Caviardage @10

Place des Fêtes, à Paris, il existe un collectif « anti-système » très actif, au départ Nuit debout, aujourd’hui reconverti Gilet jaune (cherchez la cohérence). Des militants de la France insoumise y sont très présents ; des occupants du lycée Jean-Quarré aussi. La convergence des luttes ? Il semble que nous y soyons avec des espaces de gratuité et de nombreuses actions de solidarité. C’est génial, donc. Si génial ? Ben… comment dire ? Je suis ce groupe sur Facebook et je dois bien avouer que ses débordements d’un certain chic populiste branchouille (un nouveau concept politique) ont le don de me hérisser le poil.
Rien de bien grave jusqu’au 5 mars dernier où j’ai vu ces valeureux militants exhiber fièrement des photos où l’on voit la pyramide de la place des Fêtes repeinte en jaune. Il faut dire qu’elle était sacrément moche, cette pyramide, et bigrement décatie. N’est-elle pas plus jolie ainsi ? Chacun appréciera, ou pas ; en ce qui me concerne, je me moque un peu de l’aspect esthétique des choses car cette pyramide n’est autre qu’un obélisque, œuvre de commande de la Ville de Paris de 1995. Une œuvre, ce truc moche et décati qui sert de sortie à un parking ?
Eh bien oui, c’est une œuvre et, à ce titre, protégée par le droit moral de son auteur. Le collectif de la place des fêtes n’a pas fait autre chose, en la repeignant, que l’altérer, ce qui engage directement la Ville qui a le devoir de protéger cette œuvre, de l’entretenir, voire de la restaurer. Elle l’a pourtant laissée à l’abandon, favorisant son rejet par les riverains de la place des Fêtes, plutôt favorables à son retrait à l’occasion de la rénovation de la place. Il semble désormais acquis que « La pyramide laisse place à un nouveau projet » (ici). J’imagine que la négociation avec les ayants droit a bien eu lieu comme un document de 2014 en indiquait la nécessité juridique.
Quoi qu’il en soit, cette destruction annoncée n’autorisait pas un collectif de citoyens à l’anticiper, quel que soit son mobile. Détruire une œuvre d’art, fut-elle moche et décatie, est un acte politique qui relève du totalitarisme et la revendication de liberté qui accompagne cet acte de vandalisme ne peut que me convaincre définitivement que je n’ai aucune convergence avec ce mouvement réactionnaire qui confond liberté et libéralisme, plaçant la consommation de masse au cœur de son projet. Son attachement à la cabane qu’il a lui-même construite (et détruite par la Propreté) démontre enfin qu’il privilégie son intérêt particulier contre l’intérêt général sans renoncer à la propriété. Révolutionnaire ? Si je n’étais pas tant en colère contre cette mascarade politique, j’en rirais.

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