Archives mensuelles : janvier 2020

Gamine @ 29

Je regarde un peu les applications de mon téléphone et farfouille à la découverte dans Santé, appli de l’iPhone. Il y a des conseils et des possibilités de mesures. Dans les nombreux items, l’un est « Activité sexuelle » avec des applis suggérées.
On me propose :
– Clue – Calendrier des règles
– Cycles – Suivi des règles
– Flo : Suivi Règles & Ovulation
– Period Tracker – Eve
Me voilà réduite à la dimension procréative de ma sexualité. Que vais-je devenir quand je serai ménopausée ? L’activité sexuelle n’est pas déterminée par le cycle menstruel, mais peut-être que les concepteurs ne le savent pas. Est-ce que ce sont que des hommes ou y avait-il des femmes qui ont effectué ce choix ? Quels préjugés se glissent derrière cette catégorisation ? De fait, elle impose cette catégorisation aussi. En offrant des possibilités pré-construites, elle formate l’utilisation de l’application donc conduit à des biais quant à la manière de penser la relation entre sexualité et règles.
Cela me fait penser à un article que m’a montré récemment Cécyle. L’auteure, une chercheuse, affirme que la ménopause renvoie à une construction globale de la femme comme déterminée dans ses périodes de procréation. Les arguments historiques sont intéressants (naissance du mot ménopause), mais qu’en conclure ? C’est un autre débat que Cécyle voudra peut-être lancer.
J’ai eu ces choix, car j’ai indiqué que je suis une femme. Est-ce qu’un homme pourrait me dire ce qu’il a comme choix d’app ? Celles de bilans de mesures de la fertilité ou de don de sperme ?
Plus globalement, l’appli justifie de proposer l’activité sexuelle, car elle « a une influence sur notre santé physique et émotionnelle ». En l’occurrence pour le cycle menstruel, c’est plutôt les hormones qui jouent. Et vont-ils proposer de compter son nombre de « coups », leur effet sur l’émotionnel (« Trop bonne, top ! ») ? Ce serait l’aboutissement logique d’une société patriarcale où des individus sont au service sexuel d’autres, les femmes utiles pour « l’hygiène » et la satisfaction des besoins « physiques et émotionnels », quand ce n’est pas pour procréer.
Misère.

Incyclicité @34

68 euros. Je dois 68 euros à la Ville de Paris. Les Mouton en sont tout retournés ; Isabelle, je ne vous en parle pas. Je vous raconte.
Un jour de grève, j’ai rendez-vous avec Sarah pour visiter l’expo Soulages au Louvre. J’y vais à moitié à pied et en transports. Sur place, je compte y faire pipi (c’est le souci quand les temps de transports s’allongent : trouver où faire pipi). Perdu ! Le plus grand musée du monde est fermé, victime d’une action (légitime) de la part de mes camarades de la CGT (bravo !)
Nous décidons donc d’aller à pied jusqu’à Bastille en utilisant les Berges (voies piétonnes basses le long de la Seine) ; Sarah y trouvera un métro ; moi un bus. Nous passons à deux reprises devant des toilettes publiques gratuites (merci Bertrand Delanoë) mais fermées. Je me tords un peu d’envie de pipi et suis inquiète car, une fois arrivée à Bastille, il me faudra encore une bonne heure en bus pour rentrer. Sarah me désigne un conteneur.
— Va derrière.
— Tu crois ?
Je suis embêtée mais je n’ai guère le choix, les sanisettes en surface n’étant pas si nombreuses et souvent en panne. Reste la solution du café. J’avais déjà payé un thé 4,60 euros en attendant Sarah (d’où le pipi, je sais). J’ai donc cédé à l’appel du conteneur et uriné sur la chaussée (je n’ai pas jeté mon mouchoir en papier par terre, je l’ai mis dans une poubelle ; ouf !) Aucun agent verbalisateur n’est passé à ce moment-là (tout le monde se plaint qu’ils ne sont pas assez nombreux ; parfois, c’est utile).
Mais quand même ; les récriminations de Isabelle et ma mauvaise conscience me font devoir 68 euros à la Ville. Je veux bien les payer, mais fomente déjà mon recours pour contrainte (article 122-2 du Code pénal équivalent de la force majeure), manquement à l’obligation de salubrité (si la Ville me verbalise pour épanchement d’urine, elle doit me permettre de ne pas le faire) et rupture d’égalité (des urinoirs sont installés uniquement pour les hommes) conjointement à un manquement aux obligations de sécurité (une femme qui ne peut changer de tampon risque le choc septique). Alors, cette amende ? Qui me la colle ?
Bon, j’avoue, je suis tranquille : la DPSP ne peut verbaliser qu’en flagrance mais cela me donne une idée. Pendant les grèves, j’ai souvent interpellé (sans succès) Paris en commun sur le manque cruel de sanisettes surtout quand le temps de trajet est allongé (ce qui est le cas d’un trajet piéton). J’espérais que la multiplication des équipements, déjà commencée pendant la mandature d’Anne Hidalgo avec l’ouverture de nombreuses toilettes publiques dans les parcs et jardins (qui ferment à 17 heures l’hiver), soit inscrite au programme.
Je propose donc de lancer le « Manifeste du million* de pisseuses pour la multiplication des toilettes publiques ». Je suis sûre ; ça va faire le buzz !

