Archives mensuelles : janvier 2021

Pauvres chéris ! @14

Un matin de janvier, vers 8 h 30, on sonne à ma porte, de ce genre de coup de sonnette qui fait faire un bond sur sa chaise ; je vais ouvrir et trouve sur le palier ma voisine en discussion avec un homme pistolet de gel anti-cafard bien en main. Je n’avais pas vu l’affiche, ma voisine non plus. Il commence par la voisine, je papote avec elle. Au moment où il va pour rentrer chez moi, une autre voisine sort avec son chien.
— Ah ! Vous êtes là. Je vous ai mis un mot. Je descends juste le chien cinq minutes.
Sans m’adresser la parole, l’homme lui indique qu’il va faire son logement. Elle acquiesce, s’en excuse auprès de moi ; pas lui. Lorsqu’il sort de chez elle, il se dirige vers le fond du couloir pour faire un premier logement, un second… Cette fois, j’y vais et demande à la voisine chez qui il est si je peux « parler au monsieur qui se moque de moi ». Il me répond depuis l’appartement qu’il fait les autres logements puis revient chez moi.
Je lui fais remarquer que je l’attends sur le pas de ma porte depuis bientôt un quart d’heure. Il le prend de haut, m’indiquant que je n’ai qu’à attendre. Le ton monte. Je me mets en colère, lui précisant que je rentre chez moi appeler mon gardien et ne lui ouvrirai pas.
— Appelez le gérant ! C’est mieux. Ou la mairie !
J’appelle mon gardien, lui précise d’emblée que je suis en colère mais pas contre lui, et lui raconte l’histoire avant de conclure.
— J’en ai marre de ces éjaculateurs précoces avec leurs petites seringues de liquide blanchâtre qui se prennent pour des inséminateurs à la vue de toutes ces femmes qui ouvrent leur porte. J’ai passé l’âge d’une PMA !
— Madame Djung…
Pas sûr que mon gardien s’en remette.

Lu @27

Ce samedi 16 janvier 2021, je suis à Paris et je lis Rendre le monde indisponible du philosophe Hartmut Rosa. Il y évoque comment l’exploitation du monde aboutit à un désastre écologique. Ce rapport de causalité traduit la manière dont la volonté d’utiliser la terre et toutes ses ressources aux seuls fins humaines, les asservir donc, rend finalement le monde indisponible, c’est-à-dire ingérable et imprévisible. L’homme veut avoir le monde à sa disposition et les catastrophes climatiques comme les pandémies dont il est la première victime se multiplient. Pour Rosa, la notion de disponibilité est centrale. Il évoque en exemple de son concept l’attraction des villes où des habitants s’installent parce qu’il y a des équipements sportifs et culturels en nombre à proximité, même s’ils ne les fréquentent pas. À l’inverse, l’exemple archétypique de l’indisponibilité est la neige, imprévisible et non contrôlable.
Ce samedi 16 janvier 2021, la pandémie de covid-19 rend les équipements sportifs et culturels indisponibles.
Ce samedi 16 janvier 2021, à Paris, il neige.

Courage @6

La sortie du livre de Camille Kouchner La Familia grande a mis sur le devant de la scène médiatique la prégnance de l’inceste, ces violences sexuelles subies par des enfants et commises par leur père, mère, oncle, tante, frère, sœur… Dans le même temps, un hashtag #metooinceste a permis (et permet encore) aux victimes d’inceste de faire converger leurs témoignages sur les réseaux sociaux. C’est dans ce contexte que la page Facebook de Nous Toutes a reproduit (sous forme d’images inaccessibles aux déficients visuels) des microbillets Twitter afin de relayer ces témoignages et de leur donner de la visibilité (sauf pour les déficients visuels, donc ; mais c’est un autre problème).
La plus lisible de ces infographies est celle que je reproduis ci-contre. On y lit « Attention contenu violent Tw inceste ». Pourquoi cette mise en garde ? L’inceste est par nature une violence et diffuser ces témoignages a vocation à ce que la collectivité assume cette violence pour la prendre en charge, aider les victimes, juger les coupables, réfléchir aux moyens de prévenir les violences futures ; non ? N’est-ce pas un véritable déni de ces violences que de mettre en garde les internautes puisque celle-ci suppose que c’est le témoignage qui est violent là où c’est l’inceste qui l’est quand le témoignage, lui, est résilience intime ? J’avoue que je ne comprends pas.

