Bigleuse @104

Si le contenu de cette illustration vous interroge, profitez-en pour réfléchir à votre condition visuelle.

Je constate souvent que l’âge me radicalise. Cela vaut pour beaucoup de sujets, par exemple l’accessibilité visuelle du numérique, ce d’autant que le numérique, par sa nature même, permet sans effort ni dépense supplémentaire cette accessibilité. En théorie seulement. En pratique, le manque d’attention aux autres et la paresse cassent la magie, allant jusqu’à empêcher les outils d’adaptation de fonctionner : applis à polices non réglables en taille et en couleur, usage massif des infographies, des vidéos sans paroles, du format html au détriment du format texte…
En clair : on dispose aujourd’hui d’outils à coût modique qui permettraient à n’importe quel déficient visuel d’avoir accès à l’information et la domination validiste s’en tamponne. « Domination validiste » ? Oui, je me radicalise et, à force de signaler applis, infographies, vidéos et formats html à mes interlocuteurs publics et privés, j’en viens à me demander s’il ne s’agit pas d’un système de domination qui va bien aux autres, domination masculine blanche en tête. Autrement dit, l’ordre bourgeois, hétérosexiste et raciste a besoin d’alimenter la chaîne coercitive partout où cela est possible, parce que cet ordre se nourrit de la violence que nous produisons chacun envers les autres.
Mon radicalisme est tel que je me demande souvient si, toute bigleuse que je suis, je suis si attentive que cela à l’accessibilité de ma communication numérique, et de ma communication tout court. Je fais attention sur Twitter à décrire les images que je mets en illustration. Je ne le fais pas sur mon site ni sur La vie en Hétéronomie, considérant que ce sont des illustrations qui ne sont là que pour attirer le chaland valide. Eh ! oui. Sur mon site, par exemple, ces visuels n’ont aucun intérêt pour moi ; mais je sais qu’ils font partie de cet ordre qui nous opprime, constatant même qu’une photo sera plus « vue » sur un réseau social qu’un texte ; paresse…
Cela n’enlève rien au fait que les images visuelles sont parfois très utiles ; et j’utilise notamment beaucoup les copies d’écran, que j’envoie à des personnes qui ont les yeux et les outils pour les lire. Et je fais aussi des photos de texte. Jeudi soir, je lisais Que choisir dans le métro. Je croise un court article qui peut intéresser une amie. Je fais une photo de la page, vérifie en zoomant que je pourrais lire en faisant un effort, la lui envoie… avec ce commentaire « Dis-moi si tu peux lire. » Oui, c’est moi qui pose cette question et je ne l’ai pas réfléchie ; elle était automatique. Combien de personnes qui m’envoient des photos, vidéos, copies d’écran, infographies me (se) pose la question ?
Je ne vais pas vous souhaiter d’être bigleux pour adapter votre communication, même à l’égard des non-bigleux ; mais vraiment, ça me démange ! En fait, mon interrogation va bien au-delà de ça : quand nous nous adressons à un autre, sommes-nous de prime abord attentifs à ce qu’il est, aux outils dont il dispose, avant de balancer notre info ? Cela s’appelle avoir une démarche inclusive, je crois. Ce n’est pas si terrible, cela permet aussi de choisir ses amis.

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