Bigleuse @105

Samedi 15 juin 2019, je suis passée place de la République voir ce qu’il en était de la Nuit du handicap après que Isabelle m’ait envoyé une affiche. J’étais confiante. J’imaginais que cette manifestation, initiative d’une association éponyme largement soutenue par la Ville, serait exemplaire en matière d’accessibilité… Quant au contenu ? Je n’imaginais pas. Je sais désormais que le patronage, que je croyais révolu, est en plein boom. Ce n’est pas mon sujet. Quoi que. Comment imaginer qu’une manifestation qui organise des ateliers infantilisants puisse avoir une autre vision du handicap qu’infantile ?
Il me faudrait vous montrer l’ensemble du programme pour appuyer mon propos. Mais voilà, c’est justement le programme (dont je vous ai scanné une page) qui pose souci. Je vous raconte.
Après avoir cherché l’entrée pendant dix bonnes minutes (ben oui, la signalétique, c’est une affaire de pros) en faisant gentiment le tour de l’enceinte le long des barrières, je suis entrée. Impossible de lire les enseignes des stands, libellés selon une police et des couleurs qui sont un non-sens de lisibilité. Je cherche donc des infos. De nombreux bénévoles sont là. Aucun ne s’intéresse à moi. Mon nez me guide vers un stand alimentaire, au menu illisible. Je tourne un peu et arrive au stand qui distribue les programmes.
Chouette ! J’en prends un…

… le referme sitôt.

Trois personnes sont derrière la table. Une dame discute avec un visiteur. Les deux autres bénévoles papotent ; j’attends. Et enfin…
— On peut vous aider, madame ?
— Oui, je voudrais le programme en gros caractères.
Grand moment de solitude pour les deux jeunes filles. Elles s’interrogent mutuellement, regardent un peu autour : non, y a pas. Je sors ma canne blanche, histoire de m’éviter trop d’explications.
— On peut vous dessiner le plan…
— C’est gentil mais comment savoir ce qu’il y a dans les stands.
— On peut vous accompagner.
— Si vous m’accompagnez, vous ne participez pas à mon autonomie ; c’est un geste d’assistance. Je ne comprends pas qu’une manifestation dite Nuit du handicap ne dispose pas d’un programme en braille et en gros caractères.
Là, je fais court ; avec elles, je développe un peu. Elles comprennent très vite le sens de mon propos et me promettent d’en parler aux organisateurs. Je repars, quelque peu contrariée. Je fais le tour, sans rien comprendre de ce que je vois et m’en vais attendre Isabelle dans un coin. Elle me montre le plan affiché un peu partout, plan qui a le mérite d’être un chouia conçu pour être lisible. Seul hic ; l’entrée est à la place de la sortie ; et inversement.
Ah ! Le patronage. Quand on tient ses handicapés, on ne les lâche pas ; c’est que c’est un marché, ces gens-là, et beaucoup d’argent public. Dites, ma Ville, ce serait chouette si vous économisiez ces opérations de comm’ non inclusives pour mener une politique d’accessibilité digne de ce nom. Vous ne trouvez pas ?

 

 

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