Déo @31

A la suite de mes aventures médicales (à redécouvrir ici), je suis parti quelques jours en Auvergne pour profiter du grand air.
Dans mon départ précipité, je n’ai pas pris le temps de vider mon seau de compost. À mon retour, j’ai donc tout jeté dans la poubelle « traditionnelle » car après dix jours, le tout rendait trop de jus.
J’ai profité de l’opération pour bien nettoyer ledit seau en le faisant tremper vingt-quatre heures dans de l’eau vinaigrée. Du coup, pendant ces vingt-quatre heures, j’ai jeté mes déchets végétaux dans ma poubelle « traditionnelle » et quelle ne fut pas ma surprise de constater le surlendemain qu’elle ne sentait pas très bon. En effet, depuis des années, cette poubelle n’accueillait quasi plus que des emballages qui, s’ils polluent et prennent de la place, n’ont pas d’odeur… Comme la nature est mal faite.

Biodiversité @24

Parmi les enquêtes auxquelles je participe, il y a plusieurs cohortes santé, dont Nutrinet à laquelle je participe depuis 2009. C’est parfois un peu fastidieux mais je pense que cela vaut la peine de donner matière à la recherche en santé. J’ai aussi intégré l’enquête e3n de la MGEN et suis les actualités de Seintinelles au cas où je puisse participer. Pendant le premier confinement, plusieurs études ont été lancées ; je participe à certaines même si souvent les questions posées sont bien loin de mon mode de vie ; j’accepte l’idée que ma marginalité puisse avoir du mal à entrer dans des modèles statistiques.
Je l’accepte… jusqu’à un certain point. J’avais intégré l’étude ComPaRe de l’APHP, une « communauté de patients » pour la recherche sur les « maladies chroniques ». Il m’avait fallu argumenter, l’albinisme n’étant pas dans le champ de recherche ; c’est pourtant une maladie chronique mais, à avoir répondu deux ou trois ans aux questions posées, je me rends compte qu’il y a chronique et chronique. L’étude se concentre beaucoup sur les traitements avec une enquête régulière sur le « fardeau » qu’ils représentent. Il est vrai que quand on doit faire une dialyse tous les trois jours, on peut véritablement parler de fardeau ; mais quand on a juste à mettre un chapeau, des lunettes, de la crème solaire et tirer sur l’œil pour essayer de voir quelque chose, c’est plus difficile à qualifier, et quantifier.
Pour moi, le « fardeau », c’est le traitement que m’inflige quotidiennement le validisme. Ce n’était pas dans les enquêtes auxquelles je peinais vraiment à répondre ; jusqu’à la dernière qui a sonné le glas de mon engagement. Il était question du covid-19 et de la vaccination, avec cette question :

« Nous nous intéressons à votre perception des bénéfices et risques de la vaccination.
« Selon vous, si l’on vaccinait 10000 personnes du même âge et même sexe que vous :
« 1/ Pour 1 effet indésirable grave (nécessitant une hospitalisation) lié à la vaccination, 5 hospitalisations pour COVID sévère seraient évitées grâce à la vaccination
« 2/ Pour 1 effet indésirable grave (nécessitant une hospitalisation) lié à la vaccination, 10 hospitalisations pour COVID sévère seraient évitées grâce à la vaccination
« 3/ Pour 1 effet indésirable grave (nécessitant une hospitalisation) lié à la vaccination, 50 hospitalisations pour COVID sévère seraient évitées grâce à la vaccination
« 4/ Pour 1 effet indésirable grave (nécessitant une hospitalisation) lié à la vaccination, 100 hospitalisations pour COVID sévère seraient évitées grâce à la vaccination
« 5/ Pour 1 effet indésirable grave (nécessitant une hospitalisation) lié à la vaccination, 500 hospitalisations pour COVID sévère seraient évitées grâce à la vaccination
« 6/ Pour 1 effet indésirable grave (nécessitant une hospitalisation) lié à la vaccination, 1000 hospitalisations pour COVID sévère seraient évitées grâce à la vaccination »

