Archives mensuelles : mars 2020

Entendu @35

Kelly Garrett enjambant le corps d’un homme mort pour entrer dans la cabine téléphonique où il a été assassiné :
« — Allo la Police ?
— …
— Je vous appelle pour vous signaler la mort d’un homme. Passez-moi le service qui s’en occupe.
 »
Drôles de dames – Saison 3 – Épisode 12

Grand homme @30

Devenu anxiogène, le contexte de pandémie de covid-19 m’a redéclenché des crises d’asthme comme j’en ai eu dans ma jeunesse. Il y a d’abord eu un premier essoufflement plus important que normalement dans une montée pour rentrer chez moi plusieurs jours avant le confinement. Puis, il y a eu des petites gênes soulignant particulièrement ma moindre capacité respiratoire. Puis, le confinement a été décidé avec application le mardi midi.
Dans la nuit du mardi au mercredi, me voilà réveillée à 2 h 30 du matin par une crise d’asthme. Cette fois, pas de doute. C’est une crise comme je n’en avais plus eu depuis des années, et pour lesquelles je n’avais plus de traitement sous la main.
Me voilà avec la terreur profonde de l’étouffement revenir, et ce cercle vicieux de crises d’asthme et d’angoisse qui s’enclenchent. J’essaie de maîtriser, envisage d’appeler le Samu, mais n’y voyant qu’un dernier recours, d’autres personnes étant prioritaires en ce temps de virus mortel. Une forte douleur au dos accompagne ce moment de tension. Je me prépare alors une bouillotte et me couche assise les lombaires au chaud, avec des exercices de respiration. À 4 heures du matin, je télécharge une application de méditation et pratique le premier exercice.
C’est à 5 heures que je peux me rendormir. À 8 heures, j’appelle mon médecin traitant, médecin de famille et de mon enfance. J’ai rendez-vous à 17 heures le jour même. La première fois qu’il m’a soignée, j’avais 4 ans. Il a donc largement plus de 70 ans. Toujours impliqué pour ses patients, il est sur le pont pendant la pandémie, toujours gentil et attentif. Et j’ai depuis un nouveau traitement de fond contre l’asthme et de quoi lutter contre l’angoisse. Ouf !

Écrivaine @47

Je dois bien avouer que je peine, ces derniers jours, à écrire des billets. Je ne manque pas de sujets mais je sens que je manque d’écriture. Qu’est-ce à dire « manquer d’écriture » ? Que ma concentration fait défaut et que ma sidération face au covid-19 est telle que je peine à m’y retrouver. Je n’ai jamais bien réussi à faire abstraction du monde (je ne l’ai jamais voulu) et mon écriture en est imprégnée. Je mets à « distance » bien sûr, sinon, je ne ferais pas œuvre de création ; en l’espèce, c’est bien cela que je peine à faire : mettre à distance.
Je ne suis pas particulièrement angoissée ; je suis plus inquiète devant le nombre de morts qui croît et les atteintes aux libertés, dubitative face aux données scientifiques disponibles, et curieuse de l’après-virus. Je ne m’ennuie pas. Mes proches vont à ce jour (25 mars 2020) bien. Je fais quotidiennement une à deux heures de sport en salon, les commissions deux fois par semaine pour une voisine et moi et reçois beaucoup d’appels, de messages, de mails, de livraisons de thé et de couscous. Je n’ai jamais autant parlé que depuis que je suis « confinée » chez moi hormis les deux premiers jours, quand le confinement n’était pas officiel car, même si je ne suis pas convaincue de son efficacité prophylactique, je m’y conforme depuis le samedi 14, avec pour seuls contacts le fait d’aller voter et des balades solitaires que j’ai arrêtées dès le mardi 17.
Si j’y réfléchis bien, le rythme de mes journées n’est pas si perturbé par le virus : sport le matin, travail, ménage ou cuisine ou commissions, détente… et activités sociales extérieures. Celles-ci sont remplacées par tout ce qui permet de communiquer à distance avec pour différence majeure que ce n’est pas concentré dans le temps comme peut l’être une activité judo, ou une rencontre amicale ou associative. Je pourrais bien sûr couper le téléphone, ne pas lire mes textos et mails mais tout cela me fait tant plaisir, tant de bien ! Et ne pas répondre, c’est aussi inquiéter les autres.
J’ai donc besoin de ce contact continu et, même si parfois j’en râle un peu (pour le plaisir de râler), je ne crois pas qu’il soit véritablement en cause dans mon manque de concentration. Je faisais d’emblée référence à la sidération au début de ce billet. Je crois vraiment qu’il s’agit de cela, de cette sidération en tant que « traumatisme psychique » qui rend impuissante à réagir la victime d’un viol ou d’une agression. Il y a l’incompréhension et la violence du phénomène, bien sûr, la force de ses conséquences individuelles et collectives, et l’impossibilité à agir. Je dois écrire, je le sais, sur ce virus, sur le monde, être écrivaine, pour en sortir. Je considère que la conscience de mon « manque d‘écriture » en est le premier stade. Je ne suis pas inquiète, je vais écrire ; j’entends déjà Duras me dire de retourner au désir. La vie.
Tu dis Caddie ?
Oh ! zut, le riz pour Danielle va être trop cuit.

