Colère @14

« Agribashing », « L’image des agriculteurs se dégrade »… Depuis quelques semaines, les titres et accroches évoquant la dégradation de l’image des « agriculteurs » se multiplient. Si cette tentative de manipulation desdits « agriculteurs » est grossière, elle n’en est pas moins classique : c’est d’ailleurs le premier pas de la « construction d’une image » ici par l’agro industrie.
Donc « notre image se dégrade », affirment les agriculteurs. Les principaux arguments avancés sont les accusations d’empoisonnement des populations avec les pesticides et fongicides (le dernier en date justement est ici) ou encore les accusations de destruction de la nature, des espèces et d’appauvrissement des sols.
Alors je vais tout de suite rassurer nos pseudos agriculteurs : non, votre image ne se dégrade pas car en fait, il ne s’agit pas d’une image mais de la réalité (l’appauvrissement des terres et des espèces par votre modèle agricole est un fait scientifique, la toxicité des produits que vous utilisez est, ou prouvée pour un grand nombre d’entre eux, ou fortement soupçonnée par les scientifiques pour les autres). L’image, c’est en fait l’image d’Épinal derrière laquelle vous vous cachez depuis des décennies, celle de l’agriculteur proche de la nature qui nourrit sainement la population. L’image, c’est ce que vous essayez de reconstruire à coup de propagandes (elles sont légion en ce moment sur les médias sous couvert de conseils nutritionnels sponsorisés par l’industrie, la grande distribution ou encore les lobbies de la viande, du lait, etc.), de victimisation sur le mode « achetez mes produits pour que je puisse survivre…. » Et quoi ? Tant pis si nous, on en crève ?
Alors non, votre image ne se dégrade pas. C’est juste que l’histoire que vous nous racontiez, que vous vous racontiez, est dépassée par la réalité et que cette dernière, elle ne fait plaisir à personne. Serez-vous capables de rejoindre ceux qui ont déjà choisi de l’affronter ?

8 commentaires pour Colère @14

  • Salanobe

    Il est en effet dommage (voire agaçant) qu’une grande majorité des agriculteurs ne remette pas en question leurs modes de productions pour réfléchir à d’autres posibilités, expérimenter d’autres méthodes, modérer l’emploi des produits phyto, utiliser créer des circuits de ventes plus courts…
    Mais il y a à mon avis deux principaux problèmes :
    – il n’y a pas de solution alternative aux produits phyto qui permette de produire des quantités suffisantes pour nourrir la planète en concervant nos modes de consommation.
    – Les gens ne sont pas prêts à changer de mode de consommation et ne veulent pas payer plus cher.

    • Cécyle

      J’ai lu plein de fois qu’il existe des alternatives au phytosanitaire, notamment en arrêtant la surproduction de viande et en transférant les ressources qui y sont consacrées en terres notamment à une agriculture raisonnée. Les gens n’en ont pas envie… on n’a plus guère le choix.

      • vincent

        En fait, il faudra selon moi, très fortement réduire la consommation de viande. Pour tout le monde.
        Il faut le faire pour le sol, il faut le faire surtout, pour l’eau. Et en gros, pour l’humanité.
        Mais ce serait, de plus, mieux pour la santé individuel.
        Je ne parle pas de la supprimer (mais on y arrivera probablement aussi tôt ou tard).

        Un des grand défis que va engendrer ceci (car nous y arriverons très probablement un jour), est qu’il y aura les volontaires… et ceux qui ne le sont pas mais qui seront contraints (augmentation du prix de la viande, taxes…voire pire)… et ceux qui pourront se complaire dans la continuation de leurs repas royaux.
        Mot utilisé à dessin pour rappeler que ce genre de différence existait déjà de façon massive dans le passé (pour des raisons de choix, mais aussi, à certes moindres raisons, car l’agriculture n’était pas intensive… (mais déjà sur la mauvaise voie avec le labourage qui démunise les sols)). En fait, ça existe toujours pour bien trop de monde.

