtelet, quelle est l’entrée la plus proche ? » ; « Bah, vous entrez où vous voulez… » J’explique que je vais me perdre dans la station. Le monsieur finit par comprendre et me dit que c’est aux Halles, porte Berger*.
Mon GPS me guide de chez moi jusqu’au à la porte Berger via le Pont-Neuf (jolie balade). Une fois là, je sors ma canne et descends un premier Escalator, tourne un peu avant de trouver l’Escalator pour descendre dans le métro. Je repère la lumière verte de machines RATP. J’y vais. Un guichet est là, fermé. À cet instant, j’ai envie de pleurer. Un chaland me bouscule. Cela me réveille. Je tourne en cercles concentriques (comme un chaton qui découvre son territoire) et finis par arriver devant l’agence commerciale. J’attends mon tour dehors avec d’autres gens. J’entre. La configuration des lieux m’échappe. J’entends un « Monsieur ? » ; je ne bouge pas. Puis « Madame ? » J’y vais. Un agent est là. Je formule ma demande en deux phrases. Il prend mon Navigo et s’active sans un mot. Puis me demande de retirer mon masque et mon chapeau…
— Regardez la caméra.
— Je ne sais pas où elle est.
Il soupire et s’agite. Il fait glisser mon Navigo et un autre jusqu’à ma main posée sur son comptoir. Je prends le tout. Je lui fais alors remarquer que j’ai eu du mal à trouver l’agence, qu’aucune info n’est disponible sur le site de la RATP, etc.
— Vous pouviez aller dans les clubs RATP…
— J’y suis allée, mais on m’a dit que non.
— Avec le covid, on manque d’agents.
Je lui dis à peine au revoir. À la vue de la photo, je fais un microbillet Twitter en rentrant chez moi. Elle dit tout de mon désespoir. N’aurait-il pas pu me dire de sourire ? Me préciser quand il prenait la photo ? Où était la caméra ? Non, je suis malvoyante ; pour cet agent, un poids.
Dès que je suis chez moi, je vais sur le site de Transports solidarité et fais ma demande en ligne. Je reçois un accusé de réception. Suis-je arrivée au bout de la route ?
5 janvier. Je reçois un mail avec un mot de passe. J’essaie de me loguer, cela ne fonctionne pas. Un second mail m’indique « Après vérification, le nom et prénom du porteur de cette carte ne correspondent pas strictement au nom et prénom figurant sur l’attestation ou dans les fichiers de l’organisme social. » avec une série de recommandations. J’appelle Navigo. Les informations sur le Navigo accompagnant correspondent à celle de mon Navigo. J’appelle Solidarité transport. La dame regarde mon dossier (quelle peine à trouver, ce qui me vaut un « Vous n’existez pas. » merci madame) et me dit que je me suis trompée dans mon formulaire de demande, mettant mon prénom à la place de mon nom. Elle corrige : cela n’aurait-il pas pu être fait avec les justificatifs que j’ai envoyés ? Passons. Elle me confirme en direct que le guide gratuit m’est accordé pour trois ans (ma CMI, elle, est à perpétuité). Je lui indique que je n’ai pas réussi à me loguer. Il semble que ce soit parce que je suis blonde (le système refuse les copier-coller). Je me fâche. Elle finit par m’envoyer un mail de logue que je peux utiliser. Encore une heure de passée…
J'essaie de lire l'écran de la machine. 6 janvier. Je reçois un mail indiquant que je peux aller charger mon Navigo accompagnant au guichet de mon choix. Je dîne le soir même avec Isabelle, lui demande de m’accompagner au cas où…
Au cas où quoi ?
Je pose mon Navigo accompagnant sur la machine, Isabelle lit l’écran pour moi, et mon Navigo accompagnant se charge. Mais de quoi je me plains ?

* La station Châtelet-Les Halles voit se croiser trois lignes de RER et cinq lignes de métro. La circulation en sous-sol m’y est impossible. Je n’y fais jamais aucune correspondance ni n’y prends jamais le métro.