Couperet @12

J’ai été confrontée de près à deux reprises à la mise en cause d’hommes politiques pour harcèlement et violences sexuelles. Je ne connaissais pas ni ne fréquentais le premier, député de la circonscription voisine de la mienne. Par contre, des amies et des compagnes de luttes étaient ses proches, voire ses victimes. L’affaire m’a sonnée. L’idée d’avoir fréquenté des victimes de cet homme sans le savoir, donc sans pouvoir les aider, m’a peinée. Ce qu’elles m’ont raconté ensuite m’a affligée. J’ai publié un communiqué +7 sur le sujet, ici. J’éprouve une compassion sans limites pour elles. Je n’ai pas d’opinion sur lui.
La deuxième affaire, très récente, touche cette fois un militant et élu proche de mon ex-député. Je ne connais pas ses victimes. Visé par plusieurs plaintes, il est mis en examen. Les faits sont graves ; ils font l’objet d’une enquête et il appartiendra à la justice de décider de le poursuivre ou non, de le juger s’il y a lieu. Je dois avouer d’abord que j’en suis tombée de ma chaise. Sans mettre une seconde en doute la parole des femmes qui ont porté plainte, je pourrais faire partie de ces ménagères de plus de cinquante ans qui déclareraient à la presse : « Lui ? Non, ce n’est pas possible. » Et pourtant, cela semble pouvoir l’être, dont acte. Que justice passe ! Elle doit.
Pour autant, je dois aussi convenir, quitte à m’attirer les foudres de certaines militantes féministes, que je ne considère cet homme comme un salaud, ou un porc. Autrement dit, il est peut-être un délinquant, ou un criminel, selon la gravité des accusations qui seront retenues par les tribunaux, mais je n’ai pas envie d’en profiter pour l’insulter ou le dénigrer.
J’ai travaillé avec lui. Sur le plan militant, c’est un homme que je respecte. Sur le plan personnel, je n’ai pas d’opinion sur lui, je ne le fréquentais pas en dehors de nos actions communes. Sur le plan judiciaire, je condamne avec la plus grande fermeté ces faits s’ils sont avérés. Pourquoi je dis cela ? Parce que je crois qu’il faut savoir distinguer l’affection ou le respect que l’on porte à autrui de ses actes délictueux ou criminels. Je crois également que l’idée que cette personne serait un [je vous laisse le choix de l’injure] au motif qu’il aurait commis un « acte particulièrement odieux » est le type de pensées que je n’ai pas. C’est ainsi. Je pense enfin que l’affection, l’amitié, l’amour ou même le simple respect de chacun nous exonère de nous transformer en tribunal.
À chacun son rôle. Le mien n’est pas d’accabler celles et ceux et hen qui me sont proches. Selon mon degré de proximité avec elles, il peut même être de les soutenir qu’elles soient un criminel, un assassin ou un violeur ; je l’ai déjà fait avec des délinquants politiques ou de droit commun et je suis moi-même délinquante même si les délits que j’ai commis n’ont pas été poursuivis. Soutenir n’est pas cautionner ni accepter. C’est simplement aimer, et admettre que l’autre ne soit pas judiciairement irréprochable. J’y tiens.

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