Archives mensuelles : décembre 2018

Adieux @36

– C’est la nouveeeeeeeelle annéééée !
– Euh, Petit Mouton, c’est demain.
– *Aaaaaaaa*h ! ou*iiiiii*, on est en av*aaaaaaaa*nce.
– B*ooooo*n, alors fait quo*iiiiiiiiiii* aujourd’hu*iiiiiiiiiii* ?
– Ben, comme d’hab’ on s’fait un fooooot et on va pioncer pour être en forme. Faut juste espérer qu’y aura pas trop d’boucan d’ceux qui font la fête en croyant qu’c’a intéresse tout l’monde.
– Alors que c’est juuuuuuuuuste diiiiiiiiire adieu à l’annééééée et bonjour à ceeeeeeelle de demaiiiiiin ?
– Yep ! adieu les trucs pas cools des derniers mois, en gardant les bons souvenirs et en s’disant que les prochains mois vont être cools.
– Beeeeeeen, on devrait fêêêêêêêêêter la fin de touuuuuuus les jours pour diiiiiire adiiiiiieux pluuuuuus souvent aux truuuuuucs pas coooooools !
– M’ouais, mais c’serait fatiguant.
– Ben, autant al*ooooo*rs faire pareil sans la f*êêêêêêê*te tous les jo*uuuuuuuu*rs. Un f*ooooooo*t et on oublie tout le p*aaaaaaa*s c*oooooooo*l.
– Exact copain. On fait comme d’hab’, un bon dodo et ça ira mieux pour demain.
– B*ooooooo*nne nu*iiiiiiiii*t de bonne ann*ééééééééééé*e !

Va chez l’gynéco @35

L’approche du 31 décembre sonne l’heure des bilans. Forcément. Que vais-je retenir de cette année 2018 ? Un événement majeur me vient sitôt, un qui finalement me permet de dire que ma vision de la vie s’est affinée dans un sens qui me va bien. L’histoire est un peu longue, je fais court.
Trois mois après la mort de mon ami Daniel d’un choc septique lié à un cancer avancé du côlon, début janvier donc, je fais le test de dépistage dudit cancer, test toujours aussi délicat pour moi (ici), sereine quant au résultat ; je n’ai pas bu une goutte d’alcool depuis quinze ans, ai arrêté de fumer il y a quatorze ans, fait six à sept heures de sport par semaine, mange peu de viande et cuisine beaucoup en mode méditerranéen… Bingo ! Test positif. Je passe les détails de l’annonce, de la peur de mourir, de mon aversion pour les coloscopies, mon anus étant la seule voie de passage que je n’autorise à personne ; je n’ai pas eu le choix.
Coloscopie. Deux heures trente d’intervention pour un foutu polype tout plat qui ne voulait pas bouger de là. Il n’est pas si gros, bénin, mais coriace me mettant à deux coups de bistouri près d’une intervention plus invasive. Une anesthésie compliquée et douloureuse. Trois agrafes. Une nuit d’hôpital. Contrôle dans six mois. Coloscopie. Un autre polype, tout aussi bénin, pas coriace. Tout va bien. Contrôle dans deux ans. Ouf ! J’ai eu mal. J’ai eu peur. J’ai été autant bien que malmenée. Une seule chose pourtant retient mon attention : je suis sauve, grâce au test systématique et à l’efficacité des équipes de l’hôpital Saint-Joseph et de ma médecin traitante. Merci.
Oui, c’est ça que je retiens : que je suis vivante ; que c’est précieux de l’être ; que je ne suis à l’abri de rien ; que je veux vivre encore, longtemps ! Je retiens également l’amour de Isabelle, Sarah, Frédéric, Johnny, Danielle et Chloé ; puis de mes judokas et des amis à qui j’en ai parlé après avoir été rassurée (à demi) par la première coloscopie. Je n’oublie pas les Mouton, Caddie, la bande, mes Tours… Je suis vivante. Voilà ce que me dit 2018. À l’écrire, je mesure un peu plus le caractère incroyable d’un tel bilan. Vivante. Et aimée. Particulièrement aimée.
Si là n’est pas le bonheur, où est-il ? Le bonheur.