Hétéronomie @31

Dans son numéro de mars 2015, Philosophie magazine consacre son dossier à la question du fanatisme. L’article « Dans la tête du djihadiste » s’appuie notamment sur les travaux de Marcel Gauchet.
« Le fondamentalisme cherche à réinstaurer la religion en clé de voûte de l’existence collective. Mais il procède par des vecteurs séculiers qui sont aux antipodes de cette forme religieuse de la vie collective : rupture avec la tradition, contestation des autorités instituées, rapports individuels à Dieu, conversion. « Il incorpore ce qu’il combat parce qu’il s’efforce de le dominer, poursuit le philosophe. Ce qui fait du fondamentalisme un projet essentiellement contradictoire. Il est miné de l’intérieur par une tension entre l’individualisme de la croyance et le projet hétéronome de placer la totalité de l’existence individuelle et collective sous l’autorité de Dieu. Cette contradiction est à son comble chez les djihadistes qui sont les croyants autoconvertis, autoformés, ou autoradicalisés. Ils procèdent d’une motivation essentiellement personnelle, mais ils sont prêts à mourir pour la cause qui leur permet d’exister comme individu en se niant comme individu. Ce sont des soldats de l’impossible. On a oublié, mais en Occident également, nous sommes devenus des individus par la religion. »
(…) Et Marcel Gauchet de proposer une interprétation de chacun des éléments du fondamentalisme sous l’angle de ce combat contradictoire avec la modernité. (…) L’obsession de la mort : « La donation de la vie et la partie de l’existence humaine qui échappe à la volonté humaine, c’est le dernier point d’ancrage de l’hétéronomie. » »

Ailleurs @42

J’imagine que le confinement va redonner le goût de renouer avec les jeux de société à ceux qui sont confinés à deux personnes ou plus. Seul, il reste les réussites. J’adorais ça ado et jeune adulte. Si j’ai le temps, je m’y remets ! Le temps… je ne le vois pas passer et ne fais pas le quart du dixième de ce que je voudrais. Nous sommes nombreux dans ce cas.
J’ai pourtant eu l’occasion de renouer avec les dominos, juste avant le confinement et ai passé un très bon moment. Les circonstances étaient (presque) aussi extrêmes, pour moi. La vieille dame malade d’Alzheimer dont j’ai déjà parlé était hospitalisée quelques jours (tout va bien, elle est rentrée dans son Ehpad). Sa fille a organisé des visites tous les après-midi, pour éviter qu’elle ne soit trop angoissée et déambule. J’y suis allée un lundi après-midi, un peu inquiète à l’idée de passer trois heures en tête-à-tête avec une vieille dame qui, justement, ne l’a plus trop, sa tête.
J’avais pensé au jeu de dominos, espérant que ça nous occuperait un peu. Je lui ai rappelé les règles, ai distribué la première partie. Elle s’est très vite concentrée sur le jeu, n’oubliant pas les règles en cours de route sans doute parce que le jeu est rapide et tangible. Elle a spontanément ramassé et retourné les dominos à la fin de la partie et les as distribués deux par deux. C’était un peu laborieux mais sans plus. Et nous voilà parties pour cette seconde manche…
Un moment, il n’y avait la possibilité que de poser des quatre (des deux côtés du jeu). Je la vois examiner ses pièces, le jeu, ses pièces, le jeu, ses pièces, en prendre une et poser fièrement un double deux face à un des deux quatre disponibles. Elle relève la tête et, tout sourire :
— Deux fois deux, ça fait quatre !
J’en aurais pleuré ! À la place, je la blague.
— Mais vous trichez, M ! On ne peut pas mettre deux fois deux même si ça fait quatre.
— Ah ! non ? Je ne triche pas ; je croyais…
Elle a dit ça sur un ton qui ressemblait à celui du mensonge mal dissimulé. Je suis aux anges.

Bonheur @43


Trois petits gestes touchants de la semaine dernière.

Tout d’abord La Vie Claire en face de chez moi où je vais régulièrement. Lundi dernier en fin de journée, je prends le temps de faire quelques courses comme à mon habitude. A la caisse, le caissier me dit : « Je vous fais un remise car vous êtes le premier client de la journée à ne pas avoir pris 40 kg de pâtes. »

Vendredi, direction une de mes pharmacies habituelles. Tout bas, la pharmacienne me dit : « Voulez-vous du gel hydroalcoolique ? Je le garde en arrière boutique car les gens font n’importe quoi avec et c’est ingérable. Je ne le propose qu’aux habitants du quartier. ». Elle poursuit tout bas : « Vous en voulez 80 ml ou 300 ml ? ».

Samedi après-midi, on sonne à ma porte. Ma voisine m’annonce avoir reçu du gel hydroalcoolique et me propose de partager. Je la remercie chaudement et évidement, je décline sa proposition en lui racontant l’épisode de la pharmacie.

