Bigleuse @98

J’ai été confrontée deux fois en une semaine à des soucis majeurs d’accessibilité sur des produits numériques, soucis qui ont des implications politiques et économiques non négligeables.
Le premier concerne un livre numérique que j’ai voulu acheter en ligne sur le site d’une librairie situé dans l’Hexagone avec l’idée d’arrêter d’engrosser les Gafa. J’ai acheté le livre et ai tenté de le lire. « Tenté » ? Ladite librairie oblige à se servir de sa propre appli que je n’ai pas réussi à utiliser : accès aux menus particulièrement difficile ; obligation de reparamétrer à chaque ouverture de l’appli ; pages qui se tournent à l’endroit, à l’envers, en général par deux…
J’ai contacté le service client qui a été assez réactif, pour me confirmer que l’appli fonctionnait parfaitement et que le fichier n’était pas endommagé. Sans doute, mais chez moi, ça ne fonctionnait pas. J’ai demandé le remboursement, conditions générales de ventes à l’appui. J’ai dû hausser le ton (j’ai bien senti que c’était ma compétence de lectrice bigleuse qui était en cause) mais ai obtenu le remboursement, par « geste commercial », les CGV ne s’appliquant pas au livre numérique. Et pourquoi ? Parce que je peux le lire en une nuit ou commencer sa lecture et ne plus en vouloir ? Je suppose. C’est pareil avec un livre papier, ce me semble ; et les iBook, tout numériques qu’ils sont, permettent d’espionner le lecteur et de voir que les pages se tournent deux par deux dans le mauvais sens. Non ? Quoi qu’il en soit, j’ai dû acheter le livre via l’Apple store pour pouvoir le lire.
Le second souci concerne un logiciel qui héberge un dictionnaire également hexagonal. Renseignement pris (plusieurs mails étalés sur une bonne quinzaine de jours, super réactivité !), on peut grossir ses notices mais pas ses menus. J’ai demandé à pouvoir le tester 24 heures. Impossible me dit le service commercial : la version Mac est vendue via l’Apple store. Mais pourquoi ? Juste pour faire un cadeau aux Gafa ? C’est bien la première fois que je dois passer par là pour acheter un logiciel.
Au final, dans les deux cas, je suis confrontée à des produits numériques qui ne devraient pas poser de problèmes d’accessibilité visuelle considérant que le numérique autorise des paramètres d’accessibilité jamais égalés. Il s’agit juste que les programmeurs et leurs commanditaires y pensent. Je remarque également qu’alors que je souhaitais privilégier des achats locaux, ces deux entreprises m’obligent à consommer Gafa, faute d’accessibilité pour la première, par stratégie commerciale pour la seconde. De là à conclure que ces deux entreprises locales font le lit de la mondialisation qui les étouffe, il n’y a qu’un pas… que je franchis volontiers.
Voilà une preuve supplémentaire que les éditeurs et libraires français ne me touchent plus du tout dans leur rengaine à pleurer misère. Je le vis en tant qu’autrice, et en tant que lectrice. Ça fait beaucoup !

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