Vérité syndicale @24

Je n’ai jamais été une grande défenseuse de la démocratie directe, sans doute parce que j’ai été formée au droit constitutionnel par un proche des rédacteurs de la constitution de 1958 et que je n’ai jamais souhaité m’en affranchir. Notre démocratie représentative fonctionne mal, c’est une évidence. Mais qui dit crise de la représentation n’amène pas forcément à revendiquer plus de participation citoyenne directe ; plus à réfléchir à cette quête de la « représentativité » qui a finalement mis à mal la « représentation ».
Se sentir représenté n’est pas revendiquer que le représentant nous ressemble, porte notre identité ; c’est une notion plus abstraite qui implique la capacité de chacun à déléguer une partie de son pouvoir citoyen à d’autres citoyens reconnus comme capables de mener l’action publique sur la base d’un projet politique (la profession de foi envoyée à chaque électeur). Il est donc question de confiance, de respect, de reconnaissance mutuelle… et d’intérêt général.
Aujourd’hui, celui-ci semble se résumer à une somme d’intérêts particuliers et le mouvement des gilets jaunes en est la parfaite expression. L’émergence de la revendication d’un referendum d’initiative citoyenne au sein d’une liste d’autres revendications qui n’ont rien de révolutionnaire (au sens où l’objectif n’est pas de changer d’organisation économique, politique et sociale mais de réaménager le système existant) illustre parfaitement cette question, ce referendum incluant jusqu’à la « destitution » d’un élu qui aurait failli dans l’exécution d’un mandat qui, pour le coup, devient impératif.
Cela me choque. Et cela me fait peur. Peur du vote du peuple ? Peur d’un virage totalitaire d’une démocratie directe de ronds-points, plutôt car, jusqu’à preuve du contraire, j’en fais partie du peuple et ces personnes qui se revendiquent de moi-peuple sur les ronds-points de France ne font qu’usurper ma part de peuple. Nous sommes le peuple les uns autant que les autres. Les 1 962 310 pétitionnaires (le 4 janvier à 20 h 03) de l’Affaire du siècle sont aussi le peuple. Et le « traditionnel Top 50 réalisé par l’Ifop », un institut de sondages, qui désigne dix hommes en tête des « personnalités préférées des Français », c’est aussi le peuple ? Et les « internautes de La1ere.fr » qui désignent Miss France devant Maryse Condé « personnalité de l’année 2018 Outre-mer », c’est aussi le peuple ?
Oui, et même si je suis profondément triste pour Maryse Condé qui méritait mieux de la part du peuple caraïbe, nous sommes tous le peuple. La démocratie a pour fonction de nous permettre de vivre ensemble sans trop nous entretuer, par-delà nos différences. Nos institutions ont vocation à organiser la prise de décision. La démocratie directe donne le pouvoir à celles et ceux et hen qui ont du temps et du bagout ; j’ai du temps et du bagout ; je n’ai pourtant pas envie de les dépenser à donner mon avis sur tout ; je n’ai pas d’avis sur tout ; je souhaite pouvoir participer à la désignation d’élus sur la base d’un projet politique et leur faire confiance le temps de leur mandat.
Faire confiance.
Et si c’était en soi un projet révolutionnaire ?

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