Bigleuse @100

Il me fallait un sujet de poids pour ce premier billet numéroté « 100 » en Hétéronomie, catégorie « Bigleuse », comme quoi la chose m’occupe beaucoup. J’y ai consacré un livre (ici) où j’établis un lien de cause à effet entre ma déficience visuelle et certains traits de mon caractère, convaincue que part de mon identité, elle me structure à plus d’un titre. Et voilà que le mardi 5 mars 2019, Allô docteur était consacré à l’intelligence et il a été question de « personnes à haut potentiel », entendre surdouées.
L’intelligence… Je la pose d’emblée comme une donnée majeure de mon rapport au monde, sur la foi de la parole d’un médecin à mes parents lors du diagnostic d’albinisme « Si vos enfants sont intelligents, ils s’en sortiront. » Cette intelligence obligatoire m’a pesée en ce qu’elle m’a éloignée de la dimension sensitive (voire spirituelle) de tout être. Elle m’a sauvée, me permettant une grande autonomie. Vous retrouverez tout cela dans mon livre et dans beaucoup de billets de ce blog (mot clé Albinos).
Dans cette émission, il est question des souffrances des personnes surdouées. Je tends l’oreille ; deux choses retiennent mon attention ; la sensation de décalage avec le reste du monde jusqu’à un sentiment de solitude profonde que je transforme souvent en outil politique ; le besoin de maîtrise avec le sentiment de perdre pied (jusqu’à la panique) quand quelque chose échappe à mon contrôle. Ces deux traits de caractère me sont très importants, et je les ai toujours attribués à ma déficience visuelle. Leur prégnance serait-elle liée également à mon QI mesuré à 135 quand j’étais enfant ?
À l’époque, on demandait ce test pour l’obtention d’une carte d’invalidité. Étrangement, je me souviens d’une partie des épreuves. J’ai toujours été fière de ce résultat de test, sans pour autant lui accorder tant d’importance ; quoi que. Le fait d’avoir placé l’intelligence au cœur de l’introduction de Tu vois ce que je veux dire n’est forcément pas un hasard. Je n’ai pourtant pas le souvenir, enfant, de m’être sentie tant exclue que cela sur cette base ; j’étais scolarisée en classe ordinaire, avec des enseignants pratiquant la pédagogie Freinet, permettant aux enfants de travailler à leur rythme sans compétition excessive. Ceci explique sans doute cela.
On peut également faire l’hypothèse que le handicap consécutif à ma déficience visuelle mobilisait (et mobilise) mon intelligence avant tout sur sa compensation. Cela ne m’empêche pas de la ramener très souvent, d’aller vite, trop vite au péril même de mon autonomie et de me sentir unique au sens où j’ai le sentiment que je n’ai pas de « pareille » ; et je n’ai pas ma pareille pour… et blabla. Il est temps de sourire pour ce centième. Je ne saurai jamais qui de la poule et de l’œuf entre l’albinisme et mon QI (donnée par ailleurs contestable) m’ont faite celle que je suis sur les traits de caractère qui leur sont communs. Je sais par contre désormais que ma déficience visuelle n’est pas seule en cause dans une bonne part de ce qui est douloureux de ma relation au monde et aux autres. Et dans ce qui heureux ?
Évidemment oui.

2 commentaires pour Bigleuse @100

  • vincent

    Peut-être la poule, et l’oeuf, sont-ils arrivés en même temps ?
    Et aussi, le sourire 🙂

    🙂

    • Cécyle

      C’est effectivement une hypothèse rarement envisagée très prometteuse ! 😉

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