À table ! @46

Les informations nutritionnelles grand public me paraissent toujours un peu confuses, voire contre-productives, même au Magazine de la santé, mon émission télé préférée. Il y a quelques jours, par exemple, il était question d’apport nutritionnel et de couleur des aliments. Quand je cuisine, je fais attention d’avoir dans mon assiette du rouge, du vert, du blanc et du noir. Cela fonctionne bien pour une assiette équilibrée ; vous pouvez toujours remonter les billets de La Cocotte pour voir ce que cela donne (ici).
Ce jour-là, donc, l’animateur brandit une orange (je cite de mémoire, retenez le ton et l’idée).
— Cette orange ! Regardez comme elle est d’un bel orange ! Elle symbolise la santé, la bonne forme par un apport considérable en vitamine C. Pourtant, le persil [il brandit dans l’autre main une magnifique botte de persil] contient beaucoup plus de vitamine C que cette orange.
Chacun s’en émeut sur le plateau. Il a réussi son coup. Quelqu’un lui demande alors s’il faut consommer des jus de persil. Il est un peu pris de court mais semble dire qu’il vaut mieux manger du persil qu’une orange. On passe à une autre couleur d’aliment. Le blanc navet ? Je ne m’en souviens pas mais il contient également plus de vitamine C que l’orange, si j’en crois cet article. Je n’aurais d’ailleurs pas parié sur le navet ; par contre, sur le persil, oui. Pour 100 g, il contient 170 mg de vitamine C contre 60 mg pour l’orange.
L’orange que j’ai mangée ce matin, épluchée, pesait 110 grammes (155 g entière). J’ai payé ce filet 1,80 euro le kilo, sept oranges dedans, soit 26 centimes (arrondi) pour 66 mg de vitamine C. Celle-ci se conserve par ailleurs plusieurs jours sans s’altérer. Pour rédiger ce billet, j’ai acheté une botte de persil à 1,10 euro. Elle pèse 120 g, 65 g une fois le persil équeuté. Si mes calculs sont bons, pour avoir les 66 mg de vitamine C de mon orange, il me faut 40 g de persil, soit les deux tiers de ma botte ; 73 centimes, trois fois le prix de mon orange.
J’illustre ce billet par 40 g de persil. Il faut arriver à les caser dans une journée, sans les faire cuire, de préférence. Je note enfin que si j’avais pris une orange un peu plus grosse, j’aurais les 75 mg de vitamine C qui semblent l’apport minimal pour une femme, atteignant facilement les 110 mg recommandés avec un autre fruit dans la journée, une crudité et des légumes cuits.
Et pourquoi ai-je fait tant de calcul pour ce billet ? Parce que je trouve assez contre-productif de suggérer le persil miracle sans prendre en considération son mode de consommation et son prix. Cette manière de faire est très symptomatique des messages santé qui font l’économie de la prise en considération de l’alimentation dans sa globalité tant un équilibre alimentaire, cela se construit au minimum sur une journée, au mieux sur une semaine. J’imagine enfin la tête du non-consommateur de fruits et légumes devant sa botte de persil. Pensera-t-il au moins à en mettre un peu sur son plat cuisiné trop gras trop salé trop sucré sorti du micro-onde ? Les paris sont ouverts !

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