Archives mensuelles : décembre 2020

Pucer @49

Je vous avais promis un troisième épisode dans le feuilleton « Paris Habitat au pays des hackers », le voici. Je vous renvoie au premier, et au second, si vous n’avez pas suivi.
Toute correspondance étant couverte par le secret, je ne peux pas reproduire la réponse qui a été faite par une responsable de mon bailleur à mon interpellation sur la préservation de mes données personnelles après l’attaque subie par son réseau informatique. Mais j’ai eu une réponse, très vite, qui m’a fait rire. Celle-ci, en trois lignes, avait vocation à m’assurer que mes données personnelles n’étaient pas sorties des disques durs mais une coquille s’est glissée dans le texte, perfide coquille qui faisait dire à mon interlocutrice le contraire de ce qu’elle souhaitait.
Dois-je considérer que la coquille dit l’indicible, soit que des données personnelles ont été volées, ou que les gestionnaires des réseaux ignorent si tel a été le cas ? Je n’ai pas l’habitude de considérer que les institutions publiques, par principe, mentent ; elles s’arrangent parfois avec la réalité mais guère plus. Je n’ai de toute façon pas le moyen de vérifier. J’accorde donc volontiers le bénéfice du doute à mon bailleur en restant vigilante, bien sûr.
L’affaire est close ? J’espère.

 

Bigleuse @128

J’ai reçu un mail de mon assureur militant me proposant de télécharger en ligne mon avis d’échéance. Je me connecte et constate que je peux demander à disposer de ce document dans un format adapté aux déficients visuels. Quelle bonne idée ! Je le demande donc : on me propose le document en braille, en caractères agrandis, et en CD audio. J’ai opté pour les caractères agrandis.
Deux jours plus tard, j’ai raté un appel téléphonique, qui ne s’est pas renouvelé. Le lendemain, j’ai reçu l’avis d’échéance annoncé dans le mail, en format standard. Une semaine est passée et ô surprise ! un gros paquet m’attend dans ma boîte aux lettres ; 602 g ! Je repère sitôt le logo de HandiCaPZéro, une association qui « propose gratuitement (?) des dispositifs accessibles ». Je n’ai jamais réussi à utiliser leur site (le blanc sur noir me brûle les yeux et le passage en noir sur blanc me fait perdre tout repère), mais je ne dois pas être une bonne candidate.
Passons. Une fois ouvert le colis, je repère le logo de mon assureur militant, trouve mon avis d’échéance en caractères normaux, puis sa version agrandie sur seize pages ! Force est de constater que j’arrive à lire aisément, et que je découvre tout ce qui était d’ordinaire écrit si petit… que je suis certaine de ne pas être la seule à ne pas lire. C’est parfait. Je peux vérifier les infos et rigole à la rubrique « Zoom sur votre avis d’échéance », le « zoom » en question étant en police 10 ou 11 sur l’original non agrandi. Pauvres valides…
— Mais seize pages, cela ne pèse pas 602 g ?
Tu as raison, Caddie. Il y a un deuxième document de quatre-vingt-quinze pages. Il s’agit de Maif mag n°184 ; cela doit être le truc que je reçois par la poste que je n’ouvre même pas tant le lire me paraît impossible. Au moins, je vais savoir ce qu’il y a dedans.
— On félicite l’assureur ?
Bah… y a quand même un souci. Mon avis d’échéance contient des informations personnelles ; quelles sont mes garanties qu’elles restent confidentielles pendant la mise en gros caractères de mon avis d’échéance ?
— Demande à ton assureur ! Il s’y connaît en garantie.
Forcément oui !

Note. J’ai donc contacté mon assureur militant qui m’a rappelé une dizaine de jours plus tard pour m’assurer que mes données personnelles sont sous bonne garde. Ouf !

Hétéro @5

Je regarde le résumé d’un téléfilm. Dans l’histoire, Louise va recroiser Alex dans le cadre d’une enquête de police. Louise et Alex ont vécu une histoire d’amour il y a des années. Je suis persuadée qu’il s’agit d’une relation entre deux femmes.
Quelle déception quand je me rends compte qu’Alex est un homme ! Je ne l’avais pas imaginé un instant. Ces dernières années, je me suis habituée à voir des séries et téléfilms mettant en avant des relations lesbiennes. Que de chemin parcouru depuis Media-G.net !

