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Délice @8

Je suis allée, début juin, passer quatre jours à Berlin. Je voulais y aller en train de nuit plutôt qu’en avion. La liaison ferroviaire directe n’existe plus. Il faut faire au moins un changement de train en Allemagne ; trop compliqué pour moi. J’ai donc pris l’avion.
J’ai toujours un peu peur avant (aller à l’aéroport, récupérer le service d’assistance, attendre…) mais j’adore la poussée des réacteurs au décollage ! Quand je suis allée en Guadeloupe, seule, il y a quelques années déjà (snif), j’ai découvert que je n’ai pas tant peur une fois l’avion en l’air, même si j’ai un peu tendance à penser à l’accident. Les turbulences m’inquiètent toujours ; à l’aller, nous avons été gâtés et la poussée des réacteurs n’était pas si réjouissante. Mais au retour… quel retour !
Après deux heures de retard à l’embarquement, je tombe sur un équipage plus avenant qu’à l’ordinaire. Je m’installe, découvre les consignes en braille et gros caractères à ma place (j’y reviendrai), et attends sagement le décollage. Les passagers s’installent. La cheffe de cabine fait les annonces d’usage et là, un petit miracle se produit.
— Bonjour, je suis [je n’ai pas retenu le nom] votre commandant de bord…
Commandant ? Avec un prénom et une voix de femme ? Une commandante donc. J’en ai été d’emblée émue. J’ai dû faire une trentaine de vols dans ma vie depuis le milieu des années 70 et c’était ma première femme pilote ! Et quelle femme ! Les gaz à fond au décollage. Pas une turbulence (le pilote de l’aller n’y était pour rien mais tant pis pour lui). Le soleil. Peu de nuages. Un magnifique virage sur l’elle avant l’atterrissage et un train qui se pose sans une secousse. Mon exaltation était à son comble.
En descendant de l’appareil, j’ai demandé à l’hôtesse qui m’accompagnait de dire mon émotion à la commandante. Elle s’est arrêtée à hauteur du cockpit, a toqué et je me suis retrouvée dans l’espace de pilotage (encore une première !) à dire mon émotion de féministe à la commandante, allant jusqu’à lui dire qu’elle virait comme personne ! Ça l’a fait rire. Elle était émue aussi, m’a remerciée de mon témoignage. On a échangé quelques phrases de plus ; et on a dû abréger. Mon assistance m’attendait ; elle partait pour Rome.
Rome… Je n’avais rien de prévu les deux jours à venir. J’aurais pu rester dans l’avion. L’Italie ne m’a jamais fait rêver. Par contre, le fait qu’une femme soit pilote d’avion, ça oui, cela me transporte ! Merci madame. Merci à toutes ces femmes qui ont été pionnières et permettent à d’autres de vivre ce qu’elles aiment. Je suis fière et émue. C’est si chouette un vol sur l’elle…