Hoax @14

En allumant ma télévision vendredi 11 octobre 2019, je suis tombée sur l’édition spéciale de FranceTV Info consacrée à l’arrestation des empreintes digitales présumées de Xavier Dupont de Ligonnès. Pendant une heure, en boucle, les journalistes experts en criminologie et autres experts en livres qui vendent du sensationnel se relaient à l’antenne aux côtés de policiers à la retraite et même d’un psychiatre ; de la grosse artillerie. Entre deux interviews, d’anciens reportages sur cette « affaire » sont rediffusés.
Chacun y va de ses convictions sur les mobiles, la vie, l’état d’esprit du tueur (il est rappelé parfois qu’il est présumé tueur sans que cela n’infléchisse des discours imprégnés de la conviction de sa culpabilité) en rivalisant de commentaires sur du rien. C’est intéressant les commentaires sur du rien, cela dit beaucoup de choses. J’ai retenu par exemple qu’en descendant de l’avion, quand il a vu les policiers écossais, il s’est senti perdu et n’a opposé aucune résistance. Était-il soulagé d’être arrêté ? Le psychiatre a répondu oui. Mais comment a-t-il échappé à la police ? Il avait forcément des complices, l’un l’a dénoncé. Une histoire d’argent, sans doute. Il en faut de l’argent, pour mener une telle cavale…
Je n’ai pas tout retenu. J’étais affligée de la place que prenait cette arrestation encore plus que de ces commentaires sur du rien qui avaient un caractère risible. Plus aucune autre actualité n’existait. Le lendemain matin, au réveil, rebelote. France info (radio cette fois) est aussi en « édition spéciale ». Je veux bien que le meurtre d’une femme et de quatre enfants fasse jaser dans les chaumières ; et parlons-en, si besoin ! Mais parlons de féminicide et d’infanticides dans le mariage bourgeois ; car des victimes, bien sûr, il n’en a jamais été question.
Parlons-en, donc, mais nul besoin d’en faire une « édition spéciale », ce d’autant que l’arrestation du siècle a fait pschitt une fois les résultats des analyses ADN connus. Nous avons eu droit au mea culpa de la rédaction de France télévision, et aux excuses de son PDG. L’argument utilisé est celui du « temps médiatique » différent du « temps judiciaire », comme si nos bons journalistes (ils ne sont d’ordinaire pas si mauvais) n’étaient pas directement responsables de leurs choix éditoriaux. Les « Français » ont-il appelé en masse les rédactions pour exiger une « édition spéciale » sur cette arrestation ou les rédactions des chaînes tout-info se sont-elles tiré la bourre pour faire le buzz ?
Les médias grand-public portent l’entière responsabilité de l’information qu’ils diffusent. Il leur appartient de ne pas céder à l’audimat et d’avoir conscience qu’ils manipulent l’opinion en même temps qu’ils la gavent de tout ce qui entretient l’ordre établi. Je rêve ? Oui, je rêve. Et j’aime ça.

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