Souvenirs @13

Le jeune judoka qui habite la résidence universitaire dans laquelle j’ai emménagé en arrivant à Paris en septembre 1981 a tenu sa promesse (ici) ; il m’a fait visiter le bâtiment et offert un thé dans sa chambre. Tout a été rénové, repensé et j’ai eu du mal à retrouver les cheminements. Le resto U a disparu, la cafète et la loge aussi. Dans les étages, de vastes cuisines en bout de couloir remplacent les réduits sans fenêtre au centre du bâtiment. Chaque chambre dispose désormais de ses propres sanitaires sans avoir augmenté leur surface. Et forcément, le gros poste téléphonique en face de l’ascenseur avec son panneau de liège pour les messages n’est plus.
C’était étrange. Je n’ai éprouvé aucune nostalgie, peut-être parce que tout était tellement bouleversé que ce n’était plus le lieu où j’ai habité les sept premières années de ma vie parisienne. J’étais au final simplement contente de ce thé partagé et des conversations politiques que nous avons eues. Les jours suivants, quelques souvenirs sont remontés ; l’odeur pestilentielle de la loge où vivaient, avec leurs trois chiens, un couple de gardiens revêches mais adorables ; le veilleur de nuit avec qui je refaisais le monde et qui n’hésitait pas à monter me chercher à 2 heures du matin quand papa appelait en état proche du suicide ; les cafards que je faisais griller sur la plaque électrique de la cuisine ; les douches si chaudes et si fortes que j’en rêve encore ; les fuites d’eau, les pannes électriques… et tous les échanges avec mes voisins.
Ce sont les relations que j’ai eues, faciles ou difficiles, heureuses ou malheureuses, avec les uns et les autres qui ont construit une bonne part de ma relation aux autres. On se croisait beaucoup : téléphone, sanitaires, cafète, resto U… et j’aurais tant d’histoires à raconter que dix ans de blogue n’y suffiraient pas. J’y ai appris l’amitié, le conflit de loyauté, la peur, le chagrin, le partage, le mépris, la haine, l’entraide, les gentils, les méchants, les salopards et les indéfectibles soutiens. Et m’est revenu cet épisode de ma vie en résidence universitaire où, forte d’une solide formation en droit constitutionnel, j’avais écrit la constitution de la République libre de la chambre 722 qui régissait l’entrée et le séjour dans mes onze mètres carrés.
Je dois avoir ce texte quelque part. Où ? Je garde le souvenir d’un règlement opposable destiné à me protéger de la violence du monde, à défendre ma liberté et mon autonomie, et à m’assurer au maximum de relations paisibles en éliminant de mon entourrage celles et ceux qui me pourrissaient la vie. C’était il y a plus de trente-cinq ans. Je n’ai décidément pas changé !

 

5 commentaires pour Souvenirs @13

  • vincent

    Choix de vidéos intéressant :).
    J’ai bien aimé la chanson 🙂 Je n’aime que rarement une chanson rap 🙂
    Les récits de vos souvenirs de cette époque nous intéresseraient surment 🙂
    Et moi, c’est votre constitution de la R.L. de la chambre 722 qui m’intéresse 🙂 Si jamais vous la retrouvée 🙂

    • Cécyle

      Il y a rap et rap ! Je suis fan par exemple de La Canaille, assez anar.
      Je vais essayer de retrouver ce texte. Je vous dirai.
      Très bon dimanche !

      • Isabelle

        Oh ! Oui, on veut lire ta constitution…

        • Cécyle

          J’ai un peu cherché dans ma cave. Je n’ai pas trouvé. Je sais que j’ai un dossier chez moi avec des vieux textes. Faut que je le retrouve.

  • Emmanuel

    J’ai donc relu tonton @7, j’en ai chialé.
    Faut pas faire chier mémé.

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