Paris @63

Ce matin (dimanche 13 septembre 2020), je suis allée faire ma séance de sport au square W option « utilisation des machines de musculation » et « renforcement musculaire à l’élastique ». Il y avait là, installés sur une table de ping-pong et les chaises longues en bois, des jeunes gens qui, à l’évidence, y avaient passé la nuit. Ils se disaient au revoir sur un fond musical pourri (entendre mauvais son produit par un haut-parleur indigne de toute partition).
Pendant que j’étais sur le rameur, l’un d’eux s’est approché en parlant à ses camarades expliquant que les transats étaient, je cite ,« de la merde » ; il s’est arrêté à vingt mètres derrière moi, face contre le bosquet, pour uriner sachant que des toilettes publiques sont à cent mètres. À quelques pas, le cantonnier ramassait consciencieusement les ordures qu’ils avaient éparpillées au cours de la nuit.
Et je ramais.
Ils sont assez vite partis, faisant ronfler le deux-roues motorisé garé près d’eux à l’intérieur du square. Je ne saurais dire de quel genre de jeunes gens il s’agissait (je ne les ai pas « vus », dans le sens courant de ce verbe) mais la première pensée qui m’est venue était que c’était des couillons de merde. J’ai ensuite songé que me concentrer sur mon activité valait mieux, activité sportive que je pratique dans ce square trois à six fois par semaine, profitant une heure durant d’installations municipales (appareils de muscu, structure pour accrocher mes élastiques, sol sécurisé, point d’eau, toilettes, verdure) entretenues par des agents municipaux (nettoyage, arrosage, taille…)
Je bénéficie donc d’un cadre idéal pour mes activités sportives et ce, gratuitement. Ces jeunes gens, ils en ont tout autant profité : salle à ciel ouvert toute la nuit, tables, sièges, pissotière dans les fourrés, nettoyage au petit matin, verdure…) ; et ce serait « de la merde » ? Je n’ai pas envie, à partir de là, de produire un discours moral cher aux mouvements populistes et aux vieilles gens désabusés. J’ai juste envie de remercier publiquement ma Ville d’accueillir avec la même bienveillance ma joie et leur merde. J’espère ne jamais renoncer à faire de la première une arme contre la seconde. Jamais.

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