Écrivaine @44

L’an dernier, début août, j’avais été réveillée à 5 heures du matin par une femme disant avoir été violée. Mon billet est ici. Ce 15 août, il est 23 heures quand j’entends des bruits de voix inhabituels. Un homme vocifère. D’autres semblent vouloir le calmer. Il y a une femme qui crie aussi, mais sa voix exprime la colère. Une dizaine de personnes sont en bas. J’identifie rapidement des bruits de bagarre. Le quartier est d’un naturel un peu chaud. J’appelle le 17, craignant que cela ne dégénère. On me demande le nombre de protagonistes (une dizaine de voix), s’ils sont armés (je l’ignore, j’ai le son, pas l’image). L’appel est très rapide.
Une demi-heure passe. Le silence est revenu, entrecoupé de vociférations, toujours du même homme. Puis soudain, une femme crie comme quelqu’un qui a peur ou mal. Je me redresse dans mon lit. Je vais ouvrir la fenêtre. Il a beaucoup d’agitation, des bruits sourds, la femme crie en boucle « Arrête ! » Je fais de nouveau le 17. À l’annonce d’une femme qui se fait agresser, le ton change ; l’opérateur ne me demande pas de patienter, il appelle sitôt le commissariat et m’écoute en même temps qu’il répète à son interlocuteur. Puis un policier me demande de préciser le lieu, demande si elle appelle au secours. Il me dit engager une intervention.
On raccroche. J’ai besoin de faire quelque chose ; je décide de noter ce que j’entends. Je m’installe avec la tablette. L’exercice m’apaise ; il me met à distance alors que la tension en bas, monte ; la femme hurle en suppliant que l’on appelle la police ; je compose une troisième fois le 17. On m’indique qu’un équipage arrive ; je raccroche et me concentre sur mes notes. Je vous passe leur contenu sordide. Je comprends que l’agresseur serait le même que l’année dernière, sa victime itou. Cinq minutes plus tard, l’ambiance change, la police est arrivée.
Une bonne demi-heure passe ; je note ce que la femme dit dans un mélange de pleurs et de cris. Pas d’ambulance en vue ; cela me rassure un peu pour elle. Le silence se fait. J’en conclus qu’il faut j’aille dormir. J’envoie mes notes à notre élu en charge de la sécurité, un élu dévoué comme on en fait peu. Je sais qu’il en fera bon usage. De mon côté, je me surprends à m’endormir vite et, même si la nuit a été courte, elle a été réparatrice.
Je crois que le fait de me concentrer sur la retranscription de ce que j’entendais m’a été particulièrement salutaire. L’écriture, toujours ! Elle met à distance et donne le sentiment de faire quelque chose là où je ne peux rien. Elle m’a permis de décompresser en temps réel, ce d’autant que j’avais eu une journée émotionnellement difficile. Si vous êtes témoin contraint à la passivité, je ne peux que vous conseiller de prendre des notes. Votre témoignage y gagnera en outre en véracité.
Et merci la police ! Dès qu’il a été question de l’agression d’une femme, l’intervention a été très rapide. J’en ai été touchée.

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