Ailleurs @26

Via mon fil Facebook, je tombe sur un article « Paris veut accueillir le patrimoine en danger » (La Croix, 24 avril 2018). Je lis : « Début mai, au Conseil de Paris, une dizaine de mesures en faveur de la culture seront annoncées. Parmi elles, la volonté de faire de la capitale un « refuge » pour les œuvres du patrimoine menacées par les guerres et les périls. » Je ne peux aussitôt m’empêcher de mettre cette intention en parallèle avec les réfugiés qui s’entassent dans des conditions inacceptables autour de la Porte de la Chapelle, pourchassés en permanence par la police, obligés de dormir sans abri, tellement reclus que les associations peinent elles-mêmes à les aider. La Ville, certes, tente de faire ce qu’elle peut (ici), et l’État est directement en cause dans cette situation. Pour autant, et sans nier l’importance de sauver des œuvres d’art, je trouve cette mesure indécente quand des femmes, des hommes et des enfants sont en péril, considérant que le « patrimoine de l’humanité », c’est d’abord leur vie.
Il est vrai que si l’on propose de mettre ces réfugiés dans « des réserves » même s’il était question de les « accueillir, conserver et, dans un second temps, valoriser », notamment dans l’« ancien Mont-de-piété » (censé en effet aider les plus démunis ; cela ne s’invente pas), je risquerais également de tiquer. Le parallèle est ici encore redoutable quand on sait que, même une fois accueillis dans la dignité dans des centres d’hébergement, ces personnes peuvent être expulsées (et le sont) manu militari au grès du bon vouloir préfectoral.
Je continue ma lecture : « Bien entendu, cette disposition ne peut être que « temporaire », l’objectif étant « de voir ces pièces retourner dans leurs régions, villes, musées, bibliothèques… d’origine, dès le danger écarté ». Une précision de haute importance lorsque l’on sait les tensions suscitées par la présence dans les collections occidentales d’œuvres acquises au fil de l’histoire, via des pillages et autres « pressions » politiques et économiques. » Ah ! ça, on connaît les « tensions suscitées » par l’installation dans les zones les moins favorisées de notre territoire de personnes venues en France après le « pillage et autres pressions politiques » de leur territoire d’origine par l’industrie occidentale et la stratégie d’occupation belliqueuse des États qui la soutiennent, jusqu’à une politique organisée de traite des personnes que l’esclavage n’a pas abolie. Nous voilà donc rassurés sur le fait que ces œuvres immigrées repartiront au pays quand les bons samaritains que nous sommes le décideront.
Et encore… « Il est difficile par ailleurs d’envisager une telle politique sans poser la question humaine qui s’y attache. D’autant que la Ville de Paris, qui assure « essayer d’être à la pointe en matière d’accueil des réfugiés », est souvent montrée du doigt pour les campements de migrants qui s’y développent comme actuellement à La Villette. » Ah ! Enfin, Bruno Juillard parle d’êtres humains. Il s’agit des « scientifiques et techniciens » accompagnant les œuvres qui seront dignement hébergés.
Il ne me reste plus qu’à conseiller à toutes les victimes des guerres, des disettes et des persécutions organisées par les pays occidentaux contraintes de prendre la route de se mettre une œuvre d’art sous le bras. Qui sait ? Leur demande d’asile pourra peut-être être facilitée… Qu’est-ce que tout cela me met en colère !

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