Adieux @39

Je suis très choquée par le suicide de la directrice d’une école maternelle de Pantin, dans l’enceinte de son école. Elle est morte à 58 ans. Le choix du lieu de sa mort n’est pas le fruit du hasard. Elle a choisi de mourir là où sa souffrance est née et a été nourrie. Son histoire me renvoie à une autre. Mon chagrin et ma colère en sont démultipliés.
J’ai vu passer l’information sur Twitter. J’ai cherché pour en savoir plus et ai trouvé cet article de 20 Minutes. Je lis « Elle voulait que tout soit parfait c’est ce qui l’a tuée » ; non, ce n’est pas « ce qui l’a tuée ». Je comprends qu’il est difficile d’accepter que le suicide soit pour quelqu’un la seule issue à sa souffrance. Mais cette personne n’est pas responsable de sa souffrance ; elle en est la victime et le suicide n’en est que la terrible solution.
Ce genre de commentaire est aussi un moyen de dédouaner l’institution, la belle institution qu’est l’Éducation nationale et pour laquelle j’ai une grande admiration. Mais il faut accepter l’idée que celle-ci n’a pas pris soin de cette directrice, et de tant d’autres. À force de galvauder le métier d’enseignant, et par extension celui de directeur, enseignant déchargé ou non de classe pour mener des tâches administratives, d’en exiger toujours plus, on produit de la souffrance ; une souffrance qui n’a parfois pas d’autre issue que le suicide.
Les parents, aussi, dans les exigences qu’ils formulent en écho à la pression économique et sociale dont ils sont eux-mêmes l’objet, ont une responsabilité. Nous avons tous une responsabilité, celle du monde dans lequel nous vivons. Rien n’est inéluctable. Ce sont les choix de vie, de société, que nous faisons, ou que nous ne faisons pas, qui produisent (ou non) de cette violence qui cause tant de souffrance.
Je voudrais que chacun ait conscience de cela, des conséquences de ce qu’il consomme, produit, possède ; elles sont certes environnementales ; elles sont aussi humaines. Je voudrais aussi que vous lisiez la lettre de cette directrice d’école. Elle ne comprend aucun pathos, aucune revanche, aucune haine ; elle dit simplement une souffrance qui n’a trouvé d’issue que dans la mort.
Prenez soin de vous. Et, s’il vous plaît, prenez cinq minutes par jour au moins pour vous interroger sur le monde, et votre engagement à renoncer aux violences, celles qui vous font souffrir et sont inhérentes au monde. Merci.

2 commentaires pour Adieux @39

  • vincent

    Vous avez bien faite de publier un lien vers un article qui reproduit la lettre.
    Sans votre article, je ne l’aurais probablement pas lu.
    Et il me semble que tout le monde devrait lire.
    Je suis très triste pour cette femme… j’aurais aimé qu’on puisse la sauver… qu’il y ait eu quelqu’un qui puisse la sauver.

    Concernant l’Éducation nationale, il me semble que c’est une perpétuelle fuite en avant.
    Et j’ai bien peur que cela soit pareil partout.
    N’est-ce pas ça l’apparence des stades terminaux de la croissance, toujours plus de croissance ?
    Toujours plus en avant, toujours moins de te temps, toujours moins d’humain.
    Mais c’est un sujet que vous connaissez ici mieux que moi.

    Et la décroissance ? Presque personne la veut, ou alors, « oui, mais bon, sauf moi, une exception ne va pas changer grand chose ».

    En tous cas, je suis vraiment très triste pour cette femme.

    • Cécyle

      Oui Vincent, c’est ça. Arrêtons ce toujours plus de croissance et nous sauverons nos vies !

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