Bigleuse @80

« J’en ai marre d’être handicapée… » Est-ce moi qui ai prononcé cette phrase ? Il faut croire. Je peinais à me plonger dans un dossier administratif en lien avec ma déficience visuelle et c’est exactement ce que j’ai dit à Sarah, « J’ai ai marre d’être handicapée. » Il est assez rare que j’exprime cette souffrance-là, que je la reconnaisse même ! Mais que se passe-t-il ?
Quelques jours avant cela, je me suis perdue dans le métro ; la 11 était hors service ; j’ai voulu inaugurer un plan B ; pas de plan de ligne dans une station en travaux ; un plan peu lisible sur Petit 6 ; la crainte de ne pas retrouver Johnny en chemin (on s’échangeait des textos) ; et hop ! je n’ai pas trouvé la correspondance que je cherchais ; ai repris le métro ; ne me suis pas retrouvée où je pensais… La dernière fois que je n’avais pas trouvé une correspondance, c’était… c’était… J’en ai pleuré de rage, surtout après avoir repris un métro qui n’allait pas où je pensais et, cerise sur le gâteau, peiné à trouver la sortie pour me réorienter en surface.
Renseignements pris, la correspondance y était ; je n’ai pas vu le panneau ; « tout petit » m’a dit Christian qui a vérifié sa présence. Oh ! je sais, cela arrive à plein de gens de rater un panneau. Mais pas à moi ! Pourquoi ? Parce que le rater dit que je suis handicapée, incapable, inapte… comme le dit ce foutu dossier administratif que je dois remplir. Et, accessoirement, cela peut me mettre en danger. Ce n’est pas rien.
Le soir même, j’ai éprouvé pour la énième fois mon impuissance face à l’exercice randori (combat en judo), notamment parce que mon équilibre est si précaire que je tombe sur les fesses avant de pouvoir engager mes prises ; rien de nouveau mais cette histoire de métro avait exacerbé ma souffrance. J’ai pleuré sur le tatami. Et j’ai écrit un long mail à sensei (pluriel ?) Romuald, Christian et Hervé pour dire combien c’était douloureux, aussi parce que je serais toujours moins lourde, moins grande et moins forte (physiquement) que mes partenaires. Comment s’engager dans un exercice dans lequel on n’a aucune chance ?
Cela m’a valu des échanges très constructifs avec Johnny, puis avec Joëlle. J’y ai pris conscience que cette impuissance est à causes multiples, mon handicap y jouant un rôle, mais pas que. Et pourtant, c’est bien lui qui me saute au nez plus que de raison ! Et je peux bien vous dire à vous Hétéronautes (mais ne le répétez pas) que franchement, la déficience visuelle, ce n’est pas toujours une sinécure ! Autrement dit, bigleuse, je veux bien (quatre-vingt billets sur le sujet ; ça chiffre !), ce d’autant que cela fait partie de mon identité et que j’aime la vision du monde que cela me donne ; mais handicapée ? Il ne faudrait pas déconner non plus… Et pourtant ! Pourtant.
Chier !

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