J’avoue que cela m’a laissée pantoise ; la formulation d’abord, est absconse ; au moins pour moi, j’ai dû relire plusieurs fois pour comprendre. Les offres de réponses, ensuite, supposent des connaissances médicales que je n’ai pas, induisant pourtant l’idée que je pourrais les avoir faisant de moi la soixante millionième épidémiologique qui manquait à la France. Je trouve donc l’ensemble tendancieux et n’ai pas répondu, décidant à cette occasion de quitter cette étude qui ne me concerne décidément pas.

Courage @5

Ça va Copain Mouton ?
— Ou*iiii* docteur Caddie !
— T’aaaaas pas changééé de couleuuur ?
— Est-ce qu’tu r’çois l’5G ?
— Bah n*oooo*n docteur Mouton et Petit Koala !
— T’eeeees toujouuurs biiiiien vivaaant ?
— Ou*iiii*, je cro*iiii*s…
— Tourn’toi qu’j’te regarde l’tiquette.
— Pourqu*oooi* ?
— Pour voir si t’as un pêt de travers.
— Je suis p*aaa*s c*ooo*mme t*ooo*i docteur Caddie !
— Parfaiiit ! On va pouvoiiir y alleeer !
— Où ç*ààà* ?
— L’vaccin, Copain ; la s’conde injection.
— C’est qu*eeeeee* ç*àààà* p*iii*que !
— La science, Copain Mouton ; la science…
— Les geeens veuleeent savoiiir si le vaciiin enlèèèèève pas l’amouuuur !
— Et pour ça, faut piquer !
— Si c’est s*iii* import*aaa*nt…
— L’amour, Copain Mouton… L’amour. C’est l’essentiel et tu es un super Copain d’amour à accepter de tester le vaccin.
— Et le fooooot ! C’est essentiiiiiiel aussiiiii.

Lu @26

On connaît Vélib’ et Autolib’. La Mairie de Paris a aussi eu Burolib’, système de bureaux avec ordinateur en libre accès à disposition de ses agents, mais ça, c’était avant la pandémie.
L’autre jour à la pharmacie, j’ai découvert « Nausélib ».
C’est un complément alimentaire qui contribue au fonctionnement normal du système digestif. Il contribue à diminuer la sensation d’inconfort en cas de nausées dues au mal des transports (avion, bateau, voiture…) ou à un début de grossesse, et ce à grand renfort de gingembre.
Je ne sais pas qui a eu l’idée de cette appellation, mais pour qui se méprendrait, il pourrait croire à des comprimés de nausée en libre-service. Achat inutile, il suffit de regarder le plus souvent de regarder les actualités pour avoir la nausée, ou, pour certains, de monter sur un Vélib’. La boucle est bouclée ou comme dirait Caddie, la roulette a roulé. La Roulettelib ?

