Couperet @17

On a tous remarqué que les pouvoirs publics naviguent à vue dans la gestion de l’épidémie du covid-19 alignant au fil du temps des « mesures » dont le sens nous échappe souvent. Pour expliquer cela, on peut arguer du peu d’informations scientifiques et médicales fiables à disposition. On peut aussi considérer que la « logique » des pouvoirs publics vise prioritairement à préserver les intérêts économiques de l’ordre bourgeois, hétérosexiste et raciste dans lequel nous vivons et que le sens se trouve dans la prospérité de l’ordre. C’est ce que je pense. Je ne développe pas, il y aurait d’autres Fragments d’un discours politique à écrire. Ce n’est pas ma priorité, ce qui me mène à cette conclusion se trouve en germe dans les premiers.
Une « mesure » pourtant me semble emblématique de cette logique censée nous échapper ; elle a été prise fin septembre, quand certaines zones sont passées en rouge rouge quand d’autres étaient cramoisies : « La diffusion de musique sur la voie publique ou audible depuis la voie publique est interdite entre 22h et 6h à compter du lundi 28 septembre. » Quand j’ai vu cela, mon sang n’a fait qu’un tour et j’ai répondu à un microbillet Twitter de la Ville en ces termes :

À ma grande surprise, je n’ai pas du tout été suivie sur ce point. Les proches à qui j’ai pu en parler m’ont tous répondu quelque chose comme « Mais non ! Ce n’est pas la même chose… » pour ensuite venir justifier cette « mesure » soit comme étant légitime (éviter les rassemblements sur la voie publique), soit comme appartenant au lot de mesures qui ne peuvent émouvoir parce que, de toute façon, c’est déjà le cas même hors période de Covid (réglementation sur le tapage).
Eh bien non, je refuse de céder à ces arguments : couper la musique n’est pas une mesure comme les autres ; cela porte un sens, dans l’histoire, dans l’actualité ; c’est une mesure phare commune à tous les systèmes totalitaires. Fermer les estaminets et interdire les rassemblements de plus de dix personnes suffit à se prémunir des rassemblements sur la voie publique. Oublie-t-on qui interdit la musique dans le monde, dans l’histoire ? Il semble que oui et j’en suis abasourdie : notre démocratie s’enfonce chaque jour un peu plus dans le totalitarisme sous couvert de « sécurité sanitaire », argument particulièrement tendancieux au vu des politiques menées en matière d’agriculture, d’alimentation, de médicament, d’hôpitaux, d’environnement.
Le mouvement a commencé, à mon sens, un certain 11 septembre et a été accentué au fil des attentats islamistes, la « sécurité » justifiant les atteintes à nos libertés sans que l’on puisse même en faire la simple remarque. Le covid-19 met un coup de massue supplémentaire. Plutôt que d’interroger nos modes de vie, de consommation, de production en tant que causes de la violence politique ou virale, et d’agir en conséquence à court et long terme, on contraint celles et ceux qui en sont les victimes, réduisant chaque jour leurs libertés au profit de leur capacité à produire et à consommer.
Ce qui me peine le plus dans cette affaire, c’est la passivité avec laquelle chacun regarde notre démocratie être vidée de sa substance. Que l’on ne vienne plus me parler d’une adhésion générale à « un autre monde » ! J’ai mis du temps mais j’ai compris que seule une démarche révolutionnaire peut nous y mener. Je n’ai pas peur du désordre. J’ai peur de l’ordre et de notre capacité individuelle et collective à nous y soumettre sans même prendre la peine de nous indigner.

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