Résistance @15

Je regardais sur TF1 dimanche 6 janvier 2019 en début d’après-midi un documentaire éculé sur les écoles de la Légion d’honneur qui accueille les filles, petites-filles et arrière-petites-filles de médaillés. Si vous n’avez jamais vu de documentaire sur le sujet, allez voir ; ça vaut son pesant de vieille France et d’éducation finalement moins réactionnaire qu’on pourrait le craindre. Je remarque néanmoins au passage cette remarque de la dame en charge de l’éducation quotidienne : « On doit leur donner les rudiments d’un savoir-vivre évident. »
Je m’interroge encore ce que serait un « savoir-vivre non évident ». Le suspens est entier.
Ce même dimanche, toujours sur TF1 (oui, je passe mes débuts d’après-midi de dimanche devant les documentaires de TF1, ma dose hebdomadaire de commentaires réducteurs et stéréotypés, si j’exclus Twitter, bien sûr), un autre documentaire suivait des inventeurs, dont un adepte du concours Lépine. Il évoque son parcours avec cette phrase : « Je fais beaucoup de sacrifices pour ça. »
C’est une phrase que l’on entend beaucoup de la part de celles et ceux et hen qui sont engagés avec passion dans une activité qui les sort de la vie sociale ordinaire, ou leurs proches. Une jeune élève de sixième au collège de la Légion d’honneur exprimait à peu près la même chose, disant supporter les contraintes de l’internat et la rigueur du règlement parce que c’était la rançon d’un bel avenir. Elle n’a pas parlé de sacrifices, mais l’idée y était surtout quand elle a évoqué ce qu’elle ne pouvait faire contrairement à ses copines de « l’école normale ».
Cette idée me ramène toujours à la devise de la Cocotte enchantée, « Peut-on choisir sans renoncer ? » J’aime la passion, sous toutes ses formes, et je ne considère pas mes choix anti-socialisation-ordinaire comme des sacrifices ; au contraire ! Être capable de faire toutes ces choses qui me passionnent sans céder à la norme sociale m’est une telle fierté ! En être capable, « sans en souffrir » devrais-je préciser. Et c’est sans doute là que le bât blesse pour l’inventeur et cette jeune fille voire parfois pour moi : sentir que les autres et le monde, loin de soutenir nos choix, cherchent en permanence à nous ramener dans le giron du conformisme.
Résister. Parfois, c’est usant, j’en conviens. Mais quand on y a goûté, comment s’en départir ? Je l’ignore.

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