Bigleuse @124

Depuis quelque temps, je me mêle d’accessibilité numérique basse vision. J’ai fait un article sur mon site, ai rencontré et alerté des élus, ai mené une action auprès du Médiateur de la Ville de Paris, publie régulièrement des microbillets Twitter sur le sujet… À force, je me suis fait repérer, notamment par des professionnels de la question, déficients visuels pour la plupart.
Le valisidisme est ainsi économiquement fait que ce sont les bigleux qui s’occupent des bigleux, l’exonérant ainsi de la lourde tâche de se remettre en cause tout en se donnant bonne conscience : si l’on retirait à ces personnes handicapées leur emploi dans les associations, entreprises (d’insertion ou non), le taux de chômage déjà au double des valides exploserait.
C’est dans ce contexte que j’ai été contactée par une experte en accessibilité qui m’a signalé que les liens sur mon site manquent de contraste, m’expliquant que le RGAA suggérait un certain ratio, avec un lien sur une moulinette (peu lisible d’ailleurs et qui s’exprime dans une langue que je refuse de lire) qui fait cette évaluation. J’ai remarqué que mes liens obtenaient un ratio de « 2.68:1 » avec le fond de page contre, ai-je compris à son mail, les « 3:1 » requis.
D’emblée j’ai trouvé amusant que l’on me fasse un reproche de manque de contraste dans le contexte même de ma basse vision mais ai décidé de regarder si je pouvais améliorer ça, en droite ligne de mon article sur l’arroseuse arrosée. J’ai trouvé une couleur très proche qui passait au-dessus du « 3:1 » soit « 3.07:1 » sans contraindre ma propre lecture. La moulinette est passée du rouge au « attention », sans passer au vert.
J’ai en moins de 24 heures modifié le code de mon site en conséquence et répondu à la dame sur le ton de « vous chicanez » en lui expliquant en quoi les solutions alternatives pour signaler un lien ne me sont lisibles. D’habitude, quand on se parle entre handicapés, s’exprime une certaine conscience de classe, l’idée que l’on en chie tous pareil et que l’on peut se dire, entre nous, des choses que les valides ne peuvent pas dire.
Perdu ! Elle n’a franchement pas apprécié, considérant cela comme une marque de mépris. Je me suis excusée mais cela n’a pas suffi ; la dame a cru bon de monter encore le ton, allant jusqu’à me servir le « Vous n’avez pas compris. », « C’est toujours difficile de recevoir des critiques sur ce qu’on réalise. » et autres arguments à deux balles d’ordinaire réservés à la suffisance machiste.
Je n’ai pas répondu, considérant que cette dame chicanait, en effet, et que mon site est tout à fait accessible, même pour les yeux qui ont besoin d’encore plus de contraste que les miens (ce qui n’est pas peu dire), ne serait-ce qu’à travers le mode liseuse. Je m’attendais à ce qu’un « expert en accessibilité » se targue sous peu de me faire la leçon ; il est si facile de s’attaquer à un site comme le mien, page personnelle, avec un webmaster (moi) qui répond en moins de 24 heures. Je suis allée voir les sites institutionnels que la dame a expertisés ; je ne les lis pas.
Quand mon amie judoka Sylvie m’a fait une remarque sur le caractère sémantiquement peu explicite des liens, sa première phrase a été « C’est sans doute très lisible pour toi, mais… » m’expliquant ensuite pourquoi sa machine à lire peinait avec mes « ici » et « ». En discutant, je lui ai expliqué pourquoi je faisais cela, elle a compris, n’a pas insisté le contenu de mon site le rendant contournable. Je lui en ai reparlé quelques jours plus tard à partir d’un article témoin. Elle m’a rechicané sur une de mes propositions, me compliquant bien la vie ; je le lui ai dit, on en a ri en se moquant l’une de l’autre et j’ai trouvé des solutions pas complètement satisfaisantes pour elle ni pour moi ; à mi-chemin.
Mais Sylvie, c’est vrai que l’on se connaît et qu’elle a présumé de ma bonne volonté. Elle sait en outre que je ne parle pas d’accessibilité basse vision pour lui piquer son travail, et que, au contraire, je lui relaierai toute demande de conseil que je considérerais comme relevant d’un travail professionnel. Alors je le redis ici : même si j’aurais beaucoup à dire sur l’« économie du handicap », je me situe sur un terrain politique, pas économique. Vous pouvez donc me chicaner sur mon site, ce blogue, mais si c’est pour venir me chercher des poux dans la tête en réglant un compte qui n’est pas le mien, je ne vous répondrai pas car j’estime que votre compétence est trop précieuse pour être gâchée sur mes supports.

Note aux déficients visuels. En illustration, la copie d’écran de ladite moulinette. Je vous envoie le lien si vous me le demandez (gentiment).

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