Kendo @46

La ceinture que m’a offerte Romuald quand j’ai eu mon premier dan (ici) est très élimée. Forcément, il l’a portée longtemps. C’est ce qui en fait sa valeur, la sueur de mon sensei qui imprègne les fibres, son travail, son génie du judo. Je la porte avec fierté ; elle me rassure aussi, me donne la confiance qui parfois me manque.
Le hic (pourquoi faut-il toujours un hic ? pour mieux savourer ?) c’est qu’elle part un peu en lambeaux. J’en prends grand soin mais je sais qu’il va falloir que je m’en trouve une autre ; celle qui m’a été donnée lors de la remise officielle par la FFJDA ? Même pas en rêve ! Je ne lui confère que le goût de la médaille honorifique, juste breloque. Comment d’ailleurs une ceinture pourrait-elle remplacer celle de Romuald ?
Je l’ignorais jusqu’à ce que Johnny, mon champion et élève avant moi de Romuald, me parle en décembre de son intention d’aller au Japon. Le Japon, pays du judo. J’ai pris sitôt Johnny entre quatre yeux (c’est moins périlleux que de le prendre en randori) et lui ai demandé de me ramener une ceinture. Il en a immédiatement été emballé, ému, ravi. L’affaire est donc dans le sac et je suis impatiente de démarrer la prochaine saison avec cette ceinture qui tissera le fil du judo au travers les générations.
On en a reparlé souvent depuis et Johnny m’a proposé une ceinture « de fille » ; elles sont noires, avec un liseré blanc au milieu. Au début, cela me plaisait moyen : cela sera-t-il assez butch pour moi ? Il a su me convaincre. Puis je l’ai évoqué avec Romuald, qui a éclaté de rire.
— Tu sais pourquoi les filles ont ce liseré blanc ? Cela date de l’époque où les femmes passaient leur grade à moitié.
Un grade à moitié ? Qu’est-ce donc que cette affaire ?

« Les filles n’ont pas eu le droit de faire des shiai au Japon jusque dans les années 1970. Or, pour les garçons, c’est au travers du shiai que l’on obtenait le 1er dan. C’est donc par un examen « technique » que les filles ont passé leurs dans jusque dans ces années [pourtant la section féminine du Kôdôkan date de 1926 et que la première 1er dan, Kosaki Kaneko (1908-1996), a obtenu son grade en 1933] et ce serait pour différencier le mode d’obtention (en shiai = ceinture noire / en technique = ceinture noire avec ligne blanche) que cette marque aurait été mise en place. » (la suite )

J’ai sitôt envoyé un mail à Johnny. Ouh là là ! Il était tout embêté ; une ceinture qui discrimine, ce n’est pas son truc à mon champion, ce d’autant moins qu’il n’est pas avare de textos et de déclarations pour saluer mon engagement, mon travail et la forme de mon judo. C’est dire s’il m’aime ! L’affaire a viré en blagues de tatami, un truc accessible aux seuls judokas. Et j’aurai une ceinture toute noire, reine des shiai que je suis !
Merci Johnny. Moi aussi je t’aime. Fort.

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