Entendu @30

Après la Journée du Souvenir de la Déportation (ici), la cérémonie du 8 Mai, à la mairie du 14e, a également été émouvante cette année (). J’en suis sortie les larmes aux yeux, guillerette, ravie de deviser avec des élus présents et des concitoyens. De fil en aiguille, la conversation a bifurqué sur la mise en cause de six pompiers de l’arrondissement pour des faits de viol en réunion.
J’avoue que cette affaire m’a secouée ; l’idée que des secouristes puissent violer une jeune femme de 20 ans m’est insupportable, l’argument de l’alcool n’en étant pas un. Mon effarement me semblait tellement légitime que la réaction d’un homme de soixante-dix ans passés à l’allure bourgeoise présent sur le parvis de la mairie m’a fait redescendre d’un coup de mon petit nuage de paix et de liberté (« Ami entends-tu… la la la lalala… »)
— Elle devait bien savoir ce qui allait se passer…
— Pardon ?
— On ne suit pas des hommes à quatre heures du matin si on ne veut pas…
— Si on ne veut pas quoi ?
— Ben… vous savez. Elle était consentante. C’est un mauvais procès fait à ces pompiers !
Je dois bien avouer que ce monsieur m’a sonnée. Pas longtemps. Je suis sitôt partie en vrille, je ne l’ai pas insulté ni giflé mais ce n’était pas loin, laissant fuser ma colère sur fond d’arguments d’usage. Une dame que je ne connaissais pas est intervenue quand cet homme insistait sur le consentement qu’il présumait, expliquant plus calmement que moi que consentir c’est dire « oui », ce n’est pas être abusée de force. Elle a eu cette phrase, terrible.
— Ils lui sont passés à six dessus ; vous croyez vraiment qu’elle a dit oui ?
Autour de nous, un vide étrange s’est fait, comme si chacun ne voulait pas être obligé de prendre position. L’homme ne lâchait pas. J’ai monté le ton d’un cran et l’ai sommé de quitter le parvis de la mairie, considérant que ce qu’il disait était une honte aux Morts pour la France. Il a fini par partir, en maugréant.
Je sais bien que cet homme n’est que l’expression de la domination masculine qui cherche toujours à légitimer le viol en en faisant reposer la responsabilité sur la victime ou les circonstances. Ce n’est pas la première fois que j’y suis confrontée ; j’en ai entendu du même genre lors du viol de l’une de mes voisines. Je ne m’y fais pas. Je suis très en colère. Quant aux Pompiers de Paris, il ne s’agit bien sûr pas de faire une généralité mais quand même ; des secouristes. Puis-je leur faire totalement confiance désormais ? L’avenir le dira.

Note : Et, bien sûr, alors que je rédige ce billet, une voiture de premiers secours pompiers se gare sous ma fenêtre… Au secours la synchronicité !

2 commentaires pour Entendu @30

  • vincent

    C’est juste horrible.
    Je ne vois pas quoi dire de plus.

    • Cécyle

      Je suis d’accord avec vous et comprends d’autant plus mal que cela puisse exister.

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