Noël @46

Dix jours avant Noël, j’ai trouvé dans ma boîte aux lettres un catalogue publicitaire du supermarché en bas de chez moi : 36 pages, couverture comprise. Ça démarre par un décor de paquet-cadeau (en illustration), gros ruban doré sur fond de logos de l’enseigne et nous annonce les « promos fêtes », comme si les promotions étaient un cadeau.
J’ouvre.
La première page contient des informations que je n’arrive pas bien à lire. Je comprends juste que je peux « économiser plus de 219 euros en avantages fidélité » et « bénéficier de plus de 185 euros de réductions immédiates en caisse ». Ça fait une somme ! Mais combien dois-je dépenser pour cela ? Et dois-je acheter tout ce qui est dans le catalogue ? Bien sûr que oui. J’en ai déjà la nausée.
Je continue.
Alcool, alcool, alcool, alcool, chips… je suis déjà page 5 et je n’ai rien acheté. Caddie me suggère de creuser l’affaire et de mener une étude de ce que l’on voudrait que je mange pour les « Fêtes ».
Je compte 311 produits qui se répartissent comme suit :

Alcool, vin, bière, cidre : 55 produits
Sodas, jus de fruits, eaux en plastique, thé, café : 17 produits
Apéro (biscuits, olives, tartinables, bouchées salées) : 45 produits
Poissons, fruits de mer, viande : 20 produits
Poissons, fruits de mer et plats cuisinés : 33 produits
Charcuterie, foie gras, volaille cuisinée : 24 produits
Pain, pâtes à tarte, galettes, pâtes fraîches : 10 produits
Condiments, sauces, beurre, crème fraîche : 14 produits
Fruits et légumes (frais ou boîte) : 17 produits
Fromages, yaourt nature : 23 produits
Desserts lactés, glaces, gâteaux, bûches, galette des Rois, chocolats : 53 produits

Isabelle m’a fait un joli graphique avec ces chiffres. Édifiant !

Bééé @19

Comme beaucoup, j’ai été contrariée par les annonces du Premier ministre du 10 décembre 2020. Je ne fête jamais Noël et préfère les réveillons de la Saint-Sylvestre seule dans mon lit. Je ne vais que rarement au théâtre, fort peu au cinéma ; j’aime bien les musées mais ils ne me sont pas essentiels. Les cours de judo pour les enfants reprennent sous conditions mais reprennent.
Alors quoi ? Ce sentiment de plus en plus fort que ce qui est mis en œuvre par les autorités publiques est partial, inique et oiseux. Je fais sans doute partie des personnes qui respectent le mieux les mesures « sanitaires » ; d’abord parce que j’en ai les moyens : je vis seule, mène l’essentiel de mes activités depuis chez moi, ne fréquente pas ma famille, ai des relations plutôt interindividuelles avec mes amis, préfère marcher plutôt que de prendre les transports, n’aime pas plus le shopping que les teufs… Je n’ai donc aucun mérite.
J’ai néanmoins la conviction que les mesures de préventions sanitaires sont importantes… à condition que l’objectif soit effectivement la préservation de l’intégrité des personnes et non la seule sauvegarde économique du pays. Je suis troublée, par exemple, par les arguments de nombre d’artistes ou auteurs qui défendent « l’industrie culturelle » plutôt que la création artistique ; je remarque que leur point commun semble être de bénéficier largement du produit de ladite « industrie » i.e. une toute petite minorité même hors pandémie.
Mais ne faut-il pas que l’économie fonctionne pour notre survie collective ? Mais de quelle économie parle-t-on ? De celle qui fait des profits, creuse les inégalités, consomme toujours plus de carbone et de sueur ? Eh bien, celle-là, je m’en fous et j’affirme que les autorités publiques, en toute logique de l’ordre bourgeois, hétérosexiste et raciste dans lequel nous vivons, sont le suppôt de la survie du libéralisme et non pas de la survie des personnes et de la planète.
À aucun moment, je n’entends ce gouvernement (et la majeure partie de ses oppositions) proposer autre chose que la carotte (« Joyeux Noël gentils consommateurs ! ») et le bâton (« Allez bosser et rentrez chez vous, sinon, panpan cul-cul la police ! »), insistant même sur l’importance pour nos équilibres psychologiques (entendre notre productivité présente et future) de pouvoir participer aux « Fêtes ». Et le virus dans tout ça ? Il se marre, on dirait, tant les programmes de recherche semblent axés sur la « production d’un vaccin » alors que l’on pourrait espérer que la recherche publique, au moins, s’intéresse aux causes profondes de l’apparition du covid-19 (nos modes de production et de consommation, par exemple) et à ses mécanismes de propagation qui semblent encore bien méconnus. S’attaquer aux causes nous laisserait un espoir que les choses de ne se reproduisent pas le temps de changer le monde.
Si vous étions des poules (ou des canards, ou des visons), on considérerait que l’abattage de quelques élevages suffit à juguler le mal. C’est un grand dommage pour les éleveurs concernés mais pas pour la chaîne économique ; au contraire, même. Les confinements, couvre-feux et autres interdictions d’ouverture ne fonctionnent pas autrement : les personnes directement concernées en souffrent économiquement et socialement mais le libéralisme, lui, sait tirer son épingle du jeu. Les inégalités se creusent. La planète brûle. Bah, tant qu’il y aura du foot et des pizzas…
Le foot et la pizza ? Personne ne nous y force et c’est bien notre propension au conformisme, notre grégarisme qui est en cause. Que faisons-nous chacun pour dire que nous voulons d’un autre monde ? Voulons-nous d’un autre monde ? Nous ne sommes pas des victimes ; juste des humains passifs qui ont peur de leurs propres rêves. On râle. On s’insurge. On trépigne devant la télé. On diffuse des informations complaisantes (et souvent fausses) parce que ça ne mange pas de pain et que ça nous donne l’air de contester. Et l’on défend ce que l’on possède, sans imaginer autre chose, en organisant un joli réveillon en famille parce que c’est ce dont on a envie.
Pour ma part, je rêve d’un Premier ministre qui prenne le temps qu’il faut pour expliquer que l’on va dans le mur si l’on continue à consommer et produire de la manière dont on le fait, qui nous propose des solutions courageuses pour la transition écologique en piquant dans les caisses des multinationales pour aider les plus démunis, qui organise une formation accélérée pour consommer moins sans se priver (oui, c’est possible) et aider l’économie à produire sans grever les ressources naturelles, qui… Je rêve. Et vous ?

