Paris @60

Les nuits des 13 et 14 juillet ont été le théâtre de feux d’artifice assortis d’incendies de deux roues et de face-à-face avec les forces de l’ordre. Un policier et un pompier ont été blessés par des « jets de mortier » ; pour ce qui est des incendies, j’ai compris qu’ils étaient plus la conséquence des feux d’artifice que volontaires, « la belle bleue » montant souvent au-dessus des toits.
Tout cela a fait du bruit surtout entre 1 heure et 4 heures du matin. Cela a pu aussi faire peur. Les chiens ont aboyé dans les appartements. La fumée a pu obliger les riverains à fermer leurs fenêtres (cela a été mon cas). Je comprends l’indignation générale mais force est de dire que je ne la partage pas. J’ai fait remarquer à mes voisins que d’ordinaire ils se plaignent du bruit des scooters, pourquoi se plaindre aujourd’hui qu’ils brûlent ? Cela a fait rire, et vite désamorcé les propos de comptoir comme si finalement, tout cela (hormis le fait que deux personnes ont été blessées ce dont aucun « riverain excédé », comme on dit, n’a d’ailleurs parlé) ne casse pas trois pattes à un canard.
La maire du 14e, Carine Petit a organisé des rencontres de rue dans trois quartiers de l’arrondissement afin d’entendre les fameux riverains. Je suis allée à celle près de chez moi. J’en suis ressortie en colère, quelques crieurs ayant monopolisé la parole au nom de comités poujadistes et autres « paroles des habitants » qui devraient être poursuivis pour incitation à la haine et diffamation (notamment à l’égard des élus et de la Ville). Mais la police, présente, est déjà bien occupée à courir après de très jeunes gens (14 ou 15 ans) qui fêtent à leur manière le 14 juillet faute de trouver leur place dans la « nation » si chère à ces femmes blanches venues en découdre avec la représentation municipale.
Des femmes blanches en effet (pas plus de 10 % d’hommes) qui « ne sont pas racistes », bien sûr, mais qui considèrent que les « bronzés » (je croyais le mot passé de mode) ne devraient plus être admis dans nos immeubles. J’avoue avoir été surprise par ce constat sociologique. Il m’interroge. J’en ai d’ailleurs croisé une autre en rentrant du sport ce matin (19 juillet). Elle prenait en photo une épave calcinée de patinette, les épaves de scooter ayant été enlevées. Je l’interpelle en riant, la prenant pour une photographe de passage.
— Bonjour madame, vous voulez la date d’incinération pour votre album photo ?
Et paf ! elle part au quart de tour, sur un ton très agressif et dans un français qui n’a rien à envier à celui de quelques-uns de mes voisins « bronzés » de la première génération, m’indiquant qu’elle va faire un tweet pour que la mairie de Paris voie ce qu’est devenu Paris…
— Je crois qu’elle le sait… Ce n’est qu’une patinette…
Elle monte d’un ton, et part cette fois en vrille sur Paris qui n’est plus Paris avant de m’inviter à « passer mon chemin ». J’ai vu aussi sur les réseaux sociaux locaux le terme d’« émeute », quelques femmes, toujours, indiquant qu’elles allaient partir.
— Eh bien, cassez-vous !
Caddie ! Tais-toi.
Notre quartier a toujours été en proie à des faits de délinquances parfois graves (entendre relevant des assises) liés à des trafics qui, en l’espèce, vont vite faire cesser les amusements de ces jeunes gens qui aiment les feux d’artifice (qui ne sont pas bons pour le petit commerce). N’est-ce pas paradoxal ? Cela l’est autant que j’aime vivre dans ce coin de 14e pas toujours fréquentable même si cette nuit, deux olibrius ont discuté sous ma fenêtre jusqu’à 3 heures du matin.
Discuter n’est pas un délit, même si ça contraint mon sommeil. J’aime à ne jamais l’oublier.

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