Archives mensuelles : mars 2019

Déo @27

J’attendais l’autre jour avec grande impatience (vous imaginez !) le Magazine de la santé. J’écoutais les pubs d’une oreille, sans regarder. J’entends alors une voix, grave, sévère, « Pour ce qui fait sa force, et aujourd’hui pour son ouverture à tous, j’ai choisi MGEN. » Sitôt, je rigole. Le ton du message me donne plus envie de me passer par la fenêtre que d’adhérer à la MGEN ; cela tombe bien, je suis déjà adhérente.
Je songe alors faire ce billet histoire de glorifier ce ton que j’imagine choisi pour renouer avec l’ancestral instituteur, celui qui sillonnait les campagnes aveyronnaises dans la neige pour dispenser l’instruction publique, fier hussard (tiens, un mot-clé du blogue) de la République ayant répondu à l’appel de Jules Ferry (j’avais vu un téléfilm sur l’histoire de l’école publique ; il m’avait marqué).
Entre le moment où j’ai songé et celui où je me suis décidée à écrire ce billet, j’avais oublié s’il s’agissait de la Maif ou de la MGEN ; c’est dire si le message était passé ! Je vais sur le site de l’un et de l’autre et trouve la vidéo sur le second. Je découvre alors que notre héros n’est autre que Martin Fourcade, champion de biathlète national… la neige ; on y revient !
Je n’avais pas vu le début du spot tout en images sans paroles, ce qui exclut au passage les vieux (devenus bigleux) du recrutement, exclusion somme toute logique tant j’imagine que la MGEN cherche plus à recruter des jeunes pour équilibrer ses comptes face à ces hordes d’enseignants qui ont fait sa richesse et sont aujourd’hui à la retraite. Les jeunes vont-ils succomber ? Je crains que non. Tant pis ! les images sont jolies… Je vous laisse apprécier.

Cliché @14

La multiplication des licornes blanches avec des arcs-en-ciel sous les sabots, sur la corne, ou je ne sais où, comme identité LGBT, m’agace. Je dois dire que je n’adhère déjà pas à l’arc-en-ciel comme étendard. Outre que la licorne est devenue un cliché homoréférencé, c’est un filon commercial avec des peluches et jouets de licornes blanches plus ou moins de couleurs. Mais très franchement, entre la dame et la licorne, je choisis la dame même si je dois reconnaître que le sourire de la licorne est bien plus enthousiasmant.
L’autre jour, à La Poste de mon quartier, je vois une affiche pour vanter un service d’envoi de colis avec la photo d’une licorne. C’est une peluche pour enfant, mais très LGBTesque, car assez colorée.
Le slogan :

« Les meilleurs parents du monde ?
« Oublié à Reims
« Livré à Nice
« Demain avant 13h ou offert
« Envoyez et vous serez adoré ! »

J’avoue ne pas bien comprendre : parents est au pluriel, adoré au singulier ; qui envoie quoi à qui, les parents à leur enfant ? des amis aux parents pour leur enfant mais ce sont les parents qui paient le colis ? Bref, ce n’est pas clair. En revanche, la référence homoparentale l’est. Malin le service commercial de La Poste.
Si vous trouvez encore que les licornes sont un emblème LGBT tout mignon, je vous rappelle que les licornes désignent en économie les startups valorisées à plus d’un milliard de dollars. Cette référence au capitalisme financier devrait vous refroidir, enfin j’espère. Pour vous consoler de cet amalgame avec ce bel animal fantastique, je vous invite à le retrouver au musée du Cluny. Les griffons y sont aussi très mignons, sans parler des lapins, quand on connait la symbolique du lapin au Moyen-Âge…

Brosse @41

Je cherchais dans Twitter si une écrivaine citée par Isabelle dans son billet « Grand Homme @26 » avait un compte Twitter. « Taguer » est un sport qui ne m’est pas encore aisé mais je m’y applique tant j’aime tisser des liens.
En faisant ma saisie dans le moteur de recherche, je me suis trompée de prénom (Florence au lieu de Françoise) et ai obtenu quatre résultats qui n’étaient évidemment pas les bons. J’ai passé en revue chaque résultat avant de me rendre compte de mon erreur. J’ai remarqué au passage que Twitter est d’un sexisme éclatant.
Sur les quatre comptes, trois n’avaient jamais écrit de microbillet. Ils en portaient la mention avec cette précision « Quand il publiera des Tweets, ils apparaîtront ici. » « Il » ? Florence est manifestement un prénom féminin. Pourquoi pas un simple « il ou elle publiera » ? On se le demande !

