Paris @65

Mon bailleur, celui-là même qui met plusieurs années à changer nos fenêtres, passe des marchés avec des chauffagistes indélicats, communique de manière illisible, et autres (la liste est longue), adore les « concertations locatives ». Il s’agit, lors d’une opération de travaux par exemple, de demander leur avis aux locataires ; préfèrent-ils les fenêtres avec empiècement ou les autres ? Celles avec empiècement ? Très bien ; l’architecte préfère les autres. Donc, les autres.
En dépit de ce genre d’aventures, je me plie volontiers à ce type de concertation ; c’est surtout l’occasion de nouer des liens avec les gestionnaires de nos logements et de ces travaux, liens qui sont utiles en des circonstances plus concrètes. J’ai ainsi participé il y a quelques mois à une concertation locative sur un projet de réhabilitation de nos halls (ils en ont bien besoin). Ce projet est co-financé par la Ville. La concertation fait partie des conditions de cette aide.
Cette rencontre a duré plus de deux heures : les deux gardiens étaient présents, notre gérante, son supérieur, la personne en charge de mener ces travaux, la présidente de l’amicale de locataires et moi. Au fil de notre visite des cinq halls concernés, nous avons croisé des locataires, en avons appelé d’autres sur des points très spécifiques (comme l’accessibilité). Les gardiens ont partagé leur expertise, la gérante itou. J’ai aussi gentiment séquestré la responsable des travaux dix minutes dans nos escaliers pour qu’elle convienne qu’ils ne pouvaient être exclus du chantier (l’odeur est redoutable !)
Cette dame a tout noté avec patience et intérêt. Elle m’a recontactée il y a quelques semaines pour un nouveau tour des halls. Au départ, il s’agissait de formaliser une procédure de concertation plus large, procédure contrainte par le covid. Cela s’est transformé en nouvelle visite des cinq halls avec les mêmes personnes, plus l’agence en charge de coordonner les travaux. Pour quoi faire ?
— Ils veulent prendre le pouls des locataires…
— Une mesure sanitaire, en somme.
Elle a ri (merci madame !) et a fini par convenir que cela faisait beaucoup de temps de travail (donc d’argent) pour dire des choses déjà dites. Je lui ai précisé que j’avais une confiance absolue en son expertise, sa capacité d’avoir fait le compte rendu le plus juste, et l’ai renvoyée au professionnalisme des gardiens (surtout le mien) et de la gérance si des détails manquaient. Je lui ai proposé de réinvestir l’argent économisé sur cette concertation inutile dans le renouvellement de nos baignoires…
Cette réunion a quand même eu lieu, sans moi. J’ai croisé cette joyeuse bande dans mon hall ; ils étaient neuf ; je sais que cela a duré encore deux heures, plus le temps de transport, plus… Quelle dépense superflue ! Je me suis promis de raconter cette histoire à la maire de notre arrondissement, le bailleur arguant du partenariat avec la mairie pour multiplier ces « concertations » sans objet. Je n’en ai pas eu l’opportunité ; je lui enverrai ce billet.

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