Bééé @19

Comme beaucoup, j’ai été contrariée par les annonces du Premier ministre du 10 décembre 2020. Je ne fête jamais Noël et préfère les réveillons de la Saint-Sylvestre seule dans mon lit. Je ne vais que rarement au théâtre, fort peu au cinéma ; j’aime bien les musées mais ils ne me sont pas essentiels. Les cours de judo pour les enfants reprennent sous conditions mais reprennent.
Alors quoi ? Ce sentiment de plus en plus fort que ce qui est mis en œuvre par les autorités publiques est partial, inique et oiseux. Je fais sans doute partie des personnes qui respectent le mieux les mesures « sanitaires » ; d’abord parce que j’en ai les moyens : je vis seule, mène l’essentiel de mes activités depuis chez moi, ne fréquente pas ma famille, ai des relations plutôt interindividuelles avec mes amis, préfère marcher plutôt que de prendre les transports, n’aime pas plus le shopping que les teufs… Je n’ai donc aucun mérite.
J’ai néanmoins la conviction que les mesures de préventions sanitaires sont importantes… à condition que l’objectif soit effectivement la préservation de l’intégrité des personnes et non la seule sauvegarde économique du pays. Je suis troublée, par exemple, par les arguments de nombre d’artistes ou auteurs qui défendent « l’industrie culturelle » plutôt que la création artistique ; je remarque que leur point commun semble être de bénéficier largement du produit de ladite « industrie » i.e. une toute petite minorité même hors pandémie.
Mais ne faut-il pas que l’économie fonctionne pour notre survie collective ? Mais de quelle économie parle-t-on ? De celle qui fait des profits, creuse les inégalités, consomme toujours plus de carbone et de sueur ? Eh bien, celle-là, je m’en fous et j’affirme que les autorités publiques, en toute logique de l’ordre bourgeois, hétérosexiste et raciste dans lequel nous vivons, sont le suppôt de la survie du libéralisme et non pas de la survie des personnes et de la planète.
À aucun moment, je n’entends ce gouvernement (et la majeure partie de ses oppositions) proposer autre chose que la carotte (« Joyeux Noël gentils consommateurs ! ») et le bâton (« Allez bosser et rentrez chez vous, sinon, panpan cul-cul la police ! »), insistant même sur l’importance pour nos équilibres psychologiques (entendre notre productivité présente et future) de pouvoir participer aux « Fêtes ». Et le virus dans tout ça ? Il se marre, on dirait, tant les programmes de recherche semblent axés sur la « production d’un vaccin » alors que l’on pourrait espérer que la recherche publique, au moins, s’intéresse aux causes profondes de l’apparition du covid-19 (nos modes de production et de consommation, par exemple) et à ses mécanismes de propagation qui semblent encore bien méconnus. S’attaquer aux causes nous laisserait un espoir que les choses de ne se reproduisent pas le temps de changer le monde.
Si vous étions des poules (ou des canards, ou des visons), on considérerait que l’abattage de quelques élevages suffit à juguler le mal. C’est un grand dommage pour les éleveurs concernés mais pas pour la chaîne économique ; au contraire, même. Les confinements, couvre-feux et autres interdictions d’ouverture ne fonctionnent pas autrement : les personnes directement concernées en souffrent économiquement et socialement mais le libéralisme, lui, sait tirer son épingle du jeu. Les inégalités se creusent. La planète brûle. Bah, tant qu’il y aura du foot et des pizzas…
Le foot et la pizza ? Personne ne nous y force et c’est bien notre propension au conformisme, notre grégarisme qui est en cause. Que faisons-nous chacun pour dire que nous voulons d’un autre monde ? Voulons-nous d’un autre monde ? Nous ne sommes pas des victimes ; juste des humains passifs qui ont peur de leurs propres rêves. On râle. On s’insurge. On trépigne devant la télé. On diffuse des informations complaisantes (et souvent fausses) parce que ça ne mange pas de pain et que ça nous donne l’air de contester. Et l’on défend ce que l’on possède, sans imaginer autre chose, en organisant un joli réveillon en famille parce que c’est ce dont on a envie.
Pour ma part, je rêve d’un Premier ministre qui prenne le temps qu’il faut pour expliquer que l’on va dans le mur si l’on continue à consommer et produire de la manière dont on le fait, qui nous propose des solutions courageuses pour la transition écologique en piquant dans les caisses des multinationales pour aider les plus démunis, qui organise une formation accélérée pour consommer moins sans se priver (oui, c’est possible) et aider l’économie à produire sans grever les ressources naturelles, qui… Je rêve. Et vous ?

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