Note. Si Twitter veut éviter les questions de genre pour s’extraire du débat sur la binarité, il est aussi possible d’utiliser la voix passive (« Quand des microbillets seront publiés, ils… ») ou encore de faire une référence directe au compte (« Si ce compte publie des microbillets, ils… »)

Note 2. Je vous accorde que l’expression « Grand homme » est genrée ; mais « Grande femme » n’aurait pas le même sens. Il n’y a pas toujours de solution qui n’est pas dommageable au sens produit. Mais vous avez des suggestions… Les commentaires sont ouverts !

Année @10

J’ai invité mes parents à découvrir l’exposition Toutânkhamon jeudi après-midi à la Grande Halle de la Villette (ici). Mon père a visité la première exposition de 1967 et j’avais envie de partager avec eux la découverte des quelques menus effets funéraires du pharaon de passage en France. Un billet sur cette visite est peut-être à attendre donc…
J’ai entendu ce matin une belle chronique sur cet évènement. Le podcast dure 3 minutes, je vous invite à l’écouter ici. Il déblaie d’abord le caractère exceptionnel de la beauté, du gigantisme, de la richesse, des 3500 ans entre la création de ces œuvres et nous aujourd’hui pour aborder deux angles qui m’ont donné le vertige et que je vous livre tels qu’exposés :
« On pourrait passer des heures à décrire la beauté extraordinaire, le raffinement inégalable de ces lits, de ces armes, de ces barques, de ces bijoux, de ces statues. Mais tout réside dans le fait que ces trésors que nous voyons ne devaient précisément être vus par personne. De face comme de dos, ils symbolisent une définition complète de la vie envoyée pour vaincre la mort. »
Je vous souhaite une bonne méditation !

Écrivaine @42

Le lundi 18 mars 2019, je suis allée au Salon du livre (pardon, à « Livre Paris »). C’était la matinée professionnelle. J’ai pensé que ce pourrait être l’occasion de rencontrer des éditeurs, notamment pour Kito Katoka, sans trop d’espoir tant j’avais le souvenir d’un Salon qui s’était transformé en vaste supermarché du livre (j’y étais allée en 2016). Au passage, je pensais tester la version logiciel du Robert, et rencontrer les Auteurs en colère qui lançaient le deuxième tome des États généraux du livre.
Première surprise : le Robert n’y était pas… Larousse non plus ; pas plus que de nombreux éditeurs ayant pignon sur rue. Je ne peux pas vous donner la liste des absents, mais j’ai très vite remarqué que le Hall 1 de la porte de Versailles avait des allées plus larges que d’ordinaire, et que de vastes espaces n’étaient pas occupés (cf. la photo ci-contre). En discutant avec deux dames sympas de la Sofia, société d’auteurs qui perçoit et redistribue le droit de prêt et de copie privée (merci !), j’ai eu confirmation que le prix des stands dissuade beaucoup d’exposants potentiels.
Hormis les « gros » de l’édition, je n’ai pas vu non plus beaucoup de « petits » éditeurs : parfois, une allée en alignait cinq ou six, deux mètres carrés chacun, mais je n’ai pas retrouvé ces allées entières qui les accueillaient autrefois (j’y étais avec Anne et Marine Rambach en… cela ne me rajeunit pas !) Ce Salon est donc un vaste espace de vente où l’on ne croise plus que des commerciaux. J’ai par exemple discuté avec deux gars sur le stand d’Antidote, mon correcteur préféré ; j’ai fait une suggestion.
— Oui, c’est une bonne idée. Écrivez sur le site.
J’ai de la peine pour les lecteurs qui paient leur entrée pour s’entendre dire cela. Je me demande d’ailleurs ce qu’ils peuvent trouver sur le Salon ? Des débats ? Oui. Des dédicaces ? Encore faut-il que les éditeurs y soient pour que les auteurs y soient aussi (et les librairies indépendantes organisent beaucoup de dédicaces). Des auteurs en colère ? Nous y étions, très sages, en fait. Des conseils pour commercialiser chez un Gafa son livre en autoédition ? En effet ; c’était d’ailleurs délicieux à entendre. Une large gamme de fruits secs ? Oui, je confirme ; sur deux stands. Et les mangues étaient délicieuses.
Une métaphore littéraire ? Si seulement…