Adieux @43

À l’été 2009, je me suis lancé dans de grands travaux dans mon appartement. Ayant emménagé en 2001 dans cet appartement (celui que j’occupe encore), il en avait bien besoin. Évidement, ce qui ne devait être qu’un simple rafraichissement de peinture a finalement pris une toute autre dimension : sols, plafonds, murs, meubles… tout y est passé.
Une fois ces grands travaux terminés, il me restait à investir le balcon dont j’avais peu profité jusque-là. C’est à cette occasion que j’ai laborieusement fixé un store pour profiter de cette terrasse sans les inconvénients du « vis-à-vis » des étages supérieurs.
C’est donc avec une certaine émotion que je l’ai décroché cette semaine pour laisser la place au ravalement de façade et au changement de fenêtres.
Une page se tourne et donc une nouvelle s’ouvre !

Grand Homme @38

OuafbonOuafjour ! C’est ouafmoi, Helgant, le plus beau des ouafchiens du ouafmonde.
Je voulais m’excuser que j’ai fait ouafpipi dans le ouaflit pendant que ma maîtresse était sous la ouafdouche. Elle est si gentille. Les Mouton m’ont expliqué que ouafpipi c’est pipi ; moi, c’était juste parce que j’étais superouafcontent de pouvoir entrer dans la ouafchambre où je ne vais jamais et me rouler dans son ouaflit. Depuis, je dors dans mon ouafpanier et je fais juste ouafpipi sous le nez de l’épicier qui nous crie toujours dessus.
Faut que je vous dise aussi. Avec les Mouton on est superouaffiers ! Petit Koala nous a montré le OuafBulletin officiel de la Ville ; la ménagère de Caddie a expliqué que c’est écrit par la reine Anne, de sa ouafmain propre. Eh bien, elle a écrit que ma maîtresse, elle est horsouafclasse ! Ça veut pas dire qu’il y a ouafpéno ; au contraire ; c’est un ouafbut encore plus fort que tous les ouafbuts déjà marqués ! On a essayé avec la ouafbande de faire pareil ; on a eu peur de casser le ouafaquarium alors on s’est dit qu’on allait faire un ouafbillet pour dire qu’on est superouaffier !
— On est d’accoooord Heglant ! Trop foooooot !
— Et plus encore f*oooo*t !
— Ça, elle nous l’épate !
— C’est qu’elle roule qui pierre !
Merci la ouafbande ! Un ouafpipi et ouaffoooot pour tout le ouafmonde !