Quoiqu’on en dise, la gentillesse, c’est beau.

Couperet @16

Le 13 mars dernier, j’ai reçu un mail « Covid-19 : Flash (sic) d’information » de la Lettre citoyenne, outil par lequel la Ville de Paris communique avec les détenteurs de la carte citoyenne. Il est question des mesures annoncées par le président de la République la veille. Je lis avec attention. En plus des séniors, il est fait référence aux « personnes fragiles », « personnes vulnérables », ou « particulièrement vulnérables » en plus des séniors sans véritable définition.
Elle arrive dans un paragraphe consacré aux activités associatives, la Ville lançant un appel ponctuel à bénévoles.

« Toutefois, la solidarité des Parisien·nes doit pouvoir s’exprimer dans ce moment qui touche durement notre pays. Les associations parisiennes et leurs bénévoles peuvent avoir besoin de vous.
« Aussi, si vous ne faites pas partie des personnes considérées comme particulièrement vulnérables (seniors de plus de 70 ans, personnes atteintes de maladies chroniques, de troubles respiratoires, personnes en situation de handicap) et que vous souhaitez participer au maintien de l’activité du secteur associatif, nous vous invitons à vous rendre sur le site Je m’engage pour consulter les besoins des associations. »

J’ai sitôt envoyé un microbillet Twitter tant je suis en colère.

« Quelqu’un peut-il m’expliquer en quoi mon #handicap visuel fait de moi une « personne particulièrement vulnérable » face au #covid19, ce qui me priverait de participer à la vie citoyenne et à l’effort collectif ? Si vous saviez combien ça me… ça me… @Parisjecoute @Paris »

Ce qui me rend vulnérable, c’est le validisme qui s’exprime par exemple dans la communication institutionnelle sur le virus sur les comptes de la Ville comme ici. La question que pose cette lettre « citoyenne » (?) est celle de la participation des personnes handicapées à la vie sociale, politique, économique, culturelle, la vie tout court. Considérer sans distinction qu’elles sont « particulièrement vulnérables », c’est tirer une balle dans le pied dans toute velléité d’inclusion. J’en rage.

Bonheur @42

J’écoute de la musique d’une liste de morceaux plutôt techno. À un moment, je me rends compte qu’il y a eu un passage d’un morceau à un autre qui m’a semblé particulièrement fluide. Je les remets pour écouter plus attentivement l’enchaînement. Et effectivement, il est excellent, meilleur que nombre de choix de DJ que j’ai pu entendre. Un moment aléatoire de grâce musicale.

Bigleuse @118

À la fin de l’hiver, quand les jours rallongent, je suis plus sensible à la lumière, comme si mes yeux en avaient perdu l’habitude. Je mets donc volontiers mes solaires les moins fortes (j’en ai plusieurs paires), avec un bonnet si besoin. Depuis quelques années, je les achète dans un magasin de sport, considérant qu’à efficacité égale, elles sont quatre à cinq fois moins chères que chez un opticien. Elles ont donc un look un peu « sportif », j’en conviens.
Quand je suis à l’intérieur, je pose mes lunettes sur mon crâne, par-dessus le bonnet. J’échangeais ainsi avec une cheffe de service de la mairie du 14e et, quand nous avons atteint les badinages qui annoncent la fin d’une conversation, elle me dit :
— Vous allez au ski ?
— Pardon ?
— Vos lunettes de soleil…
J’avoue que la remarque m’a surprise. Je l’ai trouvée inconvenante de la part d’une agente publique à qui je m’adressais dans le cadre de ses fonctions. Quelques jours plus tard, rebelote, cette fois de la part d’une responsable d’association qui me connaît pour m’avoir rencontrée dans le cadre d’échanges interassociatifs. Cette fois, j’ai été blessée car si je peux avoir un doute sur le fait que la cheffe de service ait vu ma canne blanche pliée dans ma main, la responsable associative sait très bien ma déficience visuelle et mon albinisme ; nous en avions parlé. Considérant que cette association fait de l’accueil social, cela augure mal des clichés véhiculés ; passons.
Une question depuis me turlupine ? Quelles réflexions vais-je avoir avec mes nouveaux filtres ? Je crains désormais le pire.

Corps @25

Mon genou gaucheÀ un pot de départ d’un poste en 2014, j’avais reçu un coffret-cadeau pour un séjour d’un week-end à l’étranger. N’ayant pas trouvé un choix qui me plaisait et correspondait à mes disponibilités, j’ai utilisé le système d’échange de ce coffret contre deux autres proposant des massages.
Le premier massage s’est déroulé il y a quelques années. Pour le second, j’ai choisi une séance de massage et de sophrologie. Pour cette dernière, c’était ma première fois. J’avais mal au dos et au genou, étant dans une période pas forcément compliquée, mais d’incertitude liée à un changement de travail, prenant prochainement un nouveau poste.
La séance m’a fait beaucoup de bien. Ainsi, grâce à la bienveillance de mes anciens collègues et leur cadeau, j’aborde mieux une nouvelle aventure professionnelle. C’est une belle continuité, prometteuse.