Grand homme @26

Une nouvelle fois, une bibliothèque municipale m’a permis de découvrir avec bonheur un livre. J’ai un tel désir était posé sur un présentoir. La couverture m’a attiré l’œil. Elle affiche une photo de deux femmes se regardant amoureusement.
J’ai alors découvert l’histoire d’amour entre Nicole Groult et Marie Laurencin. Le livre décrit une histoire de femmes libres, artistes vivant parmi des artistes majeurs de leur époque. Au-delà de ces relations riches et fortes, leur histoire traverse deux guerres.
Lors de la Première Guerre mondiale, plusieurs de ces artistes s’engagent. Leur parcours militaire est évoqué via ce qu’en apprend Marie Laurencin exilée alors en Espagne, car mariée à un Allemand. Ce n’est pas Laurencin qui m’a le plus intéressée ou touchée. C’est la confrontation de ces hommes avec la vie des tranchées qui est particulièrement poignante. Guillaume Apollinaire, Fernand Léger, André Groult… La superposition de leur rapport à la guerre se dessine entre Groult jouant d’un humour décalé pour évoquer l’aménagement des tranchées et Apollinaire blessé par un tir à la tête pendant qu’il lisait Le Mercure de France. « Fernand Léger (…) pense qu’il n’y a pas plus cubiste qu’une guerre comme celle-là, elle divise plus ou moins proprement un bonhomme en plusieurs morceaux et l’envoie aux quatre points cardinaux. » D’autres propos de l’artiste sont particulièrement forts sur ce rapport du cubisme à la guerre. Je ne regarderai plus un tableau de Léger de la même façon.
Le tout donne un sentiment d’irréalité, d’absurdité, de gâchis. Ces sentiments trop habituels face à la guerre sont particulièrement émouvants dans le contraste avec ces amours et le dynamisme artistique. Il donne aussi l’impression que la guerre n’est jamais loin, tant elle est décalée avec le quotidien, donc pour une grande part imprévisible.
Une belle lecture. Merci les bibliothèques de la Ville de Paris.

Bigleuse @101

Le 7 mars dernier, l’Assemblée nationale examinait une proposition de loi visant à supprimer la prise en compte du conjoint dans le calcul de l’allocation adulte handicapé (AAH) (ici). Cette proposition de loi a été rejetée par la représentation nationale (). L’Humanité (mon premier lien) n’est pas le seul journal à pointer le fait que cela « prive de mariage » les personnes en situation de handicap ; je pourrais m’en amuser, indiquer qu’ils sont ainsi en pointe de la contestation de l’ordre bourgeois, hétérosexiste et raciste (lala) ; mais ce ne serait pas si drôle.
Contrairement à ce que d’aucuns dénoncent, les aides sociales et les minimas sociaux ont des règles d’attribution qui privilégient la rationalisation budgétaire au détriment des choix de vie des personnes. Bien avant l’heure, les aides au logement ont vu de nombreux colocataires être requalifiés arbitrairement en concubins en se faisant fi de leur sexe, instaurant une sorte de Pacs de fait là où la société s’arcboutait sur une définition archaïque du couple. Ce n’est qu’un exemple parmi d’autres.
Aujourd’hui, les minimas sociaux et aides au logement tiennent compte des revenus (et charges) de tous les « membres du foyer » (au-delà du mariage, donc) ; ainsi, RSA et AAH sont diminués ou supprimés (le mode de calcul est compliqué) si l’on vit avec une personne qui perçoit un revenu de son travail (ou de son capital). C’est juste, non ? Ne serait-il pas par exemple choquant que si je me mettais en ménage avec une riche héritière (ça existe ?), je touche encore mon AAH et mon APL ? Sans doute que oui… mais, pour le coup, je ne me suis jamais mise en ménage avec personne parce que si je fais ça, j’oblige l’autre à m’entretenir, et je perds toute liberté car je deviens dépendante économiquement de cette autre. Mine de rien, cela a eu une incidence majeure sur ma vie amoureuse.
— T’as qu’à bosser !
Caddie ! Je bosse mais tu sais bien que la littérature, ça eut payé !
— Traverse la rue et change de taff !
Caddie !