* C’est une estimation personnelle du nombre de femmes en âge d’uriner sur la voie publique à Paris faute de toilettes publiques à proximité.

Paris @55

En août dernier, j’ai répondu à un appel du médiateur de la Ville de Paris qui cherchait à recruter des représentants bénévoles, soit des personnes qui tiennent permanences dans divers lieux de la capitale pour recueillir les requêtes des Parisiens. Il ne s’agit pas de faire de la médiation ; juste proposer aux personnes un interlocuteur physique (et humain) qui enregistre leur demande.
Après une formation, je fais des remplacements en attendant d’avoir une permanence à heure et jour fixes. Souvent, ces permanences sont le matin, à 9 h 30. Je n’ai pas l’habitude de décoller le matin : je me lève tôt pour faire du sport, écrire mais sans être pressée par le temps ni contrainte par les nécessités de la vie sociale (s’habiller, se laver, partir à une certaine heure le ventre plein, etc.) Quand je dois le faire, notamment pour des rendez-vous que je n’ai pu caser l’après-midi, j’y sacrifie souvent ma séance de sport qui dure une bonne heure (sauf quand j’ai judo le soir).
À partir du 20 janvier, je devais faire un remplacement de longue durée un jour où justement je n’ai pas judo. La question de mon sport du matin s’est posée. J’ai réfléchi à une séance courte de trente minutes sans sacrifier à l’essentiel (échauffement, action, étirements), ai testé avec les Mouton à l’occasion d’un matin où la grève m’avait fait dormir chez Isabelle. Cela semblait fonctionner.
Le samedi précédent, j’ai fait une simulation chez moi, ajoutant ensuite de quoi me rassasier. Puis j’ai fait le décompte serré du temps qu’il me fallait pour me lever tranquillement (je n’aime pas me presser), faire mon sport, me laver, m’habiller, préparer mes affaires, boire deux cafés, manger mon petit-déjeuner, regarder mes mails… Et ce fameux lundi ; hajime ! En dépit de cinq minutes de plus sur mon programme de sport, j’avais suffisamment de marge pour être prête à l’heure.
Une chose pourtant me titillait : le vendredi, je n’avais pas eu de mail m’indiquant le nombre de personnes que je devais recevoir et l’objet de leur requête. J’ai donc appelé juste avant de partir : « Je suis désolé madame, ma collègue a oublié de vous appeler vendredi pour vous dire qu’il n’y avait pas de rendez-vous. » J’aurais dû le faire. J’y penserai la prochaine fois. En attendant, me voilà debout au milieu de mon salon, dépitée, lavée, habillée, chaussée, alimentée, sport fait et sac prêt à 9 heures du matin.
— C’était une répétition !
Caddie, tu es drôle ! Allez, je le prends ainsi. Et je fais ce billet.

