Vérité syndicale @25

Un article de Libération s’intitule « Et maintenant… l’entretien d’embauche à l’aveugle ». Il s’agit de l’organisation d’entretiens de recrutement se déroulant dans le noir. Les candidats et les recruteurs ne se voient pas, des aveugles les conduisent à des chaises dans une pièce sans lumière. Des candidats y voient des aspects positifs « D’habitude, quand je dis que je suis en rémission, les gens lèvent les yeux en l’air. Là, je ne vois pas leur réaction, j’ose davantage en parler » ou « Dans le noir, il n’y a pas d’âge. Et moins de stress car on ne voit pas la grimace de l’autre en face quand je dis que j’ai 56 ans, dit-il. Cet âge est difficile à dire. Il est un frein à l’emploi. »
La collectivité territoriale organisatrice vante le « vivre une relation différente à l’autre » et le quotidien parle de « recrutement atypique ». Un syndicaliste s’insurge « On n’est pas obligé d’enfoncer les gens. (…) C’est déshumanisant. Les chômeurs ne sont pas prêts à faire n’importe quoi à ce point-là. Qu’est-ce qu’il reste aux plus précaires ? La dignité. Il ne faut pas la perdre. »
La première lecture de l’article m’a révulsée, trouvant cela effectivement indigne. Mettre des personnes cherchant depuis des années un emploi dans des situations pareilles est lamentable. Cela revient à prétendre donner un nouveau moyen de présenter sa candidature lorsqu’il s’agit essentiellement de ne pas voir ceux qui sont aux abois, qui sont prêts à accepter une expérience totalement nouvelle… pour des postes d’hôtesse de caisse ou de chef d’équipe d’agents de ménage.
Une des recruteuses le dit « Avec la lumière, ça aurait débouché sur la même chose, conclut-elle. ». Sans expériences, sans moyens de locomotion ou sans compétences particulières, le physique ne joue pas tant que ça. Sans compter tout ce que dit la voix, le vocabulaire, le phrasé… Au final, seuls des stages sont proposés.
Reste ce que disent ceux qui ont déjà essuyé maints refus : la réaction ou la grimace de l’autre en face sont tellement habituelles que se libérer de ce jugement leur offre la possibilité de moins de stress ou de moins d’autocensure. Et c’est sans doute ce qui me choque le plus : comment peut-on oser lever les yeux en l’air quand quelqu’un leur dit être prêt à travailler après avoir vécu une longue maladie ? comment peut-on oser faire la grimace parce que quelqu’un cherche un travail à quelques années de la retraite ? C’est pour moi là qu’est l’indignité profonde, d’organiser des mascarades de recrutement pour ne pas montrer ces réactions n’est qu’une manière de camoufler le camouflet. De la tartuferie de recruteur.

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