Exposer @15

Je suis dans une grande papeterie où une employée d’une trentaine d’années parle, assez fort, à un collègue plus jeune. Elle pontifie sur les musées qu’elle aime et évoque une exposition. L’artiste, dit-elle, « s’inscrit dans une époque écologique », ajoutant en riant d’elle-même (un peu de lucidité ne nuit pas) « Je dis ça comme si cela ne nous concernait pas. Ça va sans doute nous concerner bientôt. »
Elle continue sur le travail de l’artiste, évoquant une œuvre pour laquelle des arbres déracinés pour être replantés en cercle. Elle complète, se rendant compte que cela peut sembler critiquable : « Il détourne la nature pour faire de la nature. Il ne détruit pas la nature, il la réassemble. »
La conversation a continué. Je n’ai pas su de quel artiste et de ses travaux il était question. En tous les cas, ni moi ni le jeune collègue n’avons été convaincus. Tout de même, sans doute sans s’en rendre compte, cette jeune femme a pointé que l’écologie est souvent le ré-assemblement de la nature, par défaut, car le plus souvent il n’est pas possible de ne pas intervenir pour protéger, mais aussi par choix, pour créer « une » nature (et non pas « la » nature) qui nous arrange, dans une démarche toujours anthopocentrée. « Faire de la nature » est l’acmé de la vision cartésienne du « Nous rendre comme maîtres et possesseurs de la nature. » Est-ce encore de la nature ? telle est la question.
Je vous laisse y réfléchir avec, tout de même une petite pensée pour ce jeune homme qui doit supporter plusieurs heures par jour ces discours. Compatissons.

Envoyer un commentaire

 

 

 

Vous pouvez utiliser ces balises HTML

<a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>