Agit-Prop’ @25

L’expression « le vivre ensemble » est passée dans le langage commun. « Vivre ensemble » dans sa forme verbale désigne spontanément la vie de couple, alors même que certains vivent le plus longtemps sous le même toit avec leurs parents et leur éventuelle fratrie. L’expression vise à désigner des règles de civilité.
Ce mélange me gêne. On ne vit pas de la même façon avec des proches dans le même foyer et avec les autres en général. D’un côté, on se lâche plus chez soi, si ce n’est pas rangé nickel tout le temps, cela peut être acceptable à la maison, mais n’est pas souhaité en dehors. D’autre part, les liens ne sont pas les mêmes. Les autres ne sont pas des amis, des parents, des amants et n’ont pas besoin de l’être pour être respecté comme nos proches. D’ailleurs, « vivre ensemble » est spontanément utilisé pour désigner une vie commune choisie, d’où le renvoi à la vie à deux. « Vie commune » renvoie directement également de prime abord au couple ou en tous les cas à une communauté d’élection. Il s’agit de vivre avec.
Le discours du « vivre ensemble » abolit la différence importante entre la vie en communauté et la vie en collectivité. Les règles ne sont pas les mêmes, plus strictes parfois d’un côté ou de l’autre. C’est pourquoi je préfère l’idée de « vivre à côté », car il s’agit bien de côtoyer. Mais, je ne sais pas quelle peut être l’expression ou quel substantif on peut retenir…

3 commentaires pour Agit-Prop’ @25

  • Cécyle

    Je pensais à quelque chose autour de « partager », mais cela s’applique aussi au « vivre ensemble » intime… Compliquée comme question !

  • Effectivement, Cécile, compliqué ! Pour ma part, dans ce « Vivre ensemble » je pense : vivre avec le « Nebenmensch », traduit comme l’être secourable, qui tente, de manière attentive, de répondre à l’appel d’une souffrance. Pour peaufiner la traduction et l’interprétation de ce terme allemand, employé par Freud, dire que certains auteurs le transposeront comme le semblable, alors que d’autres le placeront en position décentrée, latérale. Finalement, un consensus s’installera de Lacan à Levinas, en faveur d’un être de proximité à côté du souffrant, un être secourable, porteur de l’humain, porteur de valeurs éthiques dans sa façon d’être, un être humain « juste à côté ».

    • Isabelle

      Un être n’est pas forcément toute la communauté. Je pense qu’à vouloir gommer la différence entre l’être « juste à côté » et l’ensemble des autres, on amenuise la force et la puissance de la proximité avec celui qui est à proximité, sans pour autant grandir l’autre que l’on côtoye au quotidien. Ce sont deux situations différentes et non réductibles l’une à l’autre sans dévaloriser ce qui donne de la grandeur au proche.

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