Biodiversité @15

J’ai eu la mauvaise surprise de croiser un cafard dans ma cuisine. Après une course poursuite épique, j’ai réussi à l’occire dans la passoire qui attendait son tour de vaisselle. Quelques jours plus tard, Danielle est passée donner à manger à Patton et a remarqué qu’une casserole était restée à tremper. Elle l’a lavée et a vidé la bassine où je fais tremper ma vaisselle, « parce que les cafards aiment la vaisselle sale » m’a-t-elle dit. Les cafards ou le cafard ?
Je lui explique alors que je ne suis jamais prompte à faire la vaisselle. D’abord pour une raison d’économie d’eau : je fais tremper ma vaisselle dans l’eau de rinçage de la vaisselle précédente. Ensuite, parce que j’aime bien jouer avec l’idée d’avoir de la vaisselle sale… et de l’interprétation que l’on pourrait en faire. Un vieux souvenir.
Quand papa s’est suicidé, il y a eu une enquête de gendarmerie. Vingt-quatre heures après sa mort et 800 km en train sans TGV, je me suis ainsi retrouvée fatiguée et affligée avec mon frère face à un gendarme qui devait rédiger son P.-V., fusil létal posé sur la table. Après nous avoir demandé où nous étions à l’heure de sa mort, il nous posait des questions pour tenter d’évaluer son état psychologique afin de s’assurer qu’il s’agissait bien d’un suicide. Et il a eu cette phrase qui m’a sidérée.
— Il n’avait pas fait sa vaisselle. Était-il déprimé ?
J’avoue que le lien de cause à effet m’a à l’époque échappé, et m’échappe toujours. Il avait à coup sûr (oups !) plus l’habitude des suicides que moi et peut-être avait-il établi une statistique entre vaisselle sale et dépression sévère ? Cette phrase, en tout cas, m’est restée et les jours où je n’ai pas envie de faire la vaisselle, je m’en amuse en me disant que mes visiteurs me croiront déprimée et prendront soin de moi.

Envoyer un commentaire

 

 

 

Vous pouvez utiliser ces balises HTML

<a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>