Écrivaine @39

Le 12 novembre dernier, je trouve un avis de recommandé dans ma boîte. J’étais là. Le facteur n’a pas sonné. Je râle. Je n’aime pas les recommandés, surtout quand je dois attendre vingt-quatre heures pour en connaître le contenu. Le mardi, je vais à La Poste sur la route du judo. C’est un courrier des éditons du Phare blanc. Bigre. J’ouvre sur place. La lettre m’annonce que cet éditeur, qui a racheté les éditions Gaies et lesbiennes et La Cerisaie il y a quelques années, cesse ses activités.
Je ne m’y attendais pas. Je compte : six romans et deux nouvelles ; pas loin de la moitié de mes livres en vente ! Ça va faire un blanc. Et dans le lot, Mathilde… Chère Mathilde ! C’est étrange mais cela faisait déjà deux semaines que j’étais partie à écrire Plus tard (titre provisoire), un récit érotique qui dit le désir quinze ans après ce texte qui a marqué mon écriture. Synchronicité. Et mon Roman d’amour, enfin, massacré par une couverture et un prix qui ne dit rien de la nature du texte et trompe le lecteur. Quatre roses, avec chacun son histoire, son émotion propre… Le souvenir aussi de mes échanges avec Marine et Anne Rambach dont je regrette toujours la disparition de la scène littéraire.
Mon cours de judo m’emporte. J’oublie l’affaire. Je dîne avec Isabelle. On en parle un peu, on échafaude des hypothèses sur la suite. Quelle suite ? Je rentre. Ma nuit se déroule sans mauvais rêves. L’aurore. Je vais courir. Gym. Douche. Et coup de bambou. Tout s’effondre. Ma vie. Mon œuvre. Ce n’est pas tant ce que ces six romans et deux nouvelles se vendaient ces dernières années ni que j’en récoltais un réel revenu. C’est… c’est… Je ne sais pas dire. Je suis triste, démunie. Ils sont si loin mes rêves d’apporter de l’imaginaire lesbien dans la culture hétérosexiste.
Des larmes. Un café. Un petit-déjeuner. Et je reviens à mon clavier. J’écris. Il n’y a plus que cela à faire.

« Je pourrais réserver un billet de train. La référence ne me va pas. Je veux d’un plaisir autre que celui de la bagatelle, de la chair plus que du sexe, un baiser, celui de ce matin, pas un autre, un baiser qui étreint, avec de l’amour aussi. De l’amour ! Et puis quoi encore ? De la reconnaissance. Un baiser qui reconnaît mais sans attache. De l’amour sans attache ? Il va falloir que je change de texte. Le baiser dérape. Je me roule sur moi-même, la bouillotte entre les cuisses, le coin de la couette dans la main. Je ferme les yeux. Je me pelotonne sur moi-même. Où es-tu ?
« — Viens. »

Écrire. Et aimer, pour ne plus avoir peur.

4 commentaires pour Écrivaine @39

  • Emmanuel

    Écris, petite soeur. Écris !

  • Vincent

    <3

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