 

Credo @14

Après avoir été condamné à six mois d’emprisonnement avec sursis pour non-dénonciation d’atteintes sexuelles sur mineurs de quinze ans (ici), le cardinal Philippe Barbarin a entrepris de donner sa démission au pape François… Enfin pour respecter la chronologie des faits, il a d’abord décidé de faire appel puis de demander sa démission au pape. « Demander sa démission »  car manifestement dans l’Église, on ne donne pas sa démission, on la demande… On prie en somme.
Hier, mardi 19 mars, le pape a refusé cette démission… en invoquant le droit ! Car oui, point de leçons de morale dans cette décision, point de dogmes à gogo et d’appels à je ne sais quel texte ou quelle croyance. Non, la décision de justice étant suspendue par l’appel, le pape ne s’autorise pas à « démissionner » le triste sire. Don’t act. Puisque le pape renonce, après des siècles et des siècles, à faire appel à la morale, à ses croyances, à ses dogmes et à tous ses colifichets, alors proclamons-le : le pape est mort ! Proclamons-le et réjouissons nous !

M’sieur, M’dame @13

Samedi soir, 20 heures, je rentre de la super Marche du siècle (plus de cent mille personnes à Paris, pas un gramme de violence !) Je double deux hommes, la cinquantaine buveuse, à l’angle de la rue du Château et de la rue de l’Ouest.
— M’sieur, s’il vous plaît !
Je m’arrête, me retourne. Ils me dévisagent.
— Oh ! pardon, m’dame.
— Bonsoir mesdames.
Ils rigolent. Ils cherchent un bar, rue Maison Dieu. Je ne la situe pas exactement mais sais qu’elle est du côté de la rue Raymond Losserand, un peu plus haut. Je leur indique de prendre la rue du Château sans plus de détails, leur montrant juste la bonne direction. Celui des deux qui m’avait interpellée me montre son écran de portable (que je ne vois pas) et explique à son copain qu’il faut partir de l’autre côté.
Je sors Petit 6. Pendant ma recherche, j’explique que s’ils partent de l’autre côté, ils vont dans le 15e, via la place de Catalogne, fort jolie d’ailleurs avec sa planche à eau. Le gars insiste. Je leur montre mon écran. Il ne regarde pas, préférant le sien. Je montre à son copain en détaillant le chemin. Il acquiesce, indique à l’autre que j’ai l’air de bien savoir… Je m’en vais en leur souhaitant une bonne soirée. J’entends.
— Par là.
— Mais la dame a dit…
— Laisse tomber.
Je tourne la tête, il partent dans le mauvais sens. Bonne soirée de vadrouille, messieurs !

Fenêtres @20

Un matin, alors que Petit Scarabée était à la maison pour être hébergée par les Mouton entre deux cours de judo, nous découvrons une fuite d’eau. Je fais une demande d’intervention sur un site de dépannage, pendant que Cécyle épongeait et cherchait l’origine de la fuite. Elle assurera ensuite la supervision du travail des plombiers arrivés juste avant que je ne doive partir au travail.
Je mesure combien c’est un privilège et une chance de pouvoir un matin payer une intervention en urgence sans incidence financière majeure et d’avoir une amie pour s’occuper de son déroulement, permettant de rapidement gérer le problème.
Bon, quelques jours après j’ai découvert que le robinet tout juste changé fuyait encore. À suivre.