À table ! @49

La publication de mon précédent billet sur Twitter par Cécyle a suscité un débat. En effet, le restaurant que je visais est bien végétarien, voire propose des plats végétaliens. J’avais pris des photos de la carte, que je n’ai pas gardées. J’avais regardé les plats et ai vu « porc » et « bœuf ».
J’ai appris à l’occasion de ce débat que « porc » n’est pas du porc. La présentation entre guillemets indique que ce n’est pas de la viande, mais un plat de tofu ou de blé ayant la texture de la viande. Cela indique donc un ersatz de viande. En cherchant sur le Net, j’ai trouvé quelques informations sur cette façon de mentionner des plats, ce n’est pas une évidence. En tous les cas, mea culpa pour cette adresse.
Reste une interrogation, qui suscite également des débats : pourquoi manger du « porc » végétarien ? Personnellement, je mange encore de la viande, de moins en moins, et je cherche à modifier encore mon alimentation. C’est un choix en écho à la souffrance animale et à l’idée de manger un être vivant, même si manger du poisson ou des fruits de mer ne me pose pas le même problème. Cela renvoie à une réflexion sur la conscience animale et sans doute la proximité de certains animaux à l’humain, le partage de la condition de mammifères pour le dire rapidement.
Au-delà du besoin de repères ou de la réappropriation de noms de plats par quelqu’un ne souhaitant pas manger de la chair animale, je m’interroge sur la symbolique. Manger du steak végétal est souvent discuté car le steak renvoie à la viande, c’est même une désignation d’une matière ou d’une forme. Se réapproprier du vocabulaire pour en contester l’hégémonie est une forme de contestation politique. Manger du « porc » constitué de tofu est une démarche qui va plus loin. Le nom même de l’animal est utilisé donc symboliquement, c’est l’animal qui est mangé. Je pense que c’est ce qui m’a amenée à considérer d’emblée que le restaurant n’était pas végétarien. Certes, le végétarisme n’est pas un simple mode d’alimentation sans viande, Cécyle est mieux placée que moi pour présenter cette nuance.
Manger de l’animal sans vraiment en manger. C’est une démarche très courante de l’industrie agroalimentaire que de faire passer des vessies (de porc) pour des lanternes, comme le faux miel, les arômes artificiels pour faire croire à l’utilisation de fruits sans en mettre aucun, etc. La confusion, même si elle est ici explicitée pour ceux qui, à la différence de moi, ont les codes ou vont au-delà du seul vocabulaire, est une démarche similaire, simplement ouverte. Je trouve dommage qu’un mode de consommation qui, pour moi, se démarque de la pure société de consommation industrielle l’utilise. Que diraient des végétariens auxquels on vendrait des « carottes » avec de la chair animale ?

1 commentaire pour À table ! @49

  • Isabelle

    Cécyle m’indique avoir découvert, grâce à ce billet et surtout, soyons juste, grâce à Antidote, une locution qui tombe à pic (aïe) : la lanterne d’Aristote est l’organe masticateur des oursins (et leurs fameux piquants, aïe !) Des vessies de porc aux lanternes d’oursins, végétarien ou pas, on ne sort pas du grand processus de la digestion. Petit Mouton adore cette référence au pipiiiii. Il sait combien l’étiquette est essentielle.

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