 

Ailleurs @40

Alors que je fais des courses dans un supermarché de mon quartier, j’avise dans le congélateur de poissons une boîte de sushis. Sur cet emblème de la gastronomie japonaise est apposé un bel autocollant promotionnel. Il y a écrit dessus « Nouvel an Chinois » (sic).
Ah ! sans doute que pour ceux qui ont voulu profiter de cette aubaine de toutes les fêtes et de leur potentiel capitaliste tous les Asiatiques se ressemblent et ils sont si proches, juste une mer entre eux. N’est-ce pas un beau résumé d’un racisme latent ? Celui de certains qui sont prompts à hurler si on confond deux AOC de régions différentes et s’étrangleraient si on apposait sur une boîte de cassoulet « Fête de la bière Munichoise » (je reste dans le ton typographique) mais pour lesquels les « bridés » sont tous un peu pareil, pas de quoi en faire un fromage. De quoi surtout couper l’appétit.

Apéro @17

Ah, un cola !Novembre est le mois sans tabac ; janvier cherche à devenir le mois sans alcool en dépit de l’absence de soutien du ministère de la Santé. Cela viendra sans doute un jour ; en attendant, l’alcool tue en gardant une image très positive. J’ignore si ce « mois sans » a permis à certains de modérer leur consommation, ou simplement de se rendre compte qu’ils consomment beaucoup (trop) mais j’ai vu passer beaucoup de reportages et de témoignages sur la difficulté de ne pas boire en société.
L’essentiel était centré sur les jeunes, considérés comme plus vulnérables que les vieux, plus sensibles à l’alcool comme outil de socialisation. Je sais combien pourtant, à tout âge, il est difficile de ne pas boire d’alcool pour l’éprouver régulièrement. Je sais me défendre, ça va ; mais il faut à chaque fois se justifier et essuyer quelques quolibets. C’est lassant. Et je constate que les résistants sont rares.
Exemple. Mi-décembre, je suis allée boire un verre dans mon bar préféré. En rentrant, j’ai fait le microbillet Twitter suivant :

Le bar était plein. J’ai observé les allées et venues des commandes. En une heure, j’ai vu passer deux sodas, en plus du mien. Mes voisines de table, par exemple, ont bu deux pintes chacune le temps que je boive mon soda. Je ne suis pas près d’embrasser une fille dans un bar !

Et ailleurs ? Ce n’est pas gagné non plus !

Rigolo @10

Depuis ce début d’année, je réussis à tenir deux de mes résolutions : dormir plus et me remettre à la lecture. Ainsi, je me couche plus tôt et je renoue avec la lecture avant de dormir… Mes journées s’en trouvent raccourcies…. Mon billet aussi.

M’sieur, M’dame @16

Je suis au rayon vrac d’un supermarché. J’ai de la chance, ce que je cherche est à hauteur d’yeux. Je m’applique à verser un peu de maïs à pop corn dans un sac en papier. J’entends un homme derrière moi qui m’interpelle.
— Ah ! c’est bon pour la prostate les graines de courge.
Je me tourne à demi. Il doit avoir dans les 70 ans. Il attend ma réponse.
— Je n’ai pas de prostate.
Il doit faire partie de cette moult gent qui associe ma coupe de cheveux au genre masculin. Il ne se démonte pas.
— Mais, pour votre mari.
— Je n’ai pas de mari.
— Bah ! vous pouvez en acheter un. C’est pratique un mari. Ça fait des travaux.
— Je n’ai pas besoin de mari pour faire des travaux ; j’ai une perceuse.
Il repart sans dire au revoir. Je ne peux pas vous dire sa tête. Croyez bien que je le regrette.

Métro @26

Métro, boulot, dodoEn janvier, en période de grève déjà bien avancée, j’ai eu à prendre la ligne 1, automatisée. J’étais debout là où il y a des soufflets, à côté des sièges remplis. Je n’avais que trois stations.
Entre la seconde et la troisième station, je vois qu’un homme proche de moi se lève et me demande « Vous voulez vous asseoir ? » Je lui réponds que non, je vais descendre.
Alors que je me dirige vers la sortie, je lui redis merci. Il me dit, penaud, « Je suis désolé, je ne vous avais pas vue avant. »
Il avait dans les 35 ans. Avec mon manteau Saint-James et mes mèches grises, il m’a identifiée comme une femme à laquelle on laisse sa place. Je suis donc passée dans la catégorie des dames. Cela me fait plutôt sourire.

