Féminité @7

Samedi 12 décembre 2020, huit commerçants ont organisé un mini marché de Noël sur une place de mon arrondissement. L’objectif était de mettre en valeur des commerces locaux et le point commun des huit est ce que je nommerais volontiers un « engagement politique » pour une consommation plus vertueuse, plus bio, plus durable. Je connais la plupart de ces commerçants même si je n’en suis pas forcément cliente. Je suis donc allée faire un tour, par solidarité, pour dire mon attachement à la vie de mon arrondissement.
Comme souvent dans ce genre de configuration, chaque exposant sous son barnum pratique l’entre-soi quand plusieurs personnes sont derrière la table ; ou s’occupe sur un livre ou un téléphone quand il n’y a qu’une personne. Notre mini-marché n’a pas échappé à la règle. J’ai ainsi dépassé six exposants (sur huit) sans un bonjour, et sans savoir de quoi il s’agissait, l’accessibilité basse vision n’étant jamais une priorité commerciale (à croire que les 1,2 million de déficients visuels sont des consommateurs négligeables…)
Arrivée devant l’avant-dernier stand, une jeune femme interrompt sa conversation avec sa voisine de table pour me saluer.
— Bonjour monsieur !
Je souris sous mon masque et réponds.
— Bonjour monsieur.
— Oh ! pardon madame.
— Je vous en prie…
Et passe mon chemin. J’entends derrière moi la plus âgée « Avec le masque et le chapeau, tu ne pouvais pas savoir. » Je reviens sur mes pas.
— Excusez-moi mais, pour une fois, je porte un chapeau acheté dans un rayon femme, un masque fleuri et une écharpe que porteraient peu d’hommes. Je mesure 1,60 m ; c’est petit. Je vous accorde que je n’ai pas les hanches d’une femme qui aurait fait quelques enfants ; je n’en ai pas fait.
La plus jeune des deux bafouille je ne sais quoi. La plus âgée me rétorque qu’il y a des hommes qui portent des masques fleuris et que c’est à cause du chapeau. Elle oublie la veste de rando, le jean et les croquenots qui ont sans doute emporté sa décision. Je leur souhaite une bonne soirée et rentre chez moi.
Je précise que le stand en question était tenu par une entreprise d’insertion qui recycle des jouets en luttant activement contre les stéréotypes de genre. Ce n’est pas gagné. J’ai vu Pierre le lendemain ; il les connaît très bien. Ma réplique lui a plu ; il m’a expliqué que pour être une femme « c’est de pis en pis » ; il faut obligatoirement se maquiller pour passer comme telle. Et montrer mes yeux ? Même pas en rêve !

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