Résistance @14

Vous vous souvenez de ma-Jeanne ?
Sylvie Lekin, conseillère du 14e arrondissement en charge de la voirie, des déplacements et de la propreté s’en souvient autant que moi, et notamment de ses soucis de déplacement dans l’arrondissement. Monter et descendre les marches du métro lui étaient impossibles. Parcourir cinq cents mètres également. Sans carte d’invalidité à plus de 80 %, elle ne pouvait bénéficier de la PAM. Avec une retraite à mille euros, elle ne pouvait se payer un taxi. Jusqu’à ce qu’il plie sa voiture, Nono la dépannait quand elle devait aller à la mairie, au bureau d’aide sociale, ou faire des courses un peu plus loin que l’Atac.
Jeanine est morte. Mais il y a plein de Jeanine dans l’arrondissement, de ces personnes qui finalement ne réclament rien et créent leur propre réseau de solidarité faute de trouver dans le service public ce dont ils ont besoin. Ou elles s’en passent, négligeant les démarches administratives ou les soins jusqu’à y perdre l’essentiel. Ce n’est pas Cosette, c’est la vie, aussi à Paris, ville riche et plus accessible que d’autres.
Je connais bien Sylvie Lekin. Elle connaît beaucoup de Jeanine et celles qu’elle ne connaît pas, elle les entend quand même. C’est une élue dévouée, particulièrement proche des citoyens du 14e arrondissement, le genre qui crie un peu, dérange beaucoup, bosse énormément, aime les gens par-dessus tout. Alors elle a secoué le cocotier pour que la ligne de bus 59 emmène (entre autres) les habitants des quartiers sud (et populaires) de l’arrondissement à la mairie, au CCAS et jusque place d’Italie ou l’hôpital Percy (ou même Saint-Jo pour ceux qui ne peuvent prendre la 13), trajets impossibles à faire autrement qu’avec un changement de métro ou des bus un peu trop loin.
Mais voilà, il y a des personnes qui ont peur que les loups entrent dans leur rue. Pensez ! elle héberge déjà le CCAS, leur rue ! Faudrait pas que les manants puissent y accéder. Alors ils ont secoué leur cocotier, celui de cette droite réactionnaire et antisociale qui gouverne la région Île-de-France, arguant que la rue est étroite quand c’est leur vision du monde qui est bouchée. J’exagère ? C’est bien un argument « technique » qui est en cause. Voilà ce que l’un d’eux écrit sur un réseau social local :

« Modifier un itinéraire de bus avec plusieurs passages par jour pour qu’une Jeanine puisse se rendre au service social une ou deux fois par an …. Savez-vous qu’il existe un service d’aide à la mobilité pour les personnes en situation de handicap ? » [avec ce lien]

Je m’abstiens de tout commentaire.
Une pétition circule pour soutenir le tracé initial de la ligne 59 (ici).
Merci Sylvie. On va continuer à se battre.

Noël @40

Vous me reconnaissez ? C’est la Cocotte !
Oui, je suis à nouveau sortie de mon couvent, pour répandre la bonne parole. En ce jour, qu’y a-t-il de plus essentiel ? J’ai choisi un passage crucial des Évangiles selon saint Mathieu, la « Généalogie de Petit Mouton, fils de Mouton » (Mt 1, 18-25).

« Voici comment fut engendré Petit Mouton :
« Brerie, sa mère, avait été accordée en mariage à Belseph ;
« avant qu’ils aient pâturé ensemble,
« elle fut gestante
« par l’action de l’Étoile bergère.
« Belseph, son époux,
« qui était un homme juste,
« et ne voulait pas la dénoncer publiquement,
« décida de la renvoyer en secret.
« Comme il avait formé ce projet,
« voici que l’ange de l’amour
« lui apparut en songe et lui dit :
« Belseph, fils de Belzébuuuuth,
« ne crains pas de prendre dans le pré Brerie, ton épouse,
« puisque celui qui est engendré en elle
« vient de l’Étoile bergère ;
« elle enfantera un ovis aries,
« et tu lui donneras le nom de Petit Mouton
« (c’est-à-dire : L’Amour-sauve),
« car c’est lui qui guidera la bande dans le fooooot. » (…)

En ce jour, je vous invite donc, chers Hétéronautes, à reprendre en chœur le verdict de Mathieu.

« – Acclamons l’amour de Petit Mouton ! [Et mangeons du chocolat, note apocryphe de Cocotte.] »

Aïe ! @27

Je suis à une terrasse de restaurant le long du port de Sète. Deux femmes sont à la table d’à côté, plus avancées dans leur repas que moi. Il n’y a pas grand monde encore à table et personne à proximité. Leurs desserts arrivent quand mon plat est en cours. Avec leurs cafés, elles aimeraient fumer. L’une d’elles me demande si cela ne me gêne pas. Je réponds non, estimant que là où nous sommes, la fumée ne m’atteindra pas. Elles parlent du vent qu’il y a et qui ne devrait pas me gêner et que sinon, elles éteindront leur cigarette.
Elles fument, je ne sens rien, car elles font bien attention et la fumée part de l’autre côté. Elles continuent à parler. La discussion porte sur une maison puis sur des voyages. L’une parle de l’hygiène des sanitaires. Je me sens de moins en moins à l’aise. Heureusement, l’autre l’interrompt, car c’est aussi le cas pour elle. La conversation change aussitôt.
Il n’y a pas à dire, leur discussion m’a bien plus gênée que n’importe quelle odeur de tabac. Il est connu que l’ouïe est un sens particulier, proche en cela de l’odorat, en ce qu’il est bien difficile de pouvoir choisir ce que l’on entend comme ce que l’on sent. Il est juste possible de penser à autre chose pour ne pas tout entendre, juste des mots qui surgissent. J’étais à la limite du dégoût en imaginant de quoi il était question. Au moins, j’ai pu terminer mon repas sans avoir à intervenir dans leurs échanges.
Ces deux femmes étaient sympathiques et attentionnées, mais l’une d’elles n’a pas pensé un moment que le sujet pouvait être désagréable pour son interlocutrice et, a fortiori, pour quelqu’un d’autre autour. C’est de plus en plus souvent le cas avec le portable où les personnes sont dans leur bulle, donc encore moins attentives à ce qu’elles peuvent imposer aux autres. Et cela ne va pas s’améliorer.
J’ai une pensée particulière pour tous ceux qui devront se voir imposer les discussions de repas du moment de leurs parents homophobes, les beaux-frères sexistes ou leurs cousins racistes, sans compter les belles-mères harpies. Joyeux Noël !

