Archives mensuelles : février 2018

Pucer @36

J’ai été très impressionnée par un documentaire diffusé sur la Chaîne parlementaire le 16 février 2018, « Mon ancêtre l’esclave » (2017). Il y est question de l’attribution de noms patronymiques aux esclaves nouvellement affranchis dans les Antilles françaises après l’abolition de 1848. Je considère la traite des Africains et l’esclavage comme un crime contre l’humanité fort peu pris en compte dans notre histoire nationale alors que cela la marque profondément, socialement, culturellement et économiquement.
Lors de leur arrivée dans les Antilles, les esclavages se voyaient retirer l’usage de leur nom. On leur attribuait un prénom chrétien — pour pouvoir les baptiser — assorti d’un numéro. Une manière par trop classique de leur retirer leur humanité. Une fois l’abolition décrétée (celle de 1848), des officiers d’état civil ont été mandatés par l’État français pour donner un nom patronymique à ces femmes et à ces hommes.
Mais quel nom ? En ont-ils eu le choix ? Pas vraiment. Les officiers d’état civil ont rivalisé d’imagination pour attribuer d’office des noms souvent ridicules, parfois injurieux, d’autres fois particulièrement inattendus. Cela m’a donné le sentiment que la dignité de ces personnes était bafouée à un moment de leur vie où l’on aurait dû la leur restituer. On aurait pu, par exemple, chercher dans la mémoire de chacun le nom africain perdu au moment de leur déportation. Cela aurait été reconnaître cette déportation, j’en ai bien conscience. Mais justement, qu’est-ce qu’il serait essentiel de la reconnaître !
C’est si important le nom que l’on porte en ce qu’il dit d’où l’on vient. Cela me rappelle, toutes proportions gardées, le jour où je me cherchais un nom d’auteure. Je voulais garder mon nom patronymique, celui de mon père. Ce que je. J’ai juste modifié mon prénom, de Cécyle en Cy, forme graphique de ma signature quotidienne. Et me voilà Cy Jung, différente de Cécyle Jung, mais pas étrangère à ce que je suis, à ce dont j’hérite, à ce que je porte de l’histoire de ma famille.
Mes pensées vont à toutes celles et ceux et hen que la barbarie institutionnelle dépossède de tout, jusqu’à leur nom, pour mieux les asservir. Ces pratiques n’ont pas cessé ; 2 63 05 21… Cela commence par là !

À table ! @41

Il y a des drames insoupçonnés. En ces jours de neige en janvier à Paris, les supermarchés n’ont pas toujours été livrés. Regardant les rayons vides, une femme parle pour elle-même : « Si le chat n’a pas son fromage blanc, ça va pas aller… »
Les Mouton ont compati tout en estimant que le chat pourrait être compréhensif comme eux. Ils regrettent que je n’aie pas pris son adresse pour aller lui parler et éviter des reproches infondés ou le soigner des conséquences de cette carence brutale. Je me le reproche amèrement.

Réclamation @73

Je disposais, depuis plus de dix ans, d’un PEA (plan d’épargne en actions) qui ne me servait à rien. Il y a avait 100 euros dessus. Je l’avais ouvert sur la recommandation d’une conseillère financière. Elle avait eu sa commission. Cela ne m’avait rien coûté ; c’était parfait.
En 2015, j’ai dû payer 8 euros de frais. Ma conseillère de l’époque (une autre) ne m’a pas expliqué pourquoi. J’ai fermé ce produit financier qui pourtant (je l’ai appris plus tard) aurait pu m’être utile à moyen terme (un peu long à expliquer). L’année suivante, j’ai changé de conseiller à ma demande. La dame n’entendait pas grand-chose de ce que je lui disais.
Mon nouveau conseiller m’a fait ouvrir deux PEA, 50 euros sur chacun, « pour faire date » m’expliquant en quoi cela pourrait m’être utile et me rassurant sur les frais : avec un versement annuel de 50 euros, je n’en paierais pas. Cela a été le cas l’année dernière. Cette année pourtant, deux fois 8 euros m’ont été prélevés en dépit du versement requis.
J’écris aussitôt à mon conseiller financier pour lui demander une explication. Sa réponse : « Hélas non, je ne me l’explique pas ! » Je contacte alors mon centre financier. Sa réponse tarde à venir et n’indique pas d’exonération des frais en cas de versement. Mon conseiller financier ne fait pas de commentaire particulier après que je lui ai envoyé cette réponse et m’informe demander un geste commercial à sa responsable.
Après deux relances, les frais me sont remboursés. Je l’en remercie et lui demande de m’expliquer ce qu’il s’est passé et si les versements exonèrent ou non des frais. Il me répond, toujours aussi franc (j’adore !) : « Je n’ai hélas pas la réponse… » Je gage qu’il l’aura d’ici au 31 décembre prochain !

Couperet @12

J’ai été confrontée de près à deux reprises à la mise en cause d’hommes politiques pour harcèlement et violences sexuelles. Je ne connaissais pas ni ne fréquentais le premier, député de la circonscription voisine de la mienne. Par contre, des amies et des compagnes de luttes étaient ses proches, voire ses victimes. L’affaire m’a sonnée. L’idée d’avoir fréquenté des victimes de cet homme sans le savoir, donc sans pouvoir les aider, m’a peinée. Ce qu’elles m’ont raconté ensuite m’a affligée. J’ai publié un communiqué +7 sur le sujet, ici. J’éprouve une compassion sans limites pour elles. Je n’ai pas d’opinion sur lui.
La deuxième affaire, très récente, touche cette fois un militant et élu proche de mon ex-député. Je ne connais pas ses victimes. Visé par plusieurs plaintes, il est mis en examen. Les faits sont graves ; ils font l’objet d’une enquête et il appartiendra à la justice de décider de le poursuivre ou non, de le juger s’il y a lieu. Je dois avouer d’abord que j’en suis tombée de ma chaise. Sans mettre une seconde en doute la parole des femmes qui ont porté plainte, je pourrais faire partie de ces ménagères de plus de cinquante ans qui déclareraient à la presse : « Lui ? Non, ce n’est pas possible. » Et pourtant, cela semble pouvoir l’être, dont acte. Que justice passe ! Elle doit.
Pour autant, je dois aussi convenir, quitte à m’attirer les foudres de certaines militantes féministes, que je ne considère cet homme comme un salaud, ou un porc. Autrement dit, il est peut-être un délinquant, ou un criminel, selon la gravité des accusations qui seront retenues par les tribunaux, mais je n’ai pas envie d’en profiter pour l’insulter ou le dénigrer.
J’ai travaillé avec lui. Sur le plan militant, c’est un homme que je respecte. Sur le plan personnel, je n’ai pas d’opinion sur lui, je ne le fréquentais pas en dehors de nos actions communes. Sur le plan judiciaire, je condamne avec la plus grande fermeté ces faits s’ils sont avérés. Pourquoi je dis cela ? Parce que je crois qu’il faut savoir distinguer l’affection ou le respect que l’on porte à autrui de ses actes délictueux ou criminels. Je crois également que l’idée que cette personne serait un [je vous laisse le choix de l’injure] au motif qu’il aurait commis un « acte particulièrement odieux » est le type de pensées que je n’ai pas. C’est ainsi. Je pense enfin que l’affection, l’amitié, l’amour ou même le simple respect de chacun nous exonère de nous transformer en tribunal.
À chacun son rôle. Le mien n’est pas d’accabler celles et ceux et hen qui me sont proches. Selon mon degré de proximité avec elles, il peut même être de les soutenir qu’elles soient un criminel, un assassin ou un violeur ; je l’ai déjà fait avec des délinquants politiques ou de droit commun et je suis moi-même délinquante même si les délits que j’ai commis n’ont pas été poursuivis. Soutenir n’est pas cautionner ni accepter. C’est simplement aimer, et admettre que l’autre ne soit pas judiciairement irréprochable. J’y tiens.

Extravagance parisienne @40

La vidéosurveillance (rebaptisée par communication politique vidéoprotection) est de plus en plus fréquente. Parfois, elle se niche dans des endroits inattendus. Ainsi, dans un salon de coiffure qui affiche l’information dans une optique commerciale et non seulement dans le cadre de l’affichage obligatoire. Sur la porte vitrée, il est annoncé : « Salon climatisé et sous vidéo surveillance ».
Quel est le but de cette annonce ? En quoi est-ce commercialement pertinent de mettre sur le même plan les deux faits ? S’agit-il d’être dissuasif des vols ? de s’assurer qu’il n’y a pas de gestes déplacés ? Mystère.

Objectivement @39

Ma machine à laver s’est mise à faire un bruit étrange indiquant que les rouages souffrent. J’avais prévu de la changer au moment où je referais ma cuisine, après le changement de fenêtres. Celui-ci est reporté d’un an. Elle en a déjà plus de dix et le bruit, qui s’est répété à la machine suivante, était très inquiétant.
Je me suis donc décidée à la changer, histoire de ne pas me retrouver avec une machine en cours dans un appareil en panne. J’ai fait mon choix sur le site d’un vendeur célèbre. Mes critères : une faible profondeur (souhaitée par le plombier qui refera ma cuisine) ; de bonnes caractéristiques énergétiques ; un bouton de réglage de la vitesse d’essorage indépendant ; une « marque » (il semble qu’elles durent plus longtemps). Verdict : 549 euros.
Avant d’acheter, je suis allée en boutique pour confirmer mon choix. J’ai aussitôt remarqué que l’écran qui affiche la programmation me serait tout à fait illisible. Et 95 % des modèles ont un écran. Il faut vraiment aller dans le bas de gamme pour y échapper. Je me suis donc rabattue sur le seul modèle à profondeur réduite sans écran. Il consomme un peu plus, n’est pas une « marque », ne permet pas de régler l’essorage indépendamment du programme et coûte 259 euros.
300 euros de gagnés juste parce que je suis bigleuse ? On va le dire comme ça !

Pucer @35

De temps en temps, je vais à des spectacles vivants, surtout de danse. Lors de mon dernier passage au théâtre national de Chaillot, j’ai été très surprise en sortant de ce que j’ai vu au point Vigipirate.
Une table permet de poser son sac pour un contrôle visuel. Dessus étaient alignés une demi-douzaine de ciseaux et une demi-douzaine de cutters. Je ne sais pas s’ils étaient sortis parce que servant aux agents ou s’ils avaient été confisqués lors du contrôle. Reste qu’à les voir étalés ainsi, avec des agents moins vigilants sur les mouvements de foule qu’avant le spectacle, j’ai trouvé paradoxal de mettre à disposition des armes à l’entrée justement sous surveillance en raison de risques terroristes. La rationalité des contrôles est encore à améliorer.

Bigleuse @82

Le 31 janvier dernier, l’APGL, le Mag jeunes LGBT, l’inter-LGBT, SOS homophobie et le Centre LGBT de Paris et d’Île-de-France ont conjointement organisé une journée « Portes ouvertes pour la PMA ». Quelques jours avant l’événement, les pages Facebook de ces associations ont diffusé le programme de cette journée. Je l’ai d’abord vu passer sur la page de SOS homophobie délégation Île-de-France sous forme de deux photos contenant du texte.
J’ai mis ce commentaire : « Cy Jung, écrivaine. Page officielle. Publier une infographie sans sa version texte brut, c’est exclure de sa lecture les aveugles et les déficients visuels. Un choix politique ou une paresse ? »
Le gestionnaire de la page m’a très gentiment répondu : « SOS homophobie Délégation Île-de-France. C’est en effet une copie écran d’un pdf ; c’est noté, merci. »
Noté, donc… sauf que je n’ai pas vu passer la version texte sur la page et celle de SOS hoomophobie (national) a partagé ces deux photos quelques jours plus tard sans plus proposer de version texte. Je remarque d’ailleurs que cette page adore diffuser des infos sous forme d’images. De là à conclure que l’homophobie ne concerne pas les bigleux… C’est vrai que nous avons déjà pas mal de problèmes ; on ne va pas être homo, en plus ! Ce serait de la gourmandise.
Le Mag et l’APGL n’ont pas diffusé le programme renonçant ainsi de fait à tout type de discrimination. L’inter-LGBT, elle, a diffusé les deux photos une première fois et n’a pas répondu à mon commentaire, le même que laissé à SOS. Et cinq jours plus tard, elle a de nouveau publié ces deux photos, marquant sans doute là un véritable choix de n’avoir rien à faire de rentre accessible ses informations ; bigleux, homo et parents ; on frise l’indigestion !
Et le Centre LGBT ? Il a spontanément (?) publié le programme sous forme de texte dans l’événement original ainsi que dans l’onglet discussion sans jamais publier ces deux photos. Y aurait-il un espoir du côté de la prise en considération du handicap de la part des associations LGBT qui pourtant sont confrontées depuis quarante ans à la maladie invalidante qu’est le Sida ? On va dire que oui, au moins quand les handicapés rôdent pour faire valoir l’accessibilité.
Chouette ! Rôdons.

Rigolo @8

— Yo la chance les copains ! Après la Cocotte, y a eu neige !
— Neiiiiiiiige ! Et noooooootre Cécylou.
— Elle nous a m*iiiiiiiiii*s le b*oooooooooo*nnet et on a fait f*ooooo*ule-de-neige.
— Ben, moi, j’avais pas d’bonnet mais j’ai pas eu froid.
— Aprèèèèèèèès, on a séchééééééé sur Tancarville !
— C’est l’froid qui mouille la neige !
— C’est rig*ooooo*l*ooooo* !
— Et c’est beaaaaaaau…
— Étoile des neiges, Mon cœur amoureux, S’est pris au piège, De tes grands yeux
— C’est beaaaaaau aussi Petit Koala. Tu devrais faire chanteuuuuuuuur.
— J’préfère l’code ! C’est plus fooooot. Et pas d’truc d’héritage.
— C’est quooooi un héritaaaaage ?
— C’est quand il neige, qu’ça a l’air de tenir mais qu’ça fond. On glisse et on s’fait mal.
— C’est paaaaaaaaaas fooooot !
— On pe*uuuuuu*t chant*eeeeeeeee*r aussi ?
— À trois, on démarre ! Un, deux, trois…