Aïe ! @33

J’avais envisagé il y a quelque temps de changer de matelas. Ce n’était pas urgent, le mien ayant sept ans, mais il était un peu abîmé. J’avais regardé d’autres tailles et modèles puis j’avais mis de côté l’idée.
Un soir de décembre, au moment de me coucher, je trouve mon lit mouillé. J’investigue et me rends compte que Helgant a uriné dans mon lit. En réfléchissant, je repense que ce matin-là, je n’ai pas pris le temps d’un câlin à Helgant avant de prendre ma douche, pressée de pouvoir sortir avec lui avant d’aller travailler au bureau pour une longue journée. J’avais vu que la porte de la chambre était passée d’entrouverte à ouverte sans m’interroger plus avant.
Me voilà tard le soir à éponger et essayer de limiter les dégâts et trouver le moyen de pouvoir dormir. Me voilà le lendemain à essayer de trouver une solution plus durable… donc à changer de matelas.
Je retourne au magasin en face de chez moi où j’avais acheté le précédent matelas. L’enseigne a été reprise, les conditions et modes de livraison ne sont plus les mêmes… La note est un peu élevée pour une livraison dans plusieurs mois.
Après réflexions et nouvelles recherches, j’opte pour un vépéciste et le matelas de sa marque. Livraison prévue un samedi trois semaines plus tard, prix à moitié moins que l’autre pour une qualité qui me semble bien convenir. Quelques jours après ma commande, je reçois des messages m’indiquant une livraison ce samedi. Je peux choisir un créneau de deux heures. Je m’organise pour réserver un créneau aux encombrants dans la foulée.
Le jour dit, avant 8 heures, début du créneau, j’ai déplacé l’ancien matelas. À 8 heures, le livreur apporte le neuf dans la pièce et me l’installe sur le sommier. Je teste, le matelas est parfait.
Peu après, je me décide à me lancer dans l’aventure de descente du matelas seule. Et j’y arrive plutôt facilement par l’escalier en aidant à la glisse la literie.
Voilà une affaire rondement menée. J’ai acheté une alèse imperméable. Et je ferme bien la porte de la chambre. Sans compter que je prends le temps d’un câlin le matin, l’avoir omis une fois m’a rappelé l’importance qu’il a pour Helgant, mais aussi pour moi. C’est notre moment de démarrage de bonne journée.

Féminité @7

Samedi 12 décembre 2020, huit commerçants ont organisé un mini marché de Noël sur une place de mon arrondissement. L’objectif était de mettre en valeur des commerces locaux et le point commun des huit est ce que je nommerais volontiers un « engagement politique » pour une consommation plus vertueuse, plus bio, plus durable. Je connais la plupart de ces commerçants même si je n’en suis pas forcément cliente. Je suis donc allée faire un tour, par solidarité, pour dire mon attachement à la vie de mon arrondissement.
Comme souvent dans ce genre de configuration, chaque exposant sous son barnum pratique l’entre-soi quand plusieurs personnes sont derrière la table ; ou s’occupe sur un livre ou un téléphone quand il n’y a qu’une personne. Notre mini-marché n’a pas échappé à la règle. J’ai ainsi dépassé six exposants (sur huit) sans un bonjour, et sans savoir de quoi il s’agissait, l’accessibilité basse vision n’étant jamais une priorité commerciale (à croire que les 1,2 million de déficients visuels sont des consommateurs négligeables…)
Arrivée devant l’avant-dernier stand, une jeune femme interrompt sa conversation avec sa voisine de table pour me saluer.
— Bonjour monsieur !
Je souris sous mon masque et réponds.
— Bonjour monsieur.
— Oh ! pardon madame.
— Je vous en prie…
Et passe mon chemin. J’entends derrière moi la plus âgée « Avec le masque et le chapeau, tu ne pouvais pas savoir. » Je reviens sur mes pas.
— Excusez-moi mais, pour une fois, je porte un chapeau acheté dans un rayon femme, un masque fleuri et une écharpe que porteraient peu d’hommes. Je mesure 1,60 m ; c’est petit. Je vous accorde que je n’ai pas les hanches d’une femme qui aurait fait quelques enfants ; je n’en ai pas fait.
La plus jeune des deux bafouille je ne sais quoi. La plus âgée me rétorque qu’il y a des hommes qui portent des masques fleuris et que c’est à cause du chapeau. Elle oublie la veste de rando, le jean et les croquenots qui ont sans doute emporté sa décision. Je leur souhaite une bonne soirée et rentre chez moi.
Je précise que le stand en question était tenu par une entreprise d’insertion qui recycle des jouets en luttant activement contre les stéréotypes de genre. Ce n’est pas gagné. J’ai vu Pierre le lendemain ; il les connaît très bien. Ma réplique lui a plu ; il m’a expliqué que pour être une femme « c’est de pis en pis » ; il faut obligatoirement se maquiller pour passer comme telle. Et montrer mes yeux ? Même pas en rêve !