Corps @24

La deuxième canicule de l’été après celle de juin, avec les records battus, a marqué nos corps et nos esprits. Il était bien difficile de parler d’autre chose et j’ai, entre autres, reçu un texto d’une amie, le vendredi, m’indiquant avoir souffert. Je ne savais pas trop quoi répondre, alors j’ai réfléchi un peu à la manière dont j’avais vécu ces cinq jours. Je ne pouvais pas dire que j’avais vraiment souffert, moi qui avais fini à l’hôtel climatisé en 2003. C’était surtout sa durée en 2003 qui avait été particulièrement difficile. J’ai vécu quinze ans entre Nîmes et Montpellier ; je connais la chaleur et la manière de s’en protéger ; seul mon petit appartement non traversant m’est délétère.
Depuis 2003, je crains donc la canicule. On nous annonçait quatre jours ; je me sentais prête. Avec le sport, mon corps régule mieux sa température (j’ai un souci de thermostat métabolique qui fonctionne mal). Je suis équipée d’un ventilateur de plafond, d’un Dyson au cas où, je bois, je mange frais avec fruits et légumes pleins d’eau, fais un peu de gym au frais du square le matin à 7 heures, vais aux commissions le matin, et travaille tranquille fenêtres fermées. En le racontant, on ne dirait pas mais c’est en fait un vrai plan de bataille, l’idée que je dois avoir une préparation physique et mentale à la canicule ce d’autant que pour ces quatre jours, je n’ai pas renoncé à mes activités sociales.
Judo le lundi et le mercredi, visite d’une amie dans son Ephad le jeudi. De la folie ? Oui et non. Les cours de judo se sont adaptés et quand je suis sortie le jeudi, vers 16 h 30, en plein pic de chaleur à 42,2°, je m’étais préparée à renoncer si je prenais un coup sur la tête. Cela n’a pas été le cas. J’étais prête. J’ai marché doucement, à l’ombre, avec des morceaux en transport pour ne pas dépasser les vingt minutes de marche. Il faisait chaud, certes, mais cela m’a fait du bien de sortir tant vivre dans le noir a la fâcheuse tendance à me rendre neurasthénique.
J’ai donc bien vécu cette canicule… ou presque ; j’avais compris qu’elle s’achevait dans la nuit de jeudi à vendredi alors qu’il a fallu attendre le vendredi soir pour avoir un peu de frais. Cela m’a flinguée, comme si une fois le mental relâché, mon corps refusait l’effort. L’expérience en est d’autant plus intéressante. Elle me dit qu’en mode performance, je suis en mesure de me dépasser mais que dès que je lâche ce mode, je m’effondre. C’est somme toute assez symptomatique de mon rapport au monde. Avec cette question : puis-je m’accorder des moments de réelle détente sans craindre l’effet retour ? Je crains que non. Misère.

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