        Enfin, je pense que c’est l’une des voies à explorer par la prévoyance de l’avenir par la décroissance.
        Domaine qui vous connaissez certainement mieux que moi ici 🙂

        • Isabelle

          Nourrir la planète ne semble pas le problème alors qu’une part importante de la production est jetée. Le problème me semble plutôt de permettre une bonne allocation des ressources en nourriture pour éviter le pas assez de ceux qui ne mangent pas à leur faim et le trop de ceux qui jettent des kilos de nourriture.

      • Salanobe

        Dans ce cas, ce n’est pas une alternative au produits phyto mais au modèle agricole tout entier.
        Une agriculture moins polluante passera forcément par une alimentation et plus généralement une consommation moins polluante. Moins ou plus du tout d’élevage intensif, car les céréales vont en grande partie à l’alimentation du bétail. Plus de légumineuses, etc., etc.
        Ce schéma est connu et reconnu comme celui qui serait le plus raisonnable si on veut limiter les dégâts mais ça n’enlève en rien le problème du « biocontrôle » sur les cultures. C’est le modèle intensif qui est néfaste à l’environnement, même en bio.

    • Frédéric

      Tout à fait d’accord avec Salanobe : c’est tout un mode de production et de consommation qu’il faut revoir.
      Ça commence notamment par ne pas se laisser enfermer dans les messages qui confinent à l’immobilisme. Par exemple, ne pas commencer à se dire que la question est de « conserver les niveaux de production pour nourrir la planète ». C’est ce genre d’idées, « nourrir la planète », qui est mis en avant pour freiner la transformation de l’agriculture : comme si la France en l’occurrence avait pour vocation de « nourrir la planète », surproduire toujours plus pour exporter, baisser les prix pour être compétitif et donc rogner sur la qualité, la santé et le « salaire » des producteurs… Ah les fameuses « bonnes affaires » qui se font toujours au détriment de l’environnement et des producteurs.
      Dans les idées bien conservatrices, il y a aussi la question de produits phyto sanitaires qui viendraient remplacer ceux utilisés actuellement. On est typiquement dans ce qu’est le faux changement dont le principe est de se demander « qu’est-ce que je peux changer à la marge pour que ça ne change pas sur le fond ». C’est la stratégie de la FNSEA par exemple.
      Concernant le bio, comme le suggère Salanobe, il y a aujourd’hui une tentative de l’industrie de récupérer la poule au œufs d’or pour en capter la richesse. D’où l’importance de ne pas acheter de bio dans ces grandes enseignes de distribution.
      Enfin l’argument du « c’est plus cher » est le plus difficile à surmonter tant nous sommes gavés du réflexe de consommation à petit prix. Aujourd’hui, nous prenons pour référence les prix qui oppressent et détruisent et nous considérons comme « trop chers » ceux qui correspondent au juste prix des choses… Seul un changement dans les modes de consommation pourrait changer cette perspective mortifère… Voilà une excellent raison de continuer (et d’accentuer) la pression !

      • Salanobe

        Je pense au contraire qu’il faut absolument trouver les solutions de remplacement aux produits phyto car produire c’est facile, même en bio mais il faut pouvoir lutter contre les agents pathogènes et les ravageurs lorsque la pression est trop forte.
        La prévention c’est très bien avec la rotation des cultures, semis direct sous couvert, moins de densité dans les élevages mais en approchant 100% d’agriculture bio, dans quelques années (très vite), comment éviter les maladies sur cultures et épidémie dans les élevages ? Il faut des moyens de lutte efficaces et non polluants mais il les faut. La France n’a pas vocation à nourrir la planète mais au moins les gens vivant en France.

  • vincent

    Je pense que Salanobe met bien le point sur les problèmes.
    (je développe pas, elle a tout bien synthétisé lol).

    Cela ne veut pas dire qu’il ne faut pas essayer à tout prix de changer cela… car on va droit dans le mure.
    Mais le « tout prix » … n’est jamais le bon prix.

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