Souvenirs @18

J’ai récemment fait un billet à propos de mon assureur militant qui propose son avis d’échéance en mode accessible pour les déficients visuels. Je suis un pur produit de « la Laïque », comme on disait autrefois, très attachée, à l’instar de mes parents, à cette institution qu’est l’Éducation nationale qu’ils ont intégrée à l’âge de 17 ans pour ne jamais en ressortir. Cet attachement se porte également sur la MGEN, autrefois sur la Camif, et toujours sur la Maif chez qui je suis assurée depuis que je suis née : cinquante-sept ans, et quelques sinistres, ça crée des liens !
Le premier dont je me souviens se déroule lors du Festival d’Avignon, à l’école Frédéric Mistral ; je n’ai pas la date (autour de l’année 1970) mais j’étais petite (la photo ci-contre, prise à Avignon, date de juillet 1967). Maman et papa étaient alors formateurs aux CEMEA qui assuraient un hébergement collectif et intelligent des festivaliers, à la demande de Jean Vilar : les centres de jeunes et de séjour investissaient des écoles les mois de juillet, les transformaient en lieux de vie (dortoirs et ateliers dans les classes, réfectoire et espaces d’échanges dans la cour, sanitaires comme on pouvait dans les toilettes des écoles…) Ça sentait l’éducation populaire remixée 1968, cheveux longs et pattes d’eph’, tons orangés et débats sur le théâtre jusqu’au bout de la nuit.
Lorsque nous sommes arrivés en famille cette année-là, quarante-huit heures avant les festivaliers, nous avons posé nos affaires et nous sommes immédiatement attelés à la transformation de l’école avec des bouts de ficelle, des tissus, des lits de camp, de l’huile de coude et une bonne dose de créativité collective. Au moment de nous coucher, maman s’est mise en quête de la valise qui contenait les paires de chaussures de nous quatre pour trois semaines. La valise avait disparu. Volée ? Nous ne l’avons jamais retrouvée mais maman raconte que la Maif a intégralement remboursé toutes les paires de chaussures, sur simple déclaration.
Je ne sais pas ce qu’il en est exactement mais cette histoire est entrée dans ma légende comme une sorte de mythe fondateur de mon assureur militant. Depuis, le mythe ne s’est jamais démenti. Vous imaginez ma réaction quand je suis démarchée pour en changer ? Je sors ma valise de chaussures à défaut de révolver et paie rubis sur l’ongle ma cotisation que pourtant je trouve chère… mais l’efficacité militante n’a pas de prix ! La fidélité non plus.

Aïe @34

Suite à un ennui de santé résolu depuis, j’ai dû me rendre nuitamment aux urgences en dépit du couvre-feu. Après avoir appelé un taxi et avant de sortir, je prépare donc mon attestation. Le taxi arrive et me voici en route dans les rues désertes de Paris. À l’approche de l’hôpital, nous remarquons deux véhicules de police en stationnement. Je me demande un instant s’ils font des contrôles mais pas du tout. Nous sommes quelques jours après le triste anniversaire de l’attaque terroriste contre Charlie Hebdo et les forces de l’ordre surveillent la plaque commémorative placée devant les Petit Cambodge et le Carillon… car oui, nous sommes à une époque où il faut surveiller certains lieux de souvenirs semble-t-il…
Sinon côté santé, le verdict est bien moins grave que le premier diagnostic gracieusement offert par ma chauffeuse de taxi. En lui parlant de ma douleur au bras, elle m’avait indiqué avoir eu la même chose et qu’il s’agissait d’un début d’AVC… Bref, de quoi vous couper le souffle.

À table ! @69

Quand j’étais petite, nous mangions, surtout chez ma grand-mère, du « jambon blanc ». À la maison, nous étions plus jambon cru que l’on faisait fumer l’hiver dans la cheminée du salon. Le jambon blanc (cuit donc), c’était cher ; mamy l’achetait chez le boucher ; maman n’en achetait pas si ce n’est parfois des talons, ou de l’épaule. Mais, quel que soit le morceau, c’était bien du jambon « blanc », et je me souviens qu’il l’était. Je suppose qu’il n’était donc pas infesté de nitrites, ce E250 qui rosit le jambon cuit.
Je ne sais pas pourquoi nous aimons le jambon plus rose mais il semble que cela ne date pas d’aujourd’hui. Et pour certains, par exemple, les jambons de Paris ou au torchon, frais dans leur barquette, ils n’ont pas l’air si roses… Je n’en achète plus guère tant je suis de moins en moins sensible aux produits qui n’ont d’autre goût que le sel. Mais j’en récupère parfois dans des paniers de récup’, l’autre jour six tranches que j’ai congelées pour les utiliser dans une tarte, un gratin.
Ce matin, j’en sors une part que je vais faire griller en petits morceaux pour accompagner du chou de choucroute cuit. En déposant le morceau dans une assiette à la sortie du congélateur, la couleur m’a frappée. C’est franchement rose ! J’imagine que les nitrotes, contenu dans l’eau du jambon, se révèle une fois gelé… Quoi qu’il en soit, si vous doutez du caractère chimique (et en l’espèce cancérigène) des nitrites, cette image me semble sans ambiguïté.

Note pour Frédéric. Si je te le présente en triangle rose, tu n’en veux toujours pas du jambon ?