Bigleuse @102

On parle de plus en plus des difficultés financières que peuvent rencontrer certaines femmes pour acheter les protections périodiques dont elles ont besoin : il y a eu la « taxe tampon » ; et de nombreuses collectes spécifiques sont désormais organisées par des associations pour les femmes à faibles ressources, SDF et/ou réfugiées (par exemple ici). Danielle, quand elle s’occupe de la collecte du Marché solidaire, réclame souvent des « produits d’hygiène », en précisant « pour les femmes ». Nommer est ici encore difficile, le sujet ne s’évoquant qu’« en catimini »*.
Cet accès de toutes aux protections périodiques est porté aujourd’hui par des collectivités publiques qui en distribuent gratuitement aux jeunes filles (ici) ou souhaitent le faire comme la mairie du 14e, (pdf). Une question n’a pourtant jamais été abordée et, même si elle me touche de près, c’est la première fois qu’elle se pose pour moi ; celle de l’utilisation de ces protections par les déficientes visuelles. J’en entends déjà ricaner : « Tu exagères ; il n’y a pas besoin de voir quelque chose pour mettre un tampon ou coller une serviette au fond de sa culotte. »
J’aurais été d’accord jusqu’à la semaine dernière. Après avoir épuisé mon stock de protections suite à ma nouvelle jeunesse ovarienne (ici et ), j’ai acheté des protège-slips en prévention de saignements intempestifs et imprévisibles. J’ouvre la boîte, en chope un, retire la languette (rien de sexuel, Frédéric !) et la colle au fond de mon slip spécial judo (un qui tient bien aux fesses), le tout sans avoir besoin d’allumer la lumière.
Quelques heures plus tard, je le retire et suis sitôt intriguée par sa couleur. C’est quoi, ces taches marron-rose ? Je regarde dans tous les sens, renifle (les règles ont une odeur très particulière) et m’en vais chercher mon compte-fils pour tenter de comprendre ce que je vois. Des fleurs ! Ce sont des fleurs roses ! Je sors un protège-slip neuf de la boîte qui me confirme mon diagnostic. Ces imbéciles (il n’y a pas d’autres mots) ont décoré la surface, histoire d’ajouter un peu d’allergène et de m’empêcher de voir si j’ai des pertes ou non.
Pardon ? Vous dites ? C’est pour les rendre plus « jolis », moins « ragnagna » vu que le sujet sort de la sphère intime. J’en pleurerais.

Note (28/04/2019) : Si vous souhaitez participer à une collecte de produits d’hygiène intime, je viens de découvrir ce site.

* Le terme, que l’on connaît dans son sens moderne de « en cachette », désignait initialement les menstrues.

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