Bigleuse @88

J’ai passé trois jours à Avignon alors que le festival battait son plein. Je n’y allais pas pour cette raison. Depuis une quinzaine d’années je suis en mode pas-de-théâtre, sans doute par saturation d’avoir vu tant de choses (et des particulièrement belles, et des particulièrement ennuyeuses) pendant les trente ans où j’y accompagnais maman au Festival puis participais à la recherche de spectacles pour l’association de spectateurs qu’elle présidait.
Me retrouver dans l’ambiance du festival ces trois jours m’a fait mesurer mon décalage d’aujourd’hui avec cette manifestation. Le monde, le bruit, les prestations de rues des troupes Off en quête de spectateurs, le récit de tel ou tel spectacle par maman… Non, vraiment, pas-de-théâtre ; je suis passée à autre chose.
Cela dit, j’ai eu l’occasion d’une petite expérience édifiante. Je suis allée me chercher un billet (de train !) à la gare d’Avignon Centre et ai descendu la rue de la République à une heure où les troupes du Off racolent les spectateurs. Entre la rue Frédéric Mistral et les remparts, j’ai été abordée une quinzaine de fois sur la vingtaine de troupes présentes ; un tract m’était toujours proposé.
Au retour de la gare, je n’avais pas replié ma canne blanche. Cette fois, aucune troupe ne m’a proposé de tract ni aucun comédien abordée. Se souvenaient-ils de mon refus à l’aller ? Pour avoir distribué beaucoup de tracts dans ma vie, je sais que cela peut être le cas d’un ou deux, pas plus ; il y avait trop de monde pour cela. Par contre, cela m’a rappelé combien maman a eu de difficultés quand nous (mon frère et moi) étions petits à ce que notre déficience visuelle soit prise en compte par les organisateurs de spectacles quand les places n’étaient pas numérotées.
La demande de maman était simple. Elle indiquait notre déficience visuelle en demandant qu’à titre exceptionnel, une place nous soit réservée dans les premiers rangs.
— Mais madame ! Si vos enfants sont malvoyants, pourquoi les emmener au théâtre ?
Quand je pense que maman a poussé le vice jusqu’à me faire voir le mime Marceau et des spectacles de jonglerie ! Je conclus de ce testage (« testing » en anglais) que les professionnels du spectacle n’ont pas évolué d’un iota en cinquante ans ! Je les plains.

1 commentaire pour Bigleuse @88

  • Michèle Chazeuil

    Et oui, Cécile, tu as assisté (je ne dis pas « vu » !) au spectacle du Mime Marceau le dimanche 20 juillet 1975, dans la Cour d’Honneur.

    Quelques jours plus tard, tu quittais Avignon pour te rendre, seule, aux Rencontres franco-britanniques à Hitchin Priory dans le Herts. Le numéro de téléphone où nous pouvions prendre de tes nouvelles : Hitchin 44 84. Ben oui, on savait où te joindre quand même !

    Prudents, nous t’avions déjà fait lire le délicieux petit livre d’André Berge : « Lettre aux enfants qui ont des parents difficiles ! »

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