Noël @47

Depuis quelques années, la période de « Noël » est l’occasion pour la société marchande de valoriser la famille en tant que garantie d’amour et de sécurité. C’est d’autant plus pathétique que la famille est le premier lieu des violences faites aux femmes et aux enfants, premier lieu de leur exploitation aussi. J’avais fait, sur ce thème, un édito au moment du vote de la loi sur le « mariage pour tous » et multiplie depuis les mises en garde pour que les personnes prennent soin d’elles et ne se sentent pas obligées de succomber à l’hystérie collective.
Cette année, j’ai publié une nouvelle qui dit bien le fond de ma pensée. Je l’avais écrite l’hiver dernier suite à un appel à textes de mon éditeur canadien. Je n’imaginais pas alors combien le covid-19 allait marquer ce « Noël 2020 », exacerbant un peu plus les « valeurs familiales », chacun y allant de son couplet sur ces retrouvailles (extraordinaires) qui n’auront pas lieu, sur ces repas (pantagruéliques) que l’on partagera en visio, sur ces étreintes (surjouées) que l’on ne pourra se faire, sur ces cadeaux (fabriqués en Chine) que l’on sera obligés d’envoyer par porteur (précaire) spécial, etc.
J’écris ce billet le 25 décembre et j’avoue que je suis au bord de la rupture. En plus des tartes à la crème médiatique(s) qui veulent nous faire pleurer misère face à ces situations (insupportables) de familles qui ne peuvent se rassembler, à ce Noël dont les messes se déroulent dans des gymnases (mieux chauffés que les églises, et sur deniers publics), à ces personnes obligées de faire le choix de la solitude pour se prémunir du virus (quelle veine !), je surprends quelques amis, « pas Noël du tout », qui cette année crient famille… justement parce qu’ils en sont privés ? Quant à tous ces mails misérabilistes que je reçois, si vous saviez comme je me retiens de les envoyer se faire f… avec leurs vœux de m… qui, par leur suffisance c(h)rétino-familialiste (le h pour chrétien, bien sûr), ne respectent ni mes convictions ni mes choix.
Caddie ! sors de mon billet !
— Assume !
Caddie…
J’ai passé le réveillon seule, avec une délicieuse soupe d’orties cultivées dans le jardin partagé et me suis couchée de bonne heure, ravie que mes voisins aient décidé de rejoindre leur famille loin de Paris. C’est effectivement un choix de ma part : je ne crois pas en Jésus fils de Dieu qui ressuscitera à Pâques et ne fréquente pas ma famille au profit de mes amis ; je vis en mode décroissance en combattant autant que faire se peut la société de consommation ; je fais des cadeaux quand bon me semble ; et j’ai plus de plaisir à une balade à pied dans Paris qu’à n’importe quelle tablée alcoolisée.
— Allez ! viens… on a un panier récup’ à aller chercher.
Tu as raison Caddie. On y va ; les poubelles du monde recèlent tant de trésors.


Dans ce panier récup’ (en photo) pris chez un primeur à proximité le 25 décembre, deux ananas, 750 g de figues, trois pommes, sept clémentines, cinq tomates, trois blancs de poireau, une pomme de terre, une barquette de champignons découpés, trois champignons, 250 g de petits poivrons jaunes, deux mini concombres, deux avocats et trois gros oignons blancs. 4,99 euros.

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