Lesbienne @20

J’ai publié le 12 janvier 2018 sur mon site un communiqué « +7 », « L’homosexualité politique, la liberté ! » (ici). Ma réflexion en cours sur les évolutions de la communauté homosexuelle ont motivé ce texte mais également une conversation de vestiaire de judo qui m’a fait dire à mes interlocutrices que « bouffer une chatte » ne suffit pas être lesbienne.
Ma formulation était volontairement vulgaire, parce que je pense que les lesbiennes ne « bouffent » pas des « chattes » ; c’est l’hétérosexisme qui construit ce rapport sexuel de domination qui consiste à « bouffer », c’est-à-dire manger dans une certaine expression de voracité et de vulgarité peut-être parce qu’au fond de soi on éprouve de l’hostilité, deuxième sens de « bouffer », « bouffer » pour détruire, comme les laïcards le font avec les curés. Quant à « chatte », si l’on regarde du côté de l’adjectif, elle serait petit animal docile, « douce et affectueuse » [Antidote], et non pas sexe sujet de désir en quête de plaisir.
Je pense que le désir homosexuel porte en effet à un autre vocabulaire, un qui correspond à ce qui va au-delà d’une pratique sexuelle liée à un « choix d’objet ». C’est le sens de mon travail d’écriture érotique depuis vingt ans maintenant, l’idée que la relation sexuelle homosexuelle se construit avec deux partenaires dont aucun n’est l’objet quand l’autre serait le sujet, une relation où les corps se parlent et se partagent débarrassés de l’expression d’un quelconque pouvoir sexuel et amoureux. C’était également le sens de mon communiqué, dire que l’homosexualité politique, celle qui se fonde sur le désir homosexuel, est de nature à nous affranchir de la domination masculine hétérosexiste, bourgeoise et raciste, aussi dans nos relations intimes et que « bouffer une chatte » n’en est pas l’expression.
J’avais en tête d’écrire un billet pour parler de cela ; le sujet me tient à cœur. Un déroulé plus tard, je me suis dit que cela touchait trop à l’intime pour que j’y pose ma pensée politique. Je me refuse à tout jugement de valeur et chacune a bien le droit de « bouffer des chattes » ou toute autre chose à son goût. Par contre, quand il s’agit de la mienne (que je n’ai pas), ne suis-je pas légitime à lever l’illusion d’une homosexualité qui se dit politique tout en se cantonnant à un choix d’objet ? Quelques étirements plus loin, j’ai renoncé à ce billet. J’ai pris ma douche, mon petit déjeuner et regardé mes mails.
Une Alerte actualité m’a menée vers cet article, « Voici la porno qui a attiré les femmes en 2017 » () et ramenée à mon sujet : un quart des femmes sont consommatrices de porno et le premier sujet qui les intéresse est le « porno lesbien ». Chacune sait que celui-ci est en effet porno mais n’a rien de lesbien ; ces films sont même la démonstration de ce que j’exprime quand je dis que « bouffer une chatte ne suffit pas à être lesbienne ». D’autres « pratiques lesbiennes » sont populaires, les impraticables « ciseaux » et les trios que l’on ne voit qu’au cinéma (c’est vrai que je sors peu mais cela ne me semble pas si fréquent).
Voici donc les images et représentations qui nourrissent un « lesbien » qui correspond en tout et pour tout à la reproduction des rapports sexuels de l’ordre bourgeois, hétérosexiste et raciste appliqués à un choix d’objet homosexuel. D’aucunes peuvent s’en satisfaire. Peu me chaut ! Elles ont même toute légitimité à se dire lesbienne, homosexuelle, goudou, gouine… Gouine ? N’exagérons pas ! On entre là dans un champ lexical trop politique pour « bouffer des chattes ». Et pour s’aimer ?
— Trop politique.
Dis pas ça, Caddie ; tu vas me faire pleurer.

 

Envoyer un commentaire

 

 

 

Vous pouvez utiliser ces balises HTML

<a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>