Incyclicité @33

Je rentre (à pied) un soir autour de 22 heures. Il y a très peu de circulation. Je remontre une longue rue à une voie entrecoupée de nombreuses petites transversales utilisées principalement par les riverains. À chacune, je marque l’arrêt. À la troisième, je remarque un véhicule qui s’avance au ralenti sur ma gauche alors que j’ai un pied sur la chaussée. Je m’arrête néanmoins et, sans remonter sur le trottoir car une voiture est garée à ma gauche, je m’installe sur la première lame du passage piéton, les deux pieds côte à côte, prête à le laisser passer. Je préfère être vivante plutôt que de l’obliger à respecter le Code de la route.
Il avance encore et pile… au milieu du passage piéton. Traverser m’oblige à le contourner, par l’avant ou par l’arrière. Je ne bouge donc pas. Dix ou vingt secondes, pas plus et il fait une marche arrière pour dégager le passage. Je traverse. Quand je suis sur l’autre trottoir, vitre ouverte, il m’apostrophe :
— Vous n’avez rien d’autre à faire que d’embêter les gens !
Ce n’est pas faux, surtout en ce qui concerne les automobilistes, mais quand même… Je me retourne, ouvre les bras, indiquant qu’il s’est arrêté au milieu du passage piéton.
— Je me suis arrêté parce que vous avez posé le pied sur la chaussée.
Six points, mon gars ; j’avais le pied sur le passage bien avant que le nez de ta voiture ne s’y pointe… Je n’en dis rien et reprends ma route, sans faire ce commentaire. Il est tard, je ne suis pas en position de force.
— Vous êtes née pour faire chier le monde, vous !
Il part alors, assez fort, dans une diatribe dont j’ai oublié les termes, mais de plus en plus insultante. Je regrette parfois de ne pas avoir toujours ma canne blanche en main ; ou un sifflet avec un carnet à souche ! Si au moins je lisais les numéros des taxis… Tant pis.

Galère @7

Jeudi matin, je rentre de ma séance de sport quotidienne vers 9 h 30.
En entrant dans mon appartement, tout semble en ordre mais après avoir posé mon sac de sport, je me rends compte qu’une étendue d’eau recouvre une partie du sol du logement.
En quelques secondes, je comprends que toute l’eau de mon lave-linge s’est répandue dans l’appartement (je constaterai plus tard que l’évacuation d’eau était bouchée).
Premier réflexe : m’assurer que la machine est éteinte. Elle est accessible par la face sud. Je débranche tout.
Deuxième étape : évacuer l’eau. Au regard de la configuration de mon appartement, il n’y a pas d’autres solutions que d’éponger. Armé de mon seau et de ma serpillère, je me lance dans l’opération.
J’attaque par la zone de fin d’inondation, le rivage nord. Grossière erreur de débutant. C’est comme éponger un puits sans fond : l’eau ainsi « espongée » est remplacée par une nouvelle eau. C’est sans fin.
Je change de tactique en décidant de partir de la source. Bonne idée. L’eau ne reflue pas et je parviens à progresser pour rejoindre le rivage nord.
Tout au long de mon parcourt, je m’amuse à découvrir la typologie du sol de mon appartement. La terrain plat autour du lave-linge, le lac plus profond entre la partie cuisine et la partie salon, les zones de déversement des trop-pleins sous la poubelle ou sous la table puis la colline, le fameux rivage nord où l’eau s’est arrêtée.
Une fois la totalité de l’eau récupérée, je suis surpris du peu d’eau utilisée par la machine. Je savais déjà que les lave-vaisselle utilisent beaucoup moins d’eau qu’une lessive faite à la mains mais mon seau est rempli aux trois quarts (plein, il contient 5 litres) ce qui me parait peu pour le lavage et le rinçage. Je me note donc : « rechercher des études comparatives sur les volumes d’eau des machines à laver le linge ». A suivre les pieds au sec j’espère.