Bigleuse @111

Ce billet fait suite à mon billet « Bigleuse @110 », ici. Il est essentiel de le lire pour comprendre celui-ci.
Je voulais revenir sur cette visite dans cette bibliothèque où j’allais pour la première fois pour deux raisons :
* Parce que le microbillet de Marguerite m’a profondément blessée en ce qu’il me fait porter la responsabilité des conséquences sociales de ma déficience visuelle là où c’est le manque de formation à l’inclusion qui est la cause directe de ce qu’il s’est passé (je rappelle que j’ai interpellé sur Twitter Marguerite où je vais d’habitude en blaguant pour leur suggérer d’aller former leurs collègues de cette autre bibliothèque). Je n’en peux plus que les personnes, des fonctionnaires de la Ville, ignorent qu’un déficient visuel a besoin d’informations précises et qu’avant de devoir « expliquer clairement ses besoins », encore faudrait-il qu’il existât des interlocuteurs qui seraient en capacité de les entendre.
Je n’aurai pas d’excuses, pour ce microbillet que je ne considère pas comme maladroit, mais comme validiste, inacceptable de la part d’une bibliothèque qui se targue, je cite, c’est cocasse, d’avoir « été formée à recevoir des personnes mal-voyantes et non-voyantes ». Je pourrais aligner plusieurs exemples au sein de cette bibliothèque où la formation ne s’est pas sentie, mais est-ce utile ? Cela m’amène à la deuxième raison de ce second billet.
* Quand j’ai parlé de cette histoire à une amie que j’ai vue le jour de l’échange de microbillets, elle m’a dit « Ah ! Twitter. » En effet, Twitter… D’aucuns accusent les réseaux sociaux d’envenimer les relations sociales et je crois que j’en ai là un bel exemple. J’ai aussi succombé au « ton Twitter » avec mon « Vous me conseillez quoi, l’immolation ? » J’aurais pu le dire à l’oral, mais l’effet n’aurait forcément pas été le même.
Si Twitter n’avait pas existé, je n’aurais d’ailleurs pas fait le premier microbillet à Marguerite ; j’en aurais peut-être blagué avec ceux des bibliothécaires avec qui je blague à la réouverture. Mais peut-être aurais-je alors oublié. Il m’en arrive dès que je quitte mon domicile des histoires comme ça, plus ou moins prononcées. Celle-ci était pas mal, dans le genre ; mais j’aurais pu m’asseoir dessus, comme le plus souvent. Le sentiment d’abandon et d’impuissance est si prégnant, dans sa répétition, si excluant… Vous comprenez pourquoi parfois j’ai l’impression de ne pas être de ce monde, celui de la suprématie valide ?
Faire mon microbillet, et encaisser la réponse qui m’a été faite, puis les suivantes, m’ont permis d’exprimer cela mais au final, qu’est-ce que j’y gagne ? De la colère ? Un plus fort sentiment d’exclusion ? L’envie de pleurer et d’aller vivre sur l’île de Robinson Albinoé ? Oui, tout ça, car j’ai l’intime conviction que ces échanges, et les billets qui font échos, ne serviront à rien, que les Bibliothèques de la Ville continueront à se considérer comme accessibles parce qu’elles mettent à disposition des fichiers Daisy, parce que le validisme, à l’instar du sexisme, du racisme et de l’homophobie, est un des systèmes d’oppression qui font tourner l’ordre qui nous gouverne.
Oh là là ! Encore des gros mots. Je sais, les pauvres agents de la Ville ne sont pas coupables de leur propre oppression ni de la mienne. Mais ne pourraient-ils pas, de temps en temps, se considérer comme responsables de leur propre humanité ? Je ne demande rien de plus, juste qu’on me parle, que l’on me dise « à gauche », « à droite », « tout droit », « Venez, je vous accompagne » voire « Ne faites pas chier, je bosse » ; est-ce si compliqué ? Il semble. Alors, monsieur Nordman, s’il faut une formation de x heures pour apprendre aux agents de la Ville que les déficients visuels ont besoin d’une information sonore avec des adverbes signifiants, faites-la ! Déjà vous pouvez faire circuler ces consignes (moins de vingt lignes à lire) ou ces vidéos, c’est gratis pour le contribuable. Quand tous ces gens seront vieux avec une DMLA, une cataracte et j’en passe, ils vous remercieront.
Quant à savoir si je tenterai d’autres fois de témoigner de ce genre de situation envers des interlocuteurs que je croyais acquis à la cause de l’inclusion, blessée comme je suis, je vais laisser passer un peu de temps ce d’autant que ma réputation d’emmerdeuse est définitive. Quoi d’autre que mon envie d’emmerder le monde pourrait en effet justifier de si longs billets ?
Je vous laisse deviner.

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