Écrivaine @41

L’autre vendredi, mon nouveau kiné, avec qui je m’entends de mieux en mieux, a été surpris que je glisse dans une conversation que je pleure souvent. Je lui ai demandé pourquoi il était surpris.
— Vous avez l’air de quelqu’un de solide et équilibrée.
Cela serait-il exclusif du fait de pleurer ? Je lui ai expliqué que j’ai compris un jour (assez tardivement à l’aune de ma vie) que l’émotion n’était pas une faiblesse mais une force. De mémoire, ça date de l’époque où je me suis réconciliée avec la partie sensible de mon handicap visuel. Comment pouvais-je en effet faire comme si celui-ci ne m’était pas une blessure, une souffrance, même s’il me donne une grande partie de ma force ?
Je pleure donc dès que je suis impuissante, apeurée ou blessée. Je ne pleure pas à grandes larmes (ou rarement) ; non, je laisse les larmes coulées comme pour donner à l’impuissance, à la peur ou à la souffrance un flot par lequel elle va pouvoir quitter dignement mon esprit et mon corps ; comme ce soir… Je rentre de chez Isabelle où nous avons mis à l’abri les trois cent quarante livres sauvés du pilon ; j’ai pris deux saucées verglacées ; il fait 17,4° chez moi.
J’ai enfilé un pantalon sec, mis du chauffage, fait chauffé un reste d’infusion, sorti du congélateur une soupe aux pois cassés et des galettes de tofu (maison, bien sûr) ; je suis en sécurité, au sec, au chaud ; les larmes à peine retenues chez Isabelle coulent en douceur. Six romans réduits à trois cartons. C’est dur. Ce billet que j’avais prévu de faire sur la remarque de mon kiné prend ici tout son sens.
Je suis solide et équilibrée. Je peux pleurer. Ce billet et la nuit emporteront mes larmes.

Changement @21

1 384 662 signataires à la pétition de soutien à l’action judiciaire contre le gouvernement lancée par les associations Notre Affaire à Tous, La Fondation pour la Nature et l’Homme, Greenpeace France et Oxfam France. Il est encore possible de signer ici.
1 384 662 signataires, c’est à peu près cent fois moins de couverture médiatique que pour les actions des Gilets Jaunes, pourtant dix fois moins nombreux au plus fort de leur action. Le succès de ce soutien n’en est que plus fort !
Ah ! oui, j’allais oublier : 1 384 662 signataires… et aucune infox relayée massivement.

 

 

 

Différence @6

Quand je suis arrivée à la manifestation pour le climat le 8 décembre dernier (ici), j’ai été accueillie comme tous les autres manifestants dès la sortie du métro par des volontaires souriants et détendus. Chacun distribuait un petit papier, assorti d’un « Bonjour ! » suivi de « Ce sont les consignes de sécurité. » J’ai remercié, souriant à mon tour.
Le papier était écrit petit. Je n’ai pas demandé qu’on me le lise mais je suis sûre que si je l’avais fait, la femme qui me l’a donné m’aurait aidée. Je connais ces consignes, que j’ai apprises sur le plateau du Larzac en 1980. Ce n’est pas si étrange de les retrouver là… Un peu, tout de même !
Je manifeste depuis 1969 (j’ai commencé très jeune) et c’est la première fois que les organisateurs d’une manifestation me distribuent de telles consignes. Cela fait-il partie de la révolution écologique que j’appelle de mes vœux et de mes engagements ? En plein ! Je dirais même qu’elle ne peut se faire hors la résistance non violente. Cette distribution me réjouit d’autant ; elle est le signe que mon combat entre dans le possible.
Merci Alternatiba Paris et Il est encore temps pour ce joli cadeau !

 

À table ! @50

Afin de diversifier mon alimentation et plus cuisiner sans produits laitiers animaux, j’ai suivi deux recettes de Cécyle. Elle avait testé la première avant de me donner les proportions et même des ingrédients. Je sais, je suis gâtée.
Me voilà donc lancée dans la confection de desserts au tofu soyeux, avec du jus de citron pour les uns, du chocolat pour les autres. C’était facile et rapide et… délicieux. D’après mes sources, il n’y a pas que moi à m’être régalée.

Pour continuer, j’ai cherché les produits et mes achats m’ont permis des découvertes, dont l’une que vous avez déjà pu apprécier. Merci encore Cécyle !