Archives mensuelles : avril 2018

Cuisine @29

— Iiiiit’s foooooooot!
— No, s*oooooo*ccer!
— Yes! Cheeee can!
— Petit Mouton ! Tu as oublié ta langue maternelle ? « Che », c’est le révolutionnaire ; la Principalate, c’est « she ». On dit « Yes, she can! »
— Ch*iiiiii*c*aaaaa*ne ?
— Pourquoi pas, Copain Mouton. Le blog se rétrécit une dizaine de jours. On part aux States !
— Foooot with the big apple! Youpiiii !
— On emm*èèèèèè*ne Big Mac ?
— No! It’s the name of NYC, the city who never sleep.
— On ne m*eeeeee*t pas de sl*iiiiii*p ?
— Yes! Naked the label!
— Je vois que tu retrouves ton anglais, Petit Mouton ! On est fin prêts pour partir. On laisse les Poisson à Petit Scarabée et enjoy the fly! À bientôt les Hétéronautes.
— Enjoy the fooooot!!!!
— S*ooooooo*ccer!

Grand homme @23

Les débats sur la cigarette ont fleuri ces dernières années, amenant à des censures aberrantes privant Lucky Luke comme Sartre de leur clope.
L’autre jour dans un cinéma, je vois une exposition de photos de célébrités du cinéma. Ce sont de grands tirages en noir et blanc d’acteurs, comédiens ou réalisateurs. Trois photos montrent des hommes avec cigares ou cigarettes. Même si je ne suis pas pro-fumée, je trouve assez réjouissant cette forme de résistance.

Écrivaine @35

Je viens de lire un polar « de base », Block 46 de Johana Gustawsson, emprunté à la bibliothèque numérique de la Ville. Je sortais de quatre semaines de Mathieu Ricard (le moine bouddhiste), et son fort pénible Plaidoyer pour le bonheur : sa pensée m’a semblé totalitaire, voire liberticide, sans doute parce que l’ego est son ennemi quand il est mon ami. Cela fait certes réfléchir, mais quand le désir est considéré comme un « poison » alors qu’il est mon orgone, chacun comprendra que je sorte mon revolver.
Je l’ai donc sorti et me suis plongée dans un polar. Je l’avais choisi au hasard sur trois critères : l’auteure est une femme ; l’histoire se déroule entre Londres et la Suède ; il y avait une référence à Buchenwald sur la quatrième de couverture. Le livre commence doucement et puis, pif ! paf ! pouf ! on se retrouve en plein camp de concentration, comme ça, presque gratuitement. Je ne vais pas me plaindre de ces passages, importants pour le récit, et d’un réalisme qui permettra sans doute à certains de se souvenir que la déportation relève de l’horreur la plus absolue. Je vous renvoie à ce que j’ai pu en écrire (ici). Ce roman m’a rappelé que je ne me remettrais jamais de ma visite des camps de concentration et d’extermination d’Auschwitz-Birkenau. Un bon point.
Pour le reste… Je ne dirais pas que le livre est impérissable, loin de là. Il me porte néanmoins à une question : comment se fait-il que moi, lectrice, j’arrive à lire ce degré d’horreur ? En plus des passages en direct de Buchenwald, le roman détaille en effet des crimes en série particulièrement gores, avec un souci du réalisme qui réduit la distance que l’écriture met normalement entre le lecteur et l’histoire. Autrement dit, on en prend plein la gueule de violence et d’atrocités sans que l’auteure ne prenne la peine de nous offrir, par la qualité du texte, une échappatoire.
Je comprends sa démarche ; il est tout à fait jubilatoire de détailler quelque chose de gore, froidement, en essayant d’y mettre le moins d’affects possible. Je pense à cette nouvelle, par exemple (). Je suis pourtant bien loin du niveau d’atrocité et de détails de Block 46. Mais je comprends l’auteure ; ce qui m’interroge, c’est ma motivation de lectrice. Pourquoi lussé-je des horreurs pareilles sans que l’intérêt littéraire de l’ouvrage ne le justifie ? Parce que la vie me semble plus douce ensuite ? Parce que sommeille en moi une brute sanguinaire qui trouve là un exécutoire ? Parce que…
Je ne sais pas. Ce qui m’inquiète le plus, dans cette histoire, c’est que certains lecteurs sont très friands de ce type d’ouvrages. Et qu’il s’en édite beaucoup parce que cela se vend bien. Cela me semble dire quelque chose sur notre violence que je ne sais formuler mais qui m’inquiète. Je ne crois pas que la lecture fabrique des tueurs en série. Qu’est-ce qui m’inquiète alors ? Que nous soyons tous des barbare en puissance ? Il y a de ça.

Déo @25

Un argumentaire de vente de pain et viennoiseries des supermarchés est souvent « cuit sur place ». Je passe devant une supérette de mon quartier : cet argument est écrit en gros sur la vitrine. Il y a même une mise en avant sur un panneau lumineux avec une photo à l’appui.
Je ne comprends pas que cela puisse être vendeur à ce point. Peut-être parce que de nombreuses boulangeries ne font effectivement plus que de la cuisson de produits commandés tous prêts. C’est donc un constat de nivellement par le bas transformé en slogan mis en avant, misère.

Déo @24

Comme chaque année, je suis allée au Printemps des assoces de l’Inter-LGBT, ravie de donner un coup de main sur le stand du Centre LGBT de Paris et d’Île-de-France et de découvrir de nouvelles associations, preuve que le mouvement LGBT est vivant et vivace, donc vivifiant ! Lors de mon tour des autres stands, j’ai surpris une conversation incroyable sur celui d’une association qui mettait en valeur des objets de prévention.
Un homme prend un préservatif. Son interlocuteur l’invite à se servir largement, précisant « Là, tu as les préservatifs externes, du gel et ici des préservatifs internes. » Des préservatifs internes ? Je suis intriguée et retourne sur le stand du Centre où j’ai vu les mêmes. Renseignements pris, il s’agit de préservatifs féminins qui se placent, chez les femmes à l’intérieur du vagin. Internes donc. Et chez les hommes ? Ils peuvent être installés dans l’anus (en enlevant un des anneaux) et rester là le temps de plusieurs rapports sexuels.
Je trouve très bien que les hommes aient su s’approprier cet objet pour avoir une sexualité protégée plus libre. Pour autant le terme de « préservatif interne » sans qu’il ne soit précisé qu’il s’agit du détournement d’un préservatif pour les femmes m’a choquée. Encore un déni de la sexualité féminine ? Forcément oui. Ah ! sexisme ; jusqu’au cœur de la communauté LGBT ? Ce n’est pas un scoop.

M’sieur, M’dame @10

Je suis à une réunion sur un projet dont un des axes de communication est l’inclusion et la lutte contre les discriminations, notamment sexistes. Il y a majoritairement des hommes mais plusieurs femmes, du côté des organisateurs, et deux, dont moi, côté supports techniques institutionnels. Le représentant du projet conclut la réunion par un enthousiaste « Merci messieurs ! »
La lutte contre les discriminations est un long chemin…

Kendo @43

Johnny, mon champion, a participé aux championnats de Paris le 24 mars dernier. Il s’agissait pour lui de se qualifier pour les championnats régionaux, en vue des championnats de France. Romuald assure son coaching… sauf qu’il a eu un souci de vélo. Je me suis donc retrouvée sur la chaise, à côté du tatami, devant motiver Johnny à chaque pause, lui donner des conseils.
Conscient que je ne voyais pas trop ce qui se passe sur le tatami, même à trois mètres, il m’avait donné des consignes à réciter en boucle : « Les mains ! » ; « Concentration ! » ; « Déplace ! » ; « Fixe et attaque ! » Il y avait aussi un ordre magique en cas de coup de mou (je ne vous dis pas lequel, c’est secret). À chaque pause, je le voyais se tourner vers moi. Je me sentais d’une impuissance totale mais j’y ai mis le ton.
— Les mains, Johnny ! Les mains. Concentration…
Selon la longueur de la pause, j’en casais plus ou moins.
Un moment, j’ai vu qu’il faisait chuter son adversaire sur le côté. Waza-ari (soit un point qui marquait l’avantage) ? L’arbitre a levé la main du côté de son adversaire ; me serais-je trompée ? Le combat a continué ainsi. J’étais apeurée sur ma chaise à l’idée de mal faire ; je voulais l’encourager, le porter même ! C’est long un combat de quatre minutes, avec des interruptions ! Pause. Johnny s’est mis face à son adversaire.
— Concentration ! Johnny ! Déplace, déplace !
L’arbitre s’est placé entre les deux combattants et a désigné Johnny vainqueur en levant le bras. Ils se sont salués.
Avais-je raté quelque chose ?
Oui, juste la fin du combat !
Et que le waza-ari était bien pour lui.
Sore-made !

Objectivement @41

Un soir en rentrant à pied d’un quartier de Paris, je passe devant une boutique de décoration. Des néons de différentes couleurs attirent mon attention. Un panneau indique « Néons lumineux ».
Je me dis que je ne connais pas de néons non lumineux en vente dans le commerce. Je me dis aussi que je réfléchis sans doute trop pour être perméable aux arguments ou présentations de vente des commerçants.

Bigleuse @85

En balade avec Isabelle, nous devisons.
— Tu sais que je vais avoir 55 ans ?
— Tu ne vas plus pouvoir aller à l’UCPA ! Ils ont déjà repoussé la limite d’âge de 40 ans à 55 ans mais, là, c’est foutu.
On rigole.
— Même plus droit à un coup par an ?
— Plus droit.
— La misère !
On rigole un peu plus. Il me revient alors en mémoire mon dernier séjour à l’UCPA, je devais avoir une vingtaine d’années. C’était une semaine de ski. Le premier jour, j’informe le moniteur que je suis malvoyante.
— Tu fais du ski ?
— Depuis que je suis toute petite…
— C’est sacrément dangereux pour les autres !
J’encaisse. Une demi-heure passe et je me blesse à la cheville. Je passe la semaine au chalet. Et je n’ai jamais refait de ski. Heureusement que celui-là ne m’a jamais vue traverser une rue !

Rentrée @6

Un samedi matin, de retour d’une virée dans mon quartier, j’entre avec peine dans mon immeuble à cause du chariot de La Poste juste devant la porte. J’arrive à passer et trouver le facteur occupé à préparer des avis de passage de recommandés. Il est installé, assis avec des piles autour de lui. C’est la distribution de convocations à l’assemblée générale des copropriétaires.
Très gentil, il me dit que c’est tout de même dommage que la gardienne n’ait procuration que pour trois habitants. Il trouve mon enveloppe et est tout content de me remettre mon courrier sans avoir déjà rédigé l’avis. Il en a pour un moment encore.
Je ne lui ai pas fait de remarques sur la position de son chariot qui encombre alors qu’il pourrait être poussé devant l’autre battant de la porte pour ne pas gêner. Mystère de son comportement.