Écrivaine @35

Je viens de lire un polar « de base », Block 46 de Johana Gustawsson, emprunté à la bibliothèque numérique de la Ville. Je sortais de quatre semaines de Mathieu Ricard (le moine bouddhiste), et son fort pénible Plaidoyer pour le bonheur : sa pensée m’a semblé totalitaire, voire liberticide, sans doute parce que l’ego est son ennemi quand il est mon ami. Cela fait certes réfléchir, mais quand le désir est considéré comme un « poison » alors qu’il est mon orgone, chacun comprendra que je sorte mon revolver.
Je l’ai donc sorti et me suis plongée dans un polar. Je l’avais choisi au hasard sur trois critères : l’auteure est une femme ; l’histoire se déroule entre Londres et la Suède ; il y avait une référence à Buchenwald sur la quatrième de couverture. Le livre commence doucement et puis, pif ! paf ! pouf ! on se retrouve en plein camp de concentration, comme ça, presque gratuitement. Je ne vais pas me plaindre de ces passages, importants pour le récit, et d’un réalisme qui permettra sans doute à certains de se souvenir que la déportation relève de l’horreur la plus absolue. Je vous renvoie à ce que j’ai pu en écrire (ici). Ce roman m’a rappelé que je ne me remettrais jamais de ma visite des camps de concentration et d’extermination d’Auschwitz-Birkenau. Un bon point.
Pour le reste… Je ne dirais pas que le livre est impérissable, loin de là. Il me porte néanmoins à une question : comment se fait-il que moi, lectrice, j’arrive à lire ce degré d’horreur ? En plus des passages en direct de Buchenwald, le roman détaille en effet des crimes en série particulièrement gores, avec un souci du réalisme qui réduit la distance que l’écriture met normalement entre le lecteur et l’histoire. Autrement dit, on en prend plein la gueule de violence et d’atrocités sans que l’auteure ne prenne la peine de nous offrir, par la qualité du texte, une échappatoire.
Je comprends sa démarche ; il est tout à fait jubilatoire de détailler quelque chose de gore, froidement, en essayant d’y mettre le moins d’affects possible. Je pense à cette nouvelle, par exemple (). Je suis pourtant bien loin du niveau d’atrocité et de détails de Block 46. Mais je comprends l’auteure ; ce qui m’interroge, c’est ma motivation de lectrice. Pourquoi lussé-je des horreurs pareilles sans que l’intérêt littéraire de l’ouvrage ne le justifie ? Parce que la vie me semble plus douce ensuite ? Parce que sommeille en moi une brute sanguinaire qui trouve là un exécutoire ? Parce que…
Je ne sais pas. Ce qui m’inquiète le plus, dans cette histoire, c’est que certains lecteurs sont très friands de ce type d’ouvrages. Et qu’il s’en édite beaucoup parce que cela se vend bien. Cela me semble dire quelque chose sur notre violence que je ne sais formuler mais qui m’inquiète. Je ne crois pas que la lecture fabrique des tueurs en série. Qu’est-ce qui m’inquiète alors ? Que nous soyons tous des barbare en puissance ? Il y a de ça.

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