Anniv’ @41

Un peu plus de quinze jours avant le confinement, j’ai été invitée à une « surprise d’anniversaire ». Prenez une salle destinée à des activités multiples décorée à la va-vite, alignez des chaises contre un mur et en face quelques tables, recouvrez-les de nappes en papier et de plats débordant de charcuteries et autres quiches (je ne suis pas gentille, il y avait un saladier de carottes râpées et un autre de salade), de bouteilles dont je vous laisse deviner le lien avec le gel hydroalcoolique, une trentaine de convives et une maîtresse de maison qui ne lâche pas son portable.
— Il arrive ! Éteignez !
On éteint, on s’éloigne des fenêtres, on ricane… et le voilà. On applaudit, on chante, on s’embrasse, on trinque et c’est parti pour une soirée d’anniversaire que je quitte avant l’arrivée du gâteau. Mais qu’est-ce que je fais là ? J’ai beaucoup d’affection et de tendresse pour le grand garçon qui fête ses cinquante ans. C’est mon seul mobile. Pour le reste… Je viens de dresser le portrait de tout ce que j’exècre dans une fête d’anniversaire, dans une soirée tout court d’ailleurs avec, en point d’orgue, la notion de « surprise ».
À qui cela fait-il plaisir, finalement ? À celle ou celui à qui on fait la surprise, j’imagine, à moins qu’il ne s’agisse d’une convention sociale que d’apprécier de se trouver comme une gourdasse, passant d’un pied sur l’autre, tout benêt devant ces gens qui chantent  « Joyeux anniversaire » et avec qui on n’avait pas prévu de passer la soirée. Il y a bien sûr le plaisir de celui qui organise, fomentant sa farce, dissimulant les préparatifs, les invitations, craignant à chaque instant que la surprise ne soit découverte… quel suspense ! Il y a enfin les invités, impatients sans doute, de voir la tête du contraint du jour, eux qui ont été contraints un jour.
La « surprise d’anniversaire », comme toute autre surprise, ne serait-elle pas en fait un moyen de coercition (une décision prise à la place de l’autre, un ingérence dans ses choix) sous couvert de « faire plaisir », impliquant que l’un sait ce qui plaît à l’autre  ? Voici donc rassemblés tous mes arguments contre la vie de famille ou de couple qui se résument à un seul : l’hypocrisie que représente le fait de présenter à l’autre ce que l’on veut soi comme si c’était son désir-plaisir à lui. C’est un mélange de toute-puissance et de contrainte qui m’afflige. Je me souhaite de ne jamais y succomber !

7 commentaires pour Anniv’ @41

  • vincent

    En lisant, je me suis rendu compte que bien que je n’ai jamais rien dit ou pensé de tel jusqu’à présent… je ne parviens pas à objecter quoi que ce soit à ces idées.
    Je suis, en somme, d’accord avec tout. Sauf que je ne suis pas affligé. Enfin si, maintenant je le suis, de découvrir que je pense pareil, mais que je ne le savais pas encore 🙂 :-/

    • Cécyle

      Je suis désolée de vous porter à l’affliction ! Réjouissons-nous de ne pas être dans le faux-semblant !

      • vincent

        Oh. Je vous en en prie : ne vous excusez pas pour ça.
        Vous et la bande, m’apportez bien plus que ça :):)

        • Isabelle

          Ouf ! Les Mouton en sont rassurés. Ils étaient bien embêtés. Ils vous embrassent fort Vincent.

        • Cécyle

          Votre fidélité au blogue, Vincent, me réjouit toujours ! Merci.

  • Et oui ! Tout cela est une affaire d’égo !

    Pourtant.

    Je suis une inconditionnelle de Brigitte Lahaye, elle traite souvent du sujet : comment faire durer un couple. Et là, d’inventer des soirées à coup de porte-jarretelles, string, crème fouettée…, justement ! pour surprendre l’autre !!! La surprise !…, je préfère paroler dans les pointillés. Reprise sur prise.

    • Cécyle

      Je dois dire que l’on m’a fait un jour la « surprise » du porte-jarretelle. Le résultat a été stupéfiant ; je suis partie.
      [On ne doit qu’au confinement et à l’altération de mon discernement viral un